mardi 5 novembre 2019

Élections municipales, comment Friedrich Engels, l’ami et compagnon de combat de Marx évoquait l’exemple de deux conseils municipaux ouvriers dans un journal prolétarien anglais, The labour Standard, le 25 juin 1881 (texte 4 de l’article 4 de notre revue Lutte de Classe de novembre 2019


 
Deux conseils municipaux exemplaires

[…]. Lorsque fut fondé en France le Parti socialiste ouvrier, il fut décidé de présenter des candidats non seulement à la Chambre, mais aussi à toutes les élections municipales; et de fait, lors du dernier renouvellement des conseils municipaux en France, lequel eut lieu le 19 janvier de cette année, ce jeune parti l’emporta dans un grand nombre de villes industrielles et de communes rurales, en particulier celles habitées par les mineurs. Il ne réussit pas seulement à faire passer un ou deux candidats, il s’assura même en quelques endroits la majorité du conseil et au moins un conseil municipal fut formé, comme nous le verrons, uniquement d’ouvriers.
Peu avant la formation du Labour standard se produisit à Roubaix, tout près de la frontière belge, une grève des ouvriers d’usine. Le gouvernement dépêcha aussitôt la troupe pour occuper la ville et, en alléguant sa volonté de maintenir l’ordre (qui n’avait jamais été menacé), tenter de provoquer les grévistes à des actions pouvant servir de prétexte à l’intervention de la troupe. Mais la population garda son calme, et l’une des raisons principales qui lui permit de résister à toutes les provocations fut le comportement du conseil municipal. Celui-ci était constitué d’une majorité d’ouvriers. Les raisons de cette grève lui furent exposées et on en débattit en détail. Le résultat fut que non seulement le conseil déclara que les grévistes étaient dans leur droit, mais qu’il vota en outre l’attribution aux grévistes d’un soutien financier de 50000 francs ou 2000 livres sterling. Ces secours en argent ne purent être distribués étant donné qu’en droit français, il est dans les attributions du préfet de département d’annuler toute décision des conseils municipaux qu’il considère comme outrepassant leurs pouvoirs. Il n’en est pas moins vrai que le puissant soutien moral accordé ainsi à la grève par les représentants officiels de la ville revêtit une valeur énorme aux yeux des ouvriers.
Le 8 juin, la société minière de Commentry dans le centre de la France (département de l’Allier) licencia 152 personnes qui refusaient de se lier aux nouvelles conditions de travail plus désavantageuses. Étant donné que ces mesures faisaient partie d’un système employé depuis un temps assez long déjà et destiné à entraîner progressivement une détérioration des conditions de travail, la totalité des mineurs, 1600 environ, se mit en grève. Le gouvernement dépêcha aussitôt la troupe habituelle afin d’intimider, voire de provoquer les grévistes. Mais là aussi, le conseil municipal s’engagea sur le champ aux côtés des ouvriers.
Lors de sa réunion du 12 juin (un dimanche par-dessus le marché), il prit les résolutions suivantes:
1 - Attendu qu’il est du devoir de la société d’assurer l’existence de ceux qui par leur travail permettent l’existence de tous, et étant donné que les communes sont tenues de remplir ce devoir lorsque l’État refuse de le faire, le présent conseil décide avec l’accord des citoyens les plus imposés d’émettre un emprunt de 25000 francs au profit des mineurs que le licenciement injustifié de 152 d’entre eux a contraints de se mettre en grève.
