samedi 1 août 2026

Ceuta : liberté de circulation !

 

Vestiges de colonisations et frontières, la même absurdité

 

 


Le gouvernement de gauche de Pedro Sanchez dénonce une « attaque » et une « atteinte à l’intégrité territoriale de l’Espagne » à propos de l’arrivée de dizaines de milliers de Marocains à Ceuta. Madrid qui régulièrement rappelle qu’il est aberrant que Gibraltar, situé sur la péninsule ibérique, soit britannique plutôt qu’espagnol, proclame à l’inverse que Ceuta doit rester une possession de l’État espagnol, bien que située en Afrique.

C’est l’absurdité de ces frontières qui font de ce territoire, vestige du colonialisme européen, entièrement enclavé dans le Maroc - et en vérité marocain - un tremplin bien hypothétique vers l’Europe pour les jeunes Marocains à la recherche d’un avenir.

Selon la presse, Macron a promis que « la France se tient prête à apporter aux autorités espagnoles tout l’appui nécessaire » : c’est une solidarité de puissances coloniales.

Espagne 1936 : la révolution trahie par le Front populaire

 Espagne 1936 : la révolution trahie par le Front populaire

Le 17 juillet 1936, en Espagne, commençait le soulèvement de l’armée dirigée par Franco visant à abattre la république, et surtout à écraser sous la dictature les classes populaires. Il allait en retour déclencher de véritables mouvements révolutionnaires et provoquer trois ans de guerre civile.

Publié le 29/07/2026

Depuis l’avènement de la République en 1931, les classes possédantes liées aux militaires et aux partis réactionnaires tentaient de sauver leur dictature. Celle-ci était confrontée à une classe ouvrière et à une paysannerie en révolte dans cette Espagne pauvre qui gardait encore bien des aspects féodaux.

La classe ouvrière, qui prenait de plus en plus confiance dans sa force, possédait de nombreux partis et syndicats. Le courant anarchiste y jouait un rôle déterminant, au travers de la Confédération nationale du travail (CNT) et de la Fédération anarchiste ibérique (FAI). Le Parti socialiste dirigeait l’important syndicat UGT. Le Parti communiste lié à l’URSS stalinienne, en cette année 1936, disposait d’une implantation bien moindre, de même que le Parti ouvrier d’unification marxiste, le POUM, opposé à la politique stalinienne.

Le Front populaire contre la révolution

Le 16 février 1936, le Front populaire remporta les élections. Cette alliance signée un mois plus tôt regroupait des partis bourgeois, la gauche républicaine d’Azaña, l’Union républicaine de Martinez Barrio, la gauche catalane de Companys, et les partis ouvriers, le Parti communiste (PC), le Parti socialiste (PSOE), ainsi que le POUM qui justifiait l’accord par le fait que la loi électorale le lui imposait pour avoir des députés. La CNT n’adhéra pas à l’alliance mais, pour la première fois, elle n’appela pas à l’abstention. Or le programme du Front populaire ne reprenait aucune des revendications essentielles des travailleurs. Les républicains avaient fait inscrire qu’ils n’acceptaient pas « le principe de la nationalisation des terres ni leur remise gratuite aux paysans ». La seule concession y figurant était la promesse d’une amnistie pour tous les prisonniers condamnés suite à la révolte des Asturies de 1934.

Aussitôt la victoire électorale proclamée, Azaña forma un gouvernement composé de républicains bourgeois, que les partis ouvriers soutinrent sans y participer. Les masses n’attendirent cependant pas la signature du décret d’amnistie pour intervenir. Le 17 février, des manifestants ouvrirent les portes des prisons et des grèves commencèrent pour la réintégration immédiate des condamnés ou licenciés. Deux mois plus tard, le 17 avril, une grève commencée à Madrid marqua le début d’un mouvement général touchant toutes les villes importantes. La situation était également révolutionnaire à la campagne où les occupations de terres se multipliaient.

Entre février et juillet, le gouvernement d’Azaña tenta d’éteindre le feu révolutionnaire. Il déclara les grèves illégales et fit arrêter des grévistes, faisant les yeux doux à l’armée alors que la caste des officiers, intrinsèquement hostile à la République, préparait son coup d’État.

