samedi 20 août 2022

Salman Rushdie agressé : les hypocrites à son chevet. Un article de notre hebdomadaire Lutte ouvrière de cette semaine

Salman Rushdie agressé : les hypocrites à son chevet

17 Août 2022

La tentative d’assassinat de l’écrivain Salman Rushdie, par un jeune Américain musulman proche du Hezbollah libanais, a été utilisée par les dirigeants des grandes puissances pour se poser en défenseurs de la civilisation et de la liberté face à la barbarie.

Macron a déclaré : « Salman Rushdie incarne la liberté et la lutte contre l’obscurantisme. Son combat est le nôtre, universel. » Élisabeth Borne a affirmé, sans rire : « Dans son combat contre l’obscurantisme, nous avons toujours été aux côtés de Salman Rushdie ». Quant à Biden, il a salué « le refus de Salman ­Rushdie d’être intimidé ou réduit au silence », avant de… prier pour son rétablissement. Ces déclarations sont indécentes.

L’écrivain britannique, né en Inde juste avant l’indépendance dans une famille musulmane, est certes courageux. Depuis 1989, il est menacé par une fatwa de feu l’ayatollah Khomeini, fondateur de la République islamique d’Iran, le condamnant à mort pour quelques lignes jugées blasphématoires dans son livre Les Versets sataniques. À l’époque, dans divers pays musulmans, des intégristes et des politiciens avaient déclenché des manifestations réclamant l’interdiction du livre. Ils voulaient en faire un chiffon rouge pour détourner vers un bouc émissaire la colère des masses pauvres de leur pays. En lançant cet appel au meurtre, Khomeini se voulait le chef de file des musulmans du monde entier.

Malgré ces menaces et la vie clandestine qui lui est imposée depuis trente ans, Salman Rushdie a continué à écrire librement. Il ne s’est laissé intimider ni par les fanatiques religieux qui lui reprochent son athéisme et sa liberté de ton à l’égard de l’islam, ni par les politiciens qui utilisent la religion par calcul politique. Parmi ces responsables politiques, les dirigeants des grandes puissances occupent la première place. L’impérialisme britannique a régné sur l’Inde et a également dominé l’Iran. Du Moyen-Orient à l’Afrique, les « civilisateurs » coloniaux français et britanniques ont engendré les guerres contemporaines, en opposant les peuples les uns aux autres sur des bases ethniques et religieuses. Depuis la fin de la colonisation, les puissances impérialistes, États-Unis en tête, garantissent leur domination sur la planète en soutenant et armant les pires dictatures, y compris des théocraties sanguinaires. Ainsi Biden et Macron viennent de mettre en scène leur réconciliation avec le prince saoudien Mohammed ben Salmane. Le pétrole et les contrats d’armements valent bien plus que le sort des femmes reléguées, des travailleurs émigrés surexploités, des libres-penseurs ou des opposants réprimés en Arabie saoudite.

En 1989, quand Khomeini a lancé sa fatwa contre Rushdie, les dirigeants occidentaux se sont fait prier pour soutenir l’écrivain. La France de Mitterrand ne voulait pas risquer de perdre les contrats d’armes et de béton négociés avec l’Iran à la fin de la guerre Iran-Irak. Le socialiste Roland Dumas multipliait les voyages à Téhéran mais refusait un séjour de Rushdie à Paris. Quant à Chirac, il accusait Rushdie d’être un provocateur et un blasphémateur, tout comme le réalisateur Scorsese, dont le film La dernière tentation du Christ suscitait les foudres des intégristes chrétiens, qui empêchaient sa diffusion et incendiaient des salles de cinéma.

Si les relations entre les États-Unis et l’Iran venaient à s’améliorer, ce que les tractations autour du programme nucléaire laissent entrevoir, tout comme les dénégations de l’Iran quant à son implication dans l’attaque contre Salman Rushdie, l’obscurantisme religieux de ses dirigeants sera immédiatement oublié et les opposants progressistes seront livrés à leurs bourreaux. C’est la civilisation selon Biden et Macron.

                                                          Xavier LACHAU (Lutte ouvrière n°2820)

Bonnes lectures de l’été (19) : Le piège américain, de Frédéric Pierucci et Matthieu Aron. Chaque jour un livre parmi mes bonnes lectures de cette année 2021-2022

 

Le piège américain, de Frédéric Pierucci et Matthieu Aron chez J’ai Lu

 

 


J’ai découvert ce livre lors d’un débat auquel participait Frédérique Pierucci à l’occasion de la 6ème rencontre des Lanceurs d’alerte en novembre dernier, à la Maison des Sciences de l’homme (prochaine édition en novembre prochain, même lieu). Un évènement remarquable qui demanderait d’être bien plus reconnu, connu et relayé.

         Mais revenons au « piège américain ». Un livre captivant, qui se lit comme un thriller, mais qui est source également de multiples découvertes et autres réflexions. En une phrase, le capitalisme d’aujourd’hui, dans tous ses états, ses traquenards et autres chausse-trappes.

         Il s’agit de la mésaventure d’un très haut cadre d’une très grande entreprise, Alsthom, dont la vie va basculer, pris dans des méandres du capitalisme qu’il n’imaginait certainement pas capable de l’entraîner vers des années de galère et 25 mois passés en prison états-uniennes, dont de nombreux mois en prison de haute sécurité.