Adopté à l’unanimité contre l’unique veto du maire.
2 - Partant du fait qu’en vendant à une société par actions ce précieux patrimoine national que représentent les mines de Commentry, l’État a livré les ouvriers qui y sont employés à la merci de ladite société; et étant donné qu’en conséquence il est du devoir de l’État de veiller à ce que la pression exercée par cette société sur les mineurs n’atteigne pas un degré qui menace directement leur existence; attendu qu’en mettant des troupes à la disposition de cette société durant la présente grève, l’État n’a même pas gardé sa neutralité, mais au contraire a pris fait et cause pour la société minière, le présent conseil, au nom des intérêts de la classe ouvrière qu’il est en son devoir de protéger, somme le sous-préfet du département:
1°/ de rappeler immédiatement les troupes dont la présence totalement déplacée n’est rien d’autre qu’une provocation, et
2°/ d’aller faire des représentations à l’administrateur de la société minière et d’agir en sorte que soit rapportée la mesure qui a provoqué la grève.
Adoptée à l’unanimité.
Dans une troisième résolution adoptée également à l’unanimité, le conseil, craignant que la pauvreté de la commune ne permette pas la réalisation de l’emprunt accordé, ouvre une souscription publique pour soutenir les grévistes et invite tous les autres conseils municipaux de France à envoyer des secours en argent dans le même but.
Nous avons donc ici un exemple frappant de ce que signifie la présence d’ouvriers non pas seulement au Parlement, mais aussi dans les assemblées communales et tous les autres corps. Combien serait différente l’issue de bien des grèves en Angleterre si les grévistes avaient derrière eux le conseil municipal de l’endroit. Les conseils municipaux anglais et les comités locaux, qui, pour une grande part, sont élus par des ouvriers, sont pour l’heure presque exclusivement composés de chefs d’entreprise, de leurs agents directs et indirects (avocats, etc.) et dans le meilleur des cas de propriétaires de magasin. Dès que survient une grève ou un lock-out, toute la puissance morale et matérielle des autorités locales est engagée au service des patrons et contre les ouvriers; même la police, payée avec l’argent des ouvriers, entre en action exactement comme en France la troupe, pour provoquer les ouvriers à des actions illégales et pour ensuite les écraser. Les services de secours aux indigents refusent dans la plupart des cas tout soutien à des hommes qui, de leur point de vue, pourraient travailler s’ils le voulaient. Et c’est tout naturel. Aux yeux de cette sorte de gens, qui, avec le consentement des ouvriers, constituent les autorités administratives locales, la grève est une rébellion ouverte contre l’ordre social, une révolte contre les droits sacrés de la propriété. C’est aussi la raison pour laquelle, lors de chaque grève et de chaque lock-out, les autorités locales jetteront dans la balance tout le poids énorme qu’elles représentent, moralement et physiquement, au profit des patrons, tant que les patrons et leurs représentants seront envoyés dans les corps constitués des collectivités locales.