Alors que les milices d’extrême droite, dont la Phalange, se mobilisaient, attaquant les locaux des partis ouvriers, assassinant des grévistes, des militants, des vendeurs de journaux, et que grandissait la menace d’un coup d’État militaire, les organisations ouvrières se contentaient d’appeler les masses à se fier au gouvernement du Front populaire.

La révolution à l’ordre du jour...

Pourtant, les travailleurs se montrèrent capables d’affronter l’armée de Franco. Dès le 19 juillet, le prolétariat de Barcelone et des villes voisines réagit. Sans attendre le gouvernement qui, de toute façon, avait refusé d’armer les travailleurs, ceux-ci s’emparèrent d’armes sur les navires de guerre du port, dans les magasins de chasse, sur les chantiers, et même dans quelques dépôts gouvernementaux. Après de furieux combats, les militaires durent capituler. Barcelone était aux mains des travailleurs en armes.

À Madrid, suivant l’exemple de Barcelone, le 20 juillet la population ouvrière se rendit elle aussi maîtresse de la ville. De même, dans de nombreuses villes industrielles, dans des villages, les travailleurs prirent les choses en main. Des soldats refusèrent de tirer sur eux, retournant leurs armes contre leurs officiers.

Dans les quartiers, des comités de défense se mirent en place. Toutes les organisations ouvrières constituèrent des milices de façon indépendante du gouvernement républicain. À Barcelone, les travailleurs de la CNT assurèrent la distribution de l’eau, du gaz et de l’électricité, firent rouler à nouveau les tramways et les trains, organisèrent le ravitaillement et sa répartition, remirent en route la production industrielle. Les maisons des riches furent réquisitionnées, les hôtels de luxe transformés en restaurants populaires. Pour coordonner ces initiatives, les dirigeants anarchistes de la CNT mirent en place un « comité central des milices » en s’adjoignant des représentants des autres organisations.

Dans les campagnes, les paysans prirent les terres, formèrent des comités pour l’approvisionnement des villes en coordination avec les milices et les syndicats.

… trahie par le Front populaire

Le coup d’État de Franco fut donc d’abord un échec. Dans une grande partie de l’Espagne, les travailleurs tenaient les rênes. Cependant, aucun pouvoir ouvrier et paysan centralisé ne fut mis en place. Au contraire, les dirigeants des organisations ouvrières continuaient de faire allégeance à la république et à s’en remettre au gouvernement du Front populaire.

Au fil des mois, le Parti socialiste et le Parti communiste mirent toute leur énergie à enchaîner les travailleurs derrière le pouvoir républicain bourgeois, en prétextant les nécessités de la guerre contre l’armée franquiste, qui occupait toute une partie du territoire. Pour eux, il fallait d’abord défendre la république, la révolution viendrait après. C’était en réalité une façon d’enterrer la révolution. Les dirigeants anarchistes, de leur côté, opposés par principe à toute forme de pouvoir, refusèrent de constituer un véritable pouvoir ouvrier, et finirent par participer à ce gouvernement qui se donnait pour tâche de rétablir l’ordre bourgeois.

L’élan révolutionnaire de juillet 1936 allait ainsi être brisé par le gouvernement républicain avant d’être écrasé par la dictature franquiste, finalement victorieuse en février-mars 1939.

Trotsky concluait dans Leçons d’Espagne en décembre 1937 : « Les ouvriers et les paysans ne sont capables d’assurer la victoire que quand ils mènent la lutte pour leur propre émancipation. Les soumettre dans ces conditions à la direction de la bourgeoisie, c’est assurer d’avance leur défaite dans la guerre civile. […] L’histoire moderne des sociétés bourgeoises est pleine de Fronts populaires de toutes sortes, c’est-à-dire de combinaisons politiques les plus diverses pour tromper les travailleurs. L’expérience espagnole n’est qu’un nouvel anneau tragique de cette chaîne de crimes et de trahisons. »

                                                   Aline Retesse (Lutte ouvrière n°3026)

Incendies : la solidarité sauce patronale à PIC Cestas

 

De quoi donner la rage contre ces suceurs de sang

 

 


À la PIC (Plateforme Industrielle Courrier de La Poste), plusieurs centaines de travailleurs, embauchés, CDD, intérimaires ont dû cesser le travail samedi lors de l'évacuation générale de Cestas et de la zone du Pot au Pin, qui abrite aussi CDiscount.

