40e congrès
du PCF : survivre électoralement ?
Le 40e congrès du PCF
se tenait les 3, 4, 5 juillet à Lille. Des divergences se sont exprimées,
non pas sur le fond mais sur la stratégie à adopter pour survivre.
Publié le 08/07/2026
Cela fait bien longtemps que le
PCF n’a plus de communiste que le nom. À l’opposé des perspectives
révolutionnaires qu’il traçait lors de sa création en 1920, la seule politique
qu’il a poursuivie depuis 90 ans a été de s’intégrer à l’ordre social de
la bourgeoisie et de le défendre à chaque fois qu’il était menacé par
l’intervention des travailleurs.
Les intervenants au congrès du
PCF avaient donc ce problème en toile de fond : comment ne pas disparaître
parmi les autres partis de gauche, LFI dont l’électorat a augmenté et le PS, en
perte de voix mais structuré autour de nombreuses mairies de grandes villes.
Cette concurrence est d’autant plus grande que, sur le fond, les illusions
électorales qu’ils véhiculent sont les mêmes. Le PCF emballe cette illusion du
terme ronflant « des jours heureux», d’autant plus ridicule que la période est
à l’intensification de la guerre sociale menée par les capitalistes contre les
travailleurs, dans un contexte où la guerre économique entre les grands trusts
entraîne l’humanité vers la généralisation des conflits armés.
Enfin, le PCF a d’autant plus de
difficultés à survivre que, dans son électorat populaire traditionnel, cette
illusion a laissé la place à une forte abstention ou à une illusion électorale
encore plus grave, portée par l’extrême droite. Dans le Pas-de-Calais,
département très ouvrier, dix des douze circonscriptions ont, depuis 2024, des
députés RN.
Dans ce congrès, une fois de
plus, les discours étaient saturés de nationalisme, quels que soient les
intervenants. Parmi les perles, celle d’un responsable de Loire-Atlantique : «
Nous avons le patronat le moins patriote d’Europe, il a organisé le grand
déménagement de notre industrie ». Prétendre que l’industrie appartiendrait
aux travailleurs dans le cadre du capitalisme est un poison : c’est préparer
les travailleurs à se battre, y compris les armes à la main, pour défendre la
bourgeoisie française dans sa concurrence avec les autres bourgeoisies. Cette
politique nationaliste menée par le PCF a pavé la voie depuis des décennies au
RN et continue de le faire.
Plusieurs « stratégies » en vue
des prochaines élections se sont exprimées au congrès. Toutes veulent résoudre
la quadrature du cercle : pour exister il faut se présenter contre les autres,
mais pour être élus il faut s’allier avec eux. Cela vaut pour LFI comme pour le
PS. Le PCF a donc alternativement, depuis 1965, soutenu le candidat de gauche
au premier tour ou présenté son propre candidat. De plus, aujourd’hui, la
pression à l’unité est d’autant plus forte que Le Pen monte dans les sondages.
Finalement, le congrès s’est prononcé pour la candidature de Fabien Roussel.
Alors, les électeurs du PCF
pourront-ils voter pour leur candidat en avril 2027 ? Rien n’est moins sûr, car
tout dépendra des garanties que Roussel pourra obtenir pour les législatives
qui suivront l’élection présidentielle.
Autant de stratégies, ou plutôt
d’arrangements qui ne sont en rien des perspectives pour les travailleurs mais
des calculs pour sauver des postes et ne peuvent, une fois de plus, que
décevoir et décourager les militants.
Kevin Villard (Lutte ouvrière
n°3023)