lundi 4 novembre 2019

Chômage : l’indemnisation mise en cause. Un article de notre hebdomadaire Lutte ouvrière


Chômage : l’indemnisation mise en cause

30 Octobre 2019

Le 1er novembre entre en application la première tranche de modification de l’indemnisation des salariés privés d’emploi. Il s’agit d’une attaque frontale contre tous les chômeurs, à travers la réforme des règles en place depuis 2009.



Les masques sont tombés, le prétendu dialogue social ou la fameuse politique contractuelle ont été balayés. Depuis des années, le patronat et les syndicats, à travers l’Unedic, sont censés gérer paritairement l’indemnisation des chômeurs alimentée par les cotisations salariales et patronales. Cela passait par le renouvellement d’un accord national entre les confédérations syndicales et le Medef. Le gouvernement y a maintenant mis fin et a fixé les règles par un simple décret, non soumis à discussion, le 26 juillet dernier. C’est la conclusion d’une reprise en main commencée il y a quelques années avec la fusion des Assedic (chargées de l’indemnisation) et de l’ANPE (chargée de l’emploi), qui a permis aux gouvernements, quelle que soit leur étiquette, de remettre la main sur l’indemnisation des chômeurs.
Le 1er novembre, les nouvelles conditions d’ouverture des droits à indemnisation entrent en vigueur, ainsi que le nouveau montant de l’indemnisation des chômeurs les mieux payés. Le 1er avril, ce sera le tour du calcul du montant des allocations en général. Mais le tout sera catastrophique pour l’ensemble des chômeurs.
Tout d’abord, la période de référence ouvrant droit à une indemnisation est modifiée. Jusque-là il fallait avoir travaillé quatre mois sur les 28 derniers ; dorénavant, ce sera six mois sur les 24 derniers. De plus, jusqu’à présent, au bout d’un mois de travail, le salarié pouvait « recharger » ses droits à raison d’un mois par mois travaillé supplémentaire ; dorénavant, il lui faudra avoir travaillé six mois sans interruption pour commencer à recharger ses droits à indemnisation.
Les salariés les plus fragiles, ceux qui galèrent de CDD en intérim avec des embauches de très petite durée, vont prendre de plein fouet les conséquences de ces mesures. Des centaines de milliers d’entre eux vont se retrouver sans droit à indemnisation. Ils auront au mieux droit au RSA, et même pas à l’ASS, ce qui, du coup, ne comptera pas dans le calcul de leur retraite.
Il s’agit d’une réforme indigne, qui s’en prend aux plus démunis, et que le gouvernement a eu le culot de vouloir justifier en déclarant que, « depuis deux ans, le chômage recule régulièrement ». C’est un mensonge, et qui de toute façon ne justifie pas de supprimer le droit à indemnisation de centaines de milliers de chômeurs qui s’acharnent à accepter les boulots temporaires mal payés que le patronat leur propose.
Malgré la prétendue baisse du chômage, on compte encore 6 530 700 chômeurs inscrits à Pôle emploi, toutes catégories confondues, DOM-TOM inclus. Il y a eu tout au plus une petite baisse du nombre de chômeurs inscrits en catégorie A (n’ayant aucune activité), soit -0,4 % au deuxième trimestre 2019.
La deuxième partie du décret, qui entrera en vigueur au 1er avril, va contribuer à baisser l’indemnisation de tous les chômeurs. Pour calculer le salaire de référence qui servira à donner 57 % de ce salaire brut au titre d’indemnité de retour à l’emploi, seuls les jours effectivement travaillés sur un an seront pris en compte. Les périodes de chômage partiel, de maladie professionnelle ou d’accident du travail, les congés maternité ou les simples maladies, voire tous les congés, ne seront plus pris en compte. Cela fera diminuer le salaire de référence et donc l’indemnisation des chômeurs.
Cette politique crapuleuse n’est pas qu’une attaque contre les chômeurs : c’est une attaque contre tous les travailleurs. La lutte contre ces mesures révoltantes doit faire partie du combat pour faire ravaler au gouvernement et au patronat leurs attaques antiouvrières.

                                                             Paul SOREL (Lutte ouvrière n°2674)

Gouvernements de l’Union européenne et migrants : des criminels hypocrites


Une hypocrisie à vomir


Le Conseil de l'Europe vient de sommer la Grèce de prendre « des mesures urgentes » face à la situation humanitaire dans les camps de migrants de ce pays, qu’il qualifie comme "explosive".
         Il faut une sacrée dose d'hypocrisie de la part de ces dirigeants pour oser un tel discours. Si la situation est aussi intolérable dans les camps de réfugiés, en Grèce et ailleurs, c'est parce que les gouvernements des États européens refusent d’accueillir les migrants, et qu'ils construisent des murs, dressent des barbelés et renforcent les contrôles policiers à leurs frontières. 

Argenteuil, défense de jean Vilar, le Comité Jean Vilar a besoin d’argent


Dans l’action, dans l’échange, dans le soutien financier

 
Tellement utile

La lutte pour l’abandon pur et simple du projet « Cap Héloïse » continue. Rejeté par la grande majorité de la population (il suffit d’en discuter avec elle), elle entraîne à l’approche des prochaines élections municipales, le silence du maire actuel, et la tentative de l’ancien pour se dégager de sa coresponsabilité.
         Elle continue dans l’action. Le rassemblement local initié par l’Union Locale des syndicats CGT d’Argenteuil qui aura lieu dans la matinée du samedi 16 novembre prochain a pour but la mobilisation pour la défense de l’ensemble des services publics, ou à caractère public, particulièrement maltraités dans notre commune. Cette mobilisation inclut la défense d’une salle des fêtes totalement communale, à disposition toute l’année des acteurs de la vie locale et des activités communales.
         Mais l’action pour le maintien de la salle Jean Vilar continue sur le plan juridique. Et comme chacun sait, cela coûte. Pour les différentes démarches des défenseurs du complexe Jean Vilar, et en particulier initié par le Comité Jean Vilar, il faut de l’argent.
         Vous êtes très nombreux à partager, comme nous le disions, ce combat. Alors la main à la poche, vers le portefeuille, ou, stylo à la main, vers votre carnet de chèques.  
     Dominique MARIETTE, un des membres fondateurs du Comité Jean Vilar.