Certains ont même dû fuir leur logement, et subir une double peine. D'autres sont partis sur le front du feu, donner un coup de main, sans compter. Toute une région s'est mobilisée sans calculette : pompiers, riverains, bénévoles, travailleurs, personne n'a demandé de facture.

Mercredi 29 juillet, la direction de La Poste a enfin annoncé comment elle comptait "payer" ces jours de danger et d'évacuation : les heures seront payées... mais intégralement à récupérer, une par une, au centime près, et ce sur plusieurs mois. Il y a 4 ans elle avait pratiqué de même lors des feux de Landiras. 

Le capitalisme fait brûler la planète et les patrons nous font les poches. De quoi se mettre en colère.

Incendies : quand la solidarité, le bénévolat et le système D pallient l’absence des services publics utiles à la population

 Drôme : solidarité, bénévolat et système D

Dans la Drôme, un feu de forêt a ravagé le massif au-dessus de Die pendant près d’un mois, du 24juin au 15juillet, brûlant près de 4 400 hectares, faute de moyens suffisants pour le fixer.

Publié le 29/07/2026

Les rares Canadair se sont fait attendre, car mobilisés sur d’autres incendies, et ne sont intervenus que six jours après le début du sinistre.

Quant aux moyens humains, là aussi c’est de plus en plus compliqué. L’indemnisation des pompiers volontaires est encore inférieure au smic et ils dépendent du bon vouloir de leur employeur, qui n’est pas tenu de les libérer en cas d’urgence. Dans certains cas, des pompiers ont posé des congés sans solde pour pouvoir partir en intervention. Le ministère de l’Intérieur a simplement « demandé » aux entreprises de faire preuve de solidarité, sans toutefois leur imposer quoi que ce soit. Il sait pourtant envoyer des gendarmes pour réquisitionner des travailleurs quand il le veut ! Il l’avait fait contre les grévistes des raffineries lors de la mobilisation pour les retraites de 2023.

À Die, comme dans bien des zones sinistrées, c’est en réalité la solidarité des habitants qui a pallié ce manque de moyens. Certains ont sillonné le département pour ravitailler les pompiers en nourriture et en kits d’hygiène, d’autres ont assuré le lavage des tenues d’intervention, ou encore le débroussaillage pour contenir l’avancement du feu. Des agriculteurs ont aidé à la création d’une station de recharge en eau pour raccourcir les trajets. Des chauffeurs VTC ont ramené des pompiers chez eux, après des heures de lutte éprouvante. Ce sont tous ces efforts et initiatives qui ont permis d’épauler les pompiers car les autorités, elles, étaient bien souvent aux abonnés absents.

                                           Correspondant LO (Lutte ouvrière n°3026)

Argenteuil, commerce de la grande distribution aussi problématique que le commerce de détail et autre sur la Ville

 

Concurrence, projets secrets, réduction du pouvoir d’achat…

 

 

Un site internet spécialisé dans la consommation a évoqué ces jours derniers les difficultés de fonctionnement du supermarché Intermarché-ex Carrefour-ex Casino du Centre commercial Côté Seine de la Ville dont il est pourtant la locomotive. Pour le repreneur Intermarché, un obstacle de taille : le loyer énorme à verser au propriétaire des murs Casino. Pour les clients, une offre très limitée qui n’est pas susceptible au développement des ventes. Chacun peut s’interroger sur l’avenir de la présence de l’enseigne dans le centre commercial.

         Cette situation s’ajoute à bien d’autres concernant le commerce en enseignes de la grande distribution à Argenteuil. Nous avons dénoncé la fin du magasin Monoprix boulevard Jean Allemane. Lidl doit lui succéder, mais les habitants du Val-Sud craignent que cela ait des conséquences sur l’existence même de l’actuel Lidl boulevard du Général Leclerc dans le quartier du Perreux. Il faut ajouter à cela l’existence de la coque commerciale toujours désespérément vide de l’esplanade du Val-Nord.

         Ces questions ne relèvent pas seulement de la rivalité entre les grandes enseignes de la distribution et de leurs choix stratégiques secrets. Elles concernent d’abord les difficultés de l’approvisionnement des habitants, en particulier pour ceux qui ne peuvent le faire que dans des commerces de proximité. Et il y a surtout les difficultés matérielles croissantes du monde du travail que taraude la hausse des prix des biens et des services, et qui l’oblige à restreindre ses achats. DM