Le
Pen : pour gouverner au profit des riches
Après l’annonce de sa peine
calibrée pour lui permettre de se présenter à l’élection présidentielle, Marine
Le Pen enchaîne les tournées,
rattrapant le temps perdu pour reprendre le devant de la scène, un pas devant sa doublure dépitée Bardella.
Publié le 15/07/2026
Il fut un temps où Le Pen
appelait à « renforcer drastiquement les peines dans les affaires de
corruption en matière d’inéligibilité pour les élus » et affirmait le
regard clair « Moi, ma veste, elle est immaculée. Et ils auront beau essayer
de s’agiter, ils n’arriveront pas à me salir, parce que j’ai une éthique, j’ai
une morale. » Aujourd’hui peu lui importe que les médias aient ressorti ces
déclarations aussi mensongères que dépassées. Le pouvoir qu’elle guette depuis
tant d’années lui paraît désormais à portée de main.
Du côté des donneurs d’ordre, la
classe capitaliste qui l’emploiera si elle arrive à la première place, certains
se montreraient un peu inquiets quant au projet du RN. C’est ce qu’estiment des
commentateurs bien introduits, comme ceux des quotidiens Le Figaro et Les
Echos. À en croire le premier qui cite un grand patron, ce projet
laisserait entrevoir « une économie administrée à la soviétique ». Selon
le second, les patrons étaient « sensibles au discours pro-business de
Jordan Bardella, à sa déclaration d’amour aux très grands groupes tricolores »
et le voyaient comme « moins dirigiste, plus européen, plus moderne, plus
favorable à l’union des droites » que Le Pen.
En fait, le programme du RN,
identique à celui du FN de Le Pen père et fille, témoigne d’une profonde
hostilité aux intérêts de la classe ouvrière, par exemple quand il prétend
augmenter les salaires par des exonérations de cotisations sociales sans
prendre sur les profits patronaux. Et rappelons que les députés RN ont voté
contre l’augmentation du smic. Il en va de même quand il programme des
suppressions d’emplois dans les services publics ou entretient savamment un
flou sur le recul de l’âge de la retraite. Prétendre faire baisser la dette –
celle creusée par le grand patronat– en supprimant les aides aux plus
précaires, migrants et sans-papiers, aux chômeurs, n’est qu’une façon de
s’attaquer à l’ensemble des travailleurs, en les appauvrissant, et, de plus, en
essayant de diviser leurs forces face à leurs exploiteurs.
En fait de « coup de pied dans
la fourmilière », de coup de balai parmi les politiciens des partis
traditionnels, c’est un sérieux coup de main que Le Pen, tout autant que son
second Bardella, se propose de fournir au grand patronat et à tous ceux qu’ils
côtoient déjà, l’un comme l’autre, dans les colloques des organisations
patronales comme dans les dîners d’affaires.
Avec de telles offres de service
à un petit monde où la seule règle est le profit, pourquoi donc la bourgeoise
Le Pen, la châtelaine de Saint-Cloud, pourrait être gênée par les peines à
purger ou les règles éthiques à respecter ?
Viviane Lafont (Lutte ouvrière
n°3024)