         On peut me joindre, ou joindre les autres membres du Comité Jean Vilar. Pour les chèques, les remplir à l’ordre du « Comité Jean Vilar »

Élections municipales à Argenteuil. Une liste Lutte ouvrière-Faire entendre le camp des travailleurs. Chronique (22)


Pour information, publié par l’hebdomadaire régional La Gazette

Val-d’Oise. Municipales 2020 : Dominique Mariette, le camp des travailleurs à Argenteuil Il sera à la tête d'une liste Lutte ouvrière.

Publié le 2 Nov 19 à 17:02



Dominique Mariette. (©La Gazette du Val d’Oise)

Lutte ouvrière est présente aux municipales à Argenteuil (Val-d’Oise) depuis 1983.2020 ne dérogera pas à la règle.

Le parti ouvrier présentera une liste aux élections en mars prochain.

La seule exception à la règle fut en 2008.

Le parti fit alliance avec Philippe Doucet (Ps) dans le cadre d’une stratégie nationale, un an après l’élection de Nicolas Sarkozy.

Ça n’a pas laissé que de bons souvenirs à Dominique Mariette.

« Le camp des travailleurs »

Alors, à 67 ans, l’inlassable militant associatif et syndical, bien connu des Argenteuillais, repart à la bataille pour représenter le « camp des travailleurs ».

Cet ancien professeur d’histoire au lycée Georges-Braque, retraité, défend les classes populaires qui, « à Argenteuil, comme à l’échelle du pays, n’ont pas cessé de subir l’offensive des possédants ».

Il évoque « le recul des revenus, les licenciements, les difficultés à se loger, et une chute des services publics ».

Défendre les services publics

Il parle ainsi du sort réservé aux bureaux de poste.

L’ancien conseiller municipal reconnaît que « ce n’est pas à l’échelle d’une commune que se réglera cette situation profondément néfaste.

Mais les élections municipales seront l’occasion de l’affirmer, d’en débattre ».


Militant « de la première heure » contre le projet de pôle culturel et de loisirs Cap Héloïse, avec le comité Jean-Vilar (il est à l’origine d’une pétition qui a recueilli 7 000 signatures), Dominique Mariette met au même rang le maire actuel, Georges Mothron (Lr) « dont la gestion a été calamiteuse » et l’ancien maire, Philippe Doucet (Ps) qui a « initié le projet » Héloïse.

À ses yeux, ils représentent mal la « démocratie représentative. Une fois élus, ils font ce qu’ils veulent ».

Élections municipales, comment Karl Marx introduisait le problème en 1880, et comment le Parti Ouvrier de Guesde et Lafargue le mettait en application


Karl Marx: préambule au programme du Parti ouvrier (30 juin 1880) (texte 2, suite de l’article de La Lutte de Classe, n°203, novembre 2019



Programme Électoral des travailleurs socialistes

Considérant

Que l’émancipation de la classe productive est celle de tous les êtres humains sans distinction de sexe ni de race;
Que les producteurs ne sauraient être libres qu’autant qu’ils seront en possession des moyens de production;
Qu’il n’y a que deux formes sous lesquelles les moyens de production peuvent leur appartenir:
1/ la forme individuelle qui n’a jamais existé à l’état de fait général et qui est éliminée de plus en plus par le progrès industriel;
2/ la forme collective dont les éléments matériels et intellectuels sont constitués par le développement même de la société capitaliste;