         Un jeu de  dupe. La lutte contre la corruption ? Une tarte à la crème de ces dernières décennies qui n’empêchera pas que tous les moyens sont a priori bons pour conquérir un marché ou une entreprise.

         Ces moyens, même sans en profiter, même sans les connaître, on ne peut imaginer que la victime du récit ne les ait pas subodorés. Mais là n’est pas la question ni le sujet du livre.

         Le sujet, c’est le capitalisme. La force de la puissance américaine, première au monde. De son État et de son appareil judiciaire au plus près et avec les moyens pour défendre cette puissance et ses gigantesques trusts. En face, des puissances impérialistes de second rang. Où tout est de second rang. En premier lieu, les entreprises, même si plusieurs d’entre elles, quelques-unes, comme à l’époque Alsthom, occupent le premier rang mondial, et un État qui est aussi de second rang.

         Et voilà ces lois anticorruptions qui, finalement loin de leur objet déclaré, s’avèrent avoir comme objectif essentiel celui de défendre les objectifs de la force qui domine. En l’occurrence, dans la confrontation entre les deux entreprises mondiales qui dominaient le secteur essentiel des turbines pour les centrales nucléaires, l’états-unienne General Electric et la française Alsthom.

         Une concurrence-confrontation sans cadeau, des lois états-uniennes ayant nature d’extra-territorialité, un PDG français aux abois craignant d’être poursuivi, et un haut-cadre pris dans le filet de cette situation, et qui va s’en retrouver l’otage. Voilà le décor et les éléments de l’intrigue. Vraiment captivant, et très très formateur.

vendredi 19 août 2022

Hausses de salaires : prendre sur les profits

 

Pour augmenter les salaires, il faut prendre sur les profits !

17 Août 2022

Lundi 15 août, l’éditorial du journal économique Les Échos s’alarmait des hausses de salaire, 3,5 % en moyenne sur un an pour les ouvriers et des employés du privé. Et d’affirmer : « Les salaires accélèrent en France. »

 


Ainsi, pendant que bien des travailleurs se demandent comment boucler les fins de mois, les milieux patronaux et ceux qui s’en font les interprètes réfléchissent à la façon d’éviter des augmentations de salaire, pour préserver leurs profits faramineux.

Bien entendu, les journalistes comme les patrons savent que les augmentations moyennes sont loin de compenser la hausse des prix, officiellement de plus de 6 % pour l’année. Ils savent aussi pertinemment que ce ne sont pas les salaires qui poussent les prix à la hausse, mais leur propre volonté de reporter sur leurs clients les hausses de coûts, pour ne pas toucher à leurs profits. Quand ils ne profitent pas directement de la situation par diverses spéculations. Alors, de quoi s’alarment-ils ?

Tout ce beau monde sait que la lutte des classes peut devenir plus virulente à tout moment. Voilà leur problème ! Ils savent que la situation insoutenable pour bien des familles populaires peut pousser à lutter pour des augmentations de salaire. D’ailleurs, dans ces 3,5 % de cette année qu’annoncent Les Échos, une partie a été arrachée par des grèves dans certaines entreprises. Et ils savent que, si ces luttes venaient à se généraliser, cela pourrait affecter les profits.

Alors, les capitalistes font pression pour que le gouvernement continue à les aider à tirer les salaires réels vers le bas. Et ils n’hésitent pas à critiquer la hausse du smic. Pour ces gens-là, que les deux millions de travailleurs payés au salaire minimum touchent soixante euros en plus depuis janvier 2022, pour arriver péniblement à 1 329 euros, serait donc une calamité économique !

Les capitalistes ne se contentent pas de subir la situation, ils s’y préparent. Un cabinet de conseils en ressources humaines pour les patrons, le cabinet Mercer, a montré que ceux-ci avaient prévu de céder 2,8 % d’augmentation de salaire pour cette année, bien moins que l’inflation donc. Ce qui, au passage, en dit long sur la revendication ridicule de 3 % qu’avancent certains syndicats. Pour éviter au maximum les augmentations générales et substantielles des salaires, bien des entreprises mettent en avant des mesures de diversion : des primes, la mise en place d’un treizième mois, des augmentations individuelles, la majoration des tickets restaurant…

Les capitalistes ont une politique pour faire payer aux travailleurs l’inflation et la crise. Pour se défendre, la classe ouvrière devra avoir aussi sa propre politique : pour des augmentations générales et uniformes de salaire, pour leur indexation sur le coût de la vie et pour le contrôle des comptes des entreprises.

                                                       Marion AJAR (Lutte ouvrière n°2820)

 

Les prochaines permanences prévues.

-vendredi 26 août et 2 septembre, de 17 h.15 à 18 h.15 carrefour Babou ;

-dimanche 21 août, de 10h.15 à 10h.55 devant Intermarché du centre

Et au marché Héloïse, de 11 h. à midi ;

-lundi 22 août, de 18 à 19 heures, centre commercial des Raguenets.

 

Achetez notre hebdomadaire Lutte ouvrière (1,5 euro), et Lutte de classe (2,5 euros) n° 225 :

                   Notre hebdomadaire en vente :

           -au Val d’Argenteuil-nord, bureau de tabac du Val-Nord ;            

         -librairie « Le presse papier », avenue Gabriel Péri (On y trouve aussi la LDC)

 

Samedi 17 septembre, pour la défense de l’espace Jean Vilar,

Déambulation en direction de la Maison de Claude Monet

Départ : 15 heures