Incendies :
l’État a d’autres priorités
Alors que la forêt de
Fontainebleau était ravagée par un incendie qui avait déjà parcouru plus de 2
000 hectares, le préfet de Seine-et- Marne s’est félicité en disant que «
tout était prêt ». Il fallait oser.
Publié le 15/07/2026
Plus de 32 000 hectares ont
déjà brûlé dans le pays, soit davantage que pendant toute la saison 2025. Le
syndicat des pilotes de l’aviation civile affirme que « avec toute la flotte
opérationnelle, on peut lutter sur un ou deux chantiers, pas plus », alors
que les feux s’allument un peu partout : Pyrénées- Orientales, Drôme,
Île-de-France. À Fontainebleau, tous les ingrédients étaient réunis pour la
catastrophe. La directrice de l’Office national des forêts affirme que la
situation était prévisible à cause de la sécheresse et d’une importante densité
de population.
Tout le monde sait, depuis des
années, que les moyens mis en œuvre pour lutter contre les incendies sont sous-
dimensionnés. La flotte vieillissante de douze Canadair est largement
insuffisante, et ce ne sont pas les deux appareils supplémentaires qui vont
améliorer significativement la situation, d’autant qu’ils ne seront livrés
qu’en 2028. Quelques hélicoptères viennent en renfort, mais là aussi, c’est le
système D : à Fontainebleau, ils sont venus se ravitailler à une piscine
improvisée alimentée par les agriculteurs locaux. Comme à l’hôpital ou dans les
écoles, il n’y a là que bricolage. Quant aux reportages montrant un avion
militaire transformé en bombardier d’eau, on peut dire que cela vaut mieux que
de lâcher des bombes, mais selon un pilote de l’aviation civile, le moyen est
inadapté pour les incendies, qui nécessitent de pouvoir se ravitailler en vol
et de faire des rotations rapides pour qu’il « pleuve » en permanence.
Comme dans bien d’autres
domaines, les impératifs de la lutte contre les incendies se heurtent au
problème du financement. Les coupes dans le budget de la protection civile ont
conduit à supprimer des commandes de Canadair, et il n’est même plus question
de renouveler entièrement la flotte des vieux appareils, une promesse vite
oubliée qu’avait faite Macron après les gigantesques incendies de 2022.
Pourtant, le gouvernement a réussi à trouver les moyens pour commander de
nouveaux Rafale : 152 en 2022, et pas moins de 286 en 2026.
Le 9 juillet, des
parlementaires, de LFI à la droite, ont déposé une proposition de loi afin de
créer un « fonds national d’adaptation des forêts aux risques d’incendies ».
Si ce fonds voit le jour et est aussi efficace que celui prévu pour lutter contre
les passoires thermiques ou sur l’adaptabilité des écoles, le problème ne
risque pas d’être résolu.
Camille Paglieri (Lutte ouvrière
n°3024)