Considérant

Que cette appropriation collective ne peut sortir que de l’action révolutionnaire de la classe productive – ou prolétariat – organisée en parti politique distinct;
Qu’une pareille organisation doit être poursuivie par tous les moyens dont dispose le prolétariat, y compris le suffrage universel, transformé ainsi d’instrument de duperie qu’il a été jusqu’ici en instrument d’émancipation;
Les travailleurs socialistes français, en donnant pour but à leurs efforts, dans l’ordre économique, le retour à la collectivité de tous les moyens de production, ont décidé comme moyen d’organisation et de lutte d’entrer dans les élections avec le programme minimum suivant: […]

Résolution de congrès, 1882 (extraits) (texte 3, article de la Lutte de Classe, novembre 2019)


Les municipalités et le Parti ouvrier

Jules Guesde

Paul Lafargue


I – Les municipalités avant la révolution

[…] Le Parti ouvrier, partout où il trouve des conditions de lutte, accepte toutes les luttes sur tous les terrains. Dès que le congrès du Havre lui donna son drapeau de lutte quotidienne, le programme minimum, il engagea la lutte sur le terrain municipal.
Mais le Parti ouvrier n’espère pas arriver à la solution du problème social par la conquête «du pouvoir administratif» dans la commune. Il ne croit pas, il n’a jamais cru que la voie communale puisse conduire à l’émancipation ouvrière et que, à l’aide de majorités municipales socialistes, des «réformes» sociales soient «possibles» et des «réalisations immédiates».
Pour aboutir à une autre conclusion, il faudrait refuser de voir les différents obstacles contre lesquels est appelée fatalement à se briser l’action de pareilles municipalités. […]
Que sera-ce, si au lieu de bâtir sur une liberté communale qui n’existe pas, nous prenons la commune actuelle telle qu’elle est, c’est-à-dire dominée par l’État bourgeois? Comment supposer un seul instant que le pouvoir central entre les mains de la classe capitaliste laisse faire, laisse passer; qu’il ne jette pas dans la balance son veto, sous la forme administration, magistrature ou armée? Ce n’est évidemment pas pour les laisser dormir que la bourgeoisie augmente et perfectionne tous les jours les services publics défensifs et répressifs que représente l’État d’aujourd’hui. On a pu le voir à Commentry, lorsque d’une part, malgré les protestations d’un conseil municipal collectiviste, des troupes ont été expédiées contre les grévistes, et lorsque, d’autre part, l’autorité sous-préfectorale a purement et simplement annulé le vote de 25000 francs en faveur des ouvriers sans pain.
L’impuissance organique ou réformiste des municipalités n’est pas un accident, mais la règle. Elle est sentie instinctivement par la masse, plus clairvoyante que beaucoup de ses meneurs, ainsi que suffirait à le démontrer l’esprit d’indifférence avec laquelle elle assiste plutôt qu’elle ne prend part aux luttes communales.
Cette impuissance, le Parti ouvrier ne l’ignore pas, et s’il a engagé et s’il entend poursuivre la lutte sur le terrain municipal, c’est pour les raisons suivantes: parce qu’il voit dans cette lutte le moyen d’affirmer et de répandre ses conclusions collectivistes révolutionnaires; parce qu’en les opposant à la phraséologie des radicaux il peut arracher à ces derniers leur masque réformiste; parce qu’aucune occasion ne doit être négligée de mettre aux prises ouvriers et bourgeois; et qu’à manœuvrer ainsi contre l’ennemi, le prolétariat se préparera à l’action commune, à la grande et vraie guerre: les luttes électorales sont les écoles de guerre du parti.
Sans compter que l’impuissance, démontrée par le fait, des élus municipaux mettra fin à des illusions dangereuses et habituera les ouvriers à placer toutes leurs espérances d’émancipation dans la prise de possession du pouvoir central. C’est en entrant dans le conseil municipal et en constatant par expérience qu’il n’y avait rien à en faire que les ouvriers de Roanne sont devenus centralistes. C’est en voyant à l’œuvre leurs conseillers municipaux que les ouvriers de partout se persuaderont que l’abolition du salariat n’est pas affaire communale, mais nationale et internationale.
Mais si les municipalités conquises par le Parti ne peuvent pas être l’instrument de l’émancipation ouvrière, elles constitueront entre nos mains autant de moyens de recrutement et d’armes pour la lutte. Si sans se laisser arrêter par la certitude de l’annulation de leurs décisions les municipalités socialistes légifèrent dans le sens de nos revendications, les traduisent en arrêtés et surtout si elles tentent de les appliquer, elles convertiront au Parti la fraction encore hésitante du prolétariat, surpris et heureux de voir pour la première fois ses intérêts sauvegardés.
Les conflits qu’elles soulèveront ainsi avec le pouvoir central mettront d’autre part hors de doute pour la masse que la première étape révolutionnaire est la conquête de l’État, ce boulevard de la société capitaliste. Pour augmenter la portée de ces conflits, les municipalités ouvrières s’entendront entre elles pour formuler les mêmes réclamations et prendre les mêmes résolutions; si le pouvoir central intervient, il se trouvera en présence d’une ligue municipale destinée à jouer un grand rôle pendant la période révolutionnaire.

