Protectionnisme :
des dirigeants syndicaux complaisants
« Nous avons gagné la mise en
place d’une cellule de crise ! » : c’est par ces mots que Sophie
Binet, secrétaire générale de la CGT, a salué la décision du ministre de
l’Économie de réunir chaque semaine à Bercy les confédérations syndicales avec
une brochette de ministres.
Publié le 23/04/2025
Cette « cellule de crise » entre
ministres et syndicats de salariés est censée faire pendant au « conseil des
entreprises » entre les mêmes ministres et les représentants patronaux. Pour
Marylise Léon, de la CFDT, cette cellule devrait suivre « chaque semaine
comme le lait sur le feu la situation des entreprises » confrontées aux
conséquences de la guerre commerciale accélérée par Trump. Pour justifier leur
participation enthousiaste à cette cellule, les dirigeantes des deux
principales confédérations invoquent « les grosses inquiétudes de la part
des salariés : dans les entreprises, il y a des suppressions de CDD, des
missions d’intérim qui s’arrêtent, des contrats qui ne sont pas renouvelés et
des plans sociaux qui continuent avec, pour certaines entreprises, un effet d’aubaine
» (Marylise Léon).
Ces inquiétudes et ces menaces
sont bien réelles. Il est évident que le patronat, grand ou moins grand, va
faire payer les incertitudes qui pèsent sur l’économie aux travailleurs, en
renvoyant des intérimaires, en supprimant des emplois stables, en recourant au
chômage partiel, en augmentant la productivité. Mais présenter comme une
victoire la mise en place de cette « cellule de crise » est une arnaque. Cela
revient à espérer que des ministres comme Lombard, Vautrin, Montchalin et,
derrière eux, Bayrou ou Macron, prendront en compte les intérêts des
travailleurs, au moment même où ces ministres se déploient sur les plateaux de
télévision pour expliquer qu’ils doivent économiser 40 milliards
d’euros et que les classes populaires devront
pour cela se serrer la ceinture.
Non seulement les dirigeants
syndicaux ne préparent pas les travailleurs à combattre les exigences
patronales que ces ministres mettent en musique, mais cette « cellule de crise
» va en fait aider les patrons à faire passer leurs demandes. Ainsi, Cyril
Chabanier, de la CFTC, réclame-t-il « des droits de douane ciblés, afin de
favoriser le développement et la relocalisation de certaines activités
stratégiques, comme l’industrie pharmaceutique ou celle de la défense », au
moment précis où les grands patrons de la pharmacie menacent de produire aux
États-Unis si les dirigeants européens n’acceptent pas que leurs médicaments
augmentent de prix.
Quant à Sophie Binet, elle ne
fait pas mieux. Elle reproche par exemple à Bernard Arnault de ne pas «
utiliser les leviers qui sont à sa disposition pour amplifier le rapport de
force de la France et de l’Europe », comme si convaincre de quoi que ce
soit ce milliardaire dont la seule patrie est son coffre-fort devait être un
objectif pour les travailleurs. Elle ajoute qu’il faut « conditionner le
montant des droits de douane au niveau des normes environnementales fiscales »
afin de « défendre le modèle social français et européen », comme si les
travailleurs avaient quelque chose à gagner à l’instauration de droits de
douane d’une sorte ou d’une autre.
Xavier Lachau (Lutte ouvrière
n°2960)