Cuba :
sous la pression de l’impérialisme
Le 18 juin, l’Assemblée
nationale cubaine a adopté à l’unanimité un arsenal de 176 mesures économiques
visant à ouvrir le marché de l’île aux capitalistes locaux et étrangers.
Publié le 08/07/2026
Ces mesures permettront à des
capitalistes d’acheter les entreprises étatiques une fois qu’elles seront
devenues des sociétés commerciales et de développer des entreprises sans
limitation du nombre des salariés. Les banques privées, nationales ou
étrangères, pourront ouvrir et opérer sur l’île, mettant fin ainsi au monopole
bancaire d’État. Par ces mesures, le régime cubain invite les capitaux
étrangers, ceux de la diaspora, de la bourgeoisie cubaine émigrée aux
États-Unis en particulier, à venir s’investir sur l’île, livrant l’économie
cubaine à leur rapacité. Si les États-Unis décident sur la base de ces mesures
de renouer des relations avec le régime cubain, elles entraîneront un vrai
recul pour la population.
Parmi les autres mauvais coups
annoncés, les subventions pour l’eau, l’électricité, les loyers, seront
supprimées pour l’ensemble des Cubains et réservées uniquement aux plus
pauvres. L’Assemblée nationale a aussi prévu que les entreprises publiques et
les administrations puissent licencier. Si un salaire minimum est établi et
indexé sur l’inflation, les entreprises seront ensuite libres de décider des
rémunérations.
Le régime cubain espère avec
cette ouverture sauver sa propre position alors que la pression impérialiste
est de plus en plus forte. Depuis janvier, les États-Unis ont d’abord bloqué
les importations de pétrole avec pour effet que seul un pétrolier russe a pu
faire des livraisons. Toutes les entreprises rattachées directement ou indirectement
à l’armée cubaine, ce qui représente la moitié de l’économie de l’île, sont
menacées de perdre leurs avoirs ainsi que l’accès aux banques américaines, ce
qui les couperait du marché mondial et dégraderait encore l’économie cubaine.
Résultat de cette campagne menée pour provoquer l’effondrement économique de
Cuba, trois chaînes hôtelières internationales et une banque traitant les
transactions Visa et Mastercard pour le compte de la banque d’État se sont
retirées du pays. Deux grandes compagnies maritimes, la française CMA CGM et
l’allemande Hapag-Lloyd, ont annoncé leur intention de cesser leurs activités à
Cuba. Pour les travailleurs cubains, le quotidien se résume bien souvent à la
survie, sous la pression du chômage et de l’inflation galopante, sans électricité
autrement que deux ou trois heures par jour, ni transports. Alors que Cuba
était un modèle en matière de santé publique, les opérations dans les hôpitaux,
les dialyses deviennent problématiques faute d’électricité ou de pétrole pour
les groupes électrogènes.
En invitant la diaspora cubaine,
anticastriste, à revenir faire des affaires dans l’île et à exploiter ses
travailleurs, le gouvernement cubain espère amadouer l’impérialisme américain
pour qu’il relâche sa pression tout en lui permettant de rester au pouvoir. Il
n’est pas dit que cela suffise à l’impérialisme, qui a d’ores et déjà répondu
en qualifiant ces réformes d’« écran de fumée superficiel ». Il est donc
probable qu’il maintienne sa pression car, au fond, ce qu’il reproche au régime
cubain est simplement d’exister depuis 1959 comme un régime indépendant, qu’il
ne contrôle pas, un caillou dans la chaussure des États-Unis.
Serge Benham (Lutte ouvrière n°3023)