II - Les municipalités pendant la révolution.

L’action des municipalités ouvrières pendant la période révolutionnaire sera double: locale et nationale.
Les révolutions ne sont pas des coups de main organisés par une poignée de braves. Depuis le siècle dernier, les révolutions en France ont jailli spontanément des événements politiques et économiques; les pouvoirs les mieux assis ont été déracinés en quelques jours et parfois en quelques heures. Les chefs de la bourgeoisie républicaine s’installaient dans les places vidées et s’armaient contre les ouvriers qui les avaient laissés se caser. La classe ouvrière incapable de prendre le pouvoir, ne pouvait que le laisser aux bourgeois.
Le Parti ouvrier n’est pas un parti d’émeutiers; il n’a pas à provoquer des révolutions; mais à les aider, à y participer, à les diriger, à empêcher leur escamotage par les radicaux et les intransigeants. Dans les centres industriels, les groupes du Parti auront à se mettre à la tête du mouvement et à s’emparer des pouvoirs locaux. Les gouvernements révolutionnaires locaux ne s’adresseront pas au vote pour consacrer leurs pouvoirs, mais à l’action.
Les pouvoirs révolutionnaires locaux auront à agir vigoureusement et rapidement; à faire passer dans les faits les réformes ouvrières dont la «réalisation immédiate» était impossible tant que l’État capitaliste était debout; à armer et à organiser militairement les ouvriers. Qui a du fer à du pain, disait Blanqui.
Satisfaction devra être donnée, immédiatement, aux premiers besoins ouvriers: ils devront être tirés de leurs taudis, logés dans les hôtels et les maisons bourgeoises et nourris dans des restaurants communistes. Tous les stocks de marchandises devront être saisis et distribués entre les ouvriers; les ateliers, les maisons de commerce, les banques, etc. devront être nationalisés.
Mais la réaction écraserait l’action révolutionnaire locale, si elle restait autonome, ne se combinait pas et ne se centralisait pas; si on ne formait un pouvoir révolutionnaire central non à l’aide du suffrage universel qui ne peut donner que ce qui existe, mais avec des délégués des pouvoirs extraordinaires locaux. Ils conserveraient sur leurs mandataires un droit absolu de contrôle et de destitution. […]

III - Les municipalités après la révolution

[…] La révolution ouvrière hâtera la marche centralisatrice des moyens de production, la régularisation des moyens de production et transformera les forces productives d’instruments d’exploitation des producteurs en moyens de développement physique et intellectuel.
En conséquence,
Les délégués des groupes soussignés composant la Fédération du Centre proposent à l’adoption du Congrès régional les conclusions suivantes:

Sur la première partie de la question:

Considérant que la distinction du pouvoir, en politique selon qu’il s’agit de l’État, et administratif selon qu’il s’agit de la commune, est aussi arbitraire que chimérique, l’État concentrant ces deux pouvoirs dont les communes n’ont que les miettes;
Considérant que l’émancipation des travailleurs ne peut sortir que de l’expropriation de la classe capitaliste et que dans les conditions économiques et politiques d’aujourd’hui, l’État seul entre les mains du Parti ouvrier peut être le moyen d’une pareille émancipation;
Le Congrès régional du Centre déclare que la conquête de l’État, c’est-à-dire du pouvoir central, doit être l’unique objectif politique du Parti;
Mais attendu que la conquête des municipalités et la lutte en vue de cette conquête sont de puissants moyens de propagande et d’agitation, du moment qu’au lieu de dissimuler ou de replier son drapeau, le Parti ouvrier entrera en ligne avec l’intégralité de ses revendications collectivistes révolutionnaires votées au congrès de Marseille et sanctionnées au congrès du Havre;
Le Congrès régional du centre engage le Parti à continuer comme par le passé à intervenir dans les élections communales, devenues à la fois une école et un champ de manœuvre.

Sur la deuxième partie de la question.

Considérant que l’action des municipalités ouvrières ne saurait être organique ou réformiste, subordonnée qu’elle est à la liberté capitaliste et à la toute-puissance gouvernementale qui protège et consacre cette liberté;
Considérant qu’en laissant croire le contraire aux travailleurs, en leur donnant à entendre qu’une fois en leur pouvoir les municipalités pourront devenir un instrument de réalisations immédiates ou d’affranchissement graduel, le Parti ouvrier préparerait à la classe qu’il représente des déceptions qui se retourneraient contre lui;
Mais considérant que, autant elles seraient impuissantes à abolir ou même à améliorer le salariat, autant les municipalités ouvrières peuvent, par les mesures qu’elles prendront, dévoiler l’abîme qui sépare le Parti ouvrier des partis politiques bourgeois, et démontrer aux travailleurs le parti qu’ils pourront tirer de la conquête de l’État;
Considérant enfin que les conflits que ces municipalités pourront et devront créer entre elles et le pouvoir central sont de nature à précipiter la révolution;

Le Congrès régional décide:

1/ Que le Parti ouvrier doit se garder de demander aux municipalités par lui conquises des réformes qu’elles ne sauraient donner;
2/ Que dans toutes les municipalités dont il pourra s’emparer, le Parti ouvrier devra, sans se préoccuper de leur annulation prévue, prendre des arrêtés conformes à son programme politique et économique tel qu’il a été formulé par nos congrès nationaux. […]

dimanche 3 novembre 2019

Quartiers populaires, l’impérialisme et les Kurdes, les tirs de LBD, Macron sur les terres de Le Pen… Nathalie ARTHAUD en débat sur LCI avant-hier soir

SNCF : la colère des cheminots de Châtillon n’est pas retombée


Colère et détermination



Depuis lundi 21 octobre au technicentre de Châtillon, les 170 cheminots de Service court, chargés de la maintenance rapide des rames, ont « déposé la caisse », autrement dit ont cessé le travail. Ils ont rapidement été rejoints par les 80 jockeys, chargés du déplacement des rames sur le site.
Dès la présentation début octobre des nouveaux roulements concoctés par la direction, cela a été le tollé. Réduction de 144 à 132 repos, augmentation de 50 % du nombre de nuits, réduction du temps de repos en week-end, des jours de service de 9 heures, des changements d’horaires 48 heures à l’avance.
Après s'être heurtée à la détermination et à l'unité des grévistes, jeudi 24, la direction renonçait à imposer les nouveaux roulements et à ne prendre aucune sanction disciplinaire. Mais les cheminots n’ont aucune raison de payer pour un conflit dont la direction est entièrement responsable. Les grévistes exigent avant de reprendre le travail qu’il n’y ait aucune retenue financière et le versement d’une prime de 3 000 euros.

Jusqu’à présent, la direction préfère couler les trains et perdre des dizaines de millions d’euros plutôt que de céder. Le combat continue.