Iran :
une révolte qui s’étend
Démarrée le 28 décembre par
une grève des petits commerçants de Téhéran, une nouvelle vague de contestation
du régime continue de s’étendre en Iran, touchant de nombreuses villes et
entraînant des catégories sociales variées.
Publié le 07/01/2026
La réactivation en septembre des
sanctions internationales contre l’Iran, en particulier l’embargo sur le
pétrole, a accéléré la chute du rial, la monnaie iranienne, aggravant une
inflation déjà supérieure à 50 %. Si les classes populaires, confrontées depuis
longtemps aux difficultés pour se nourrir et payer leur loyer, aux pénuries
d’eau ou de médicaments, aux coupures d’électricité, aux salaires payés en
retard, sans parler de la corruption généralisée, sont touchées par cette
hyperinflation, celle-ci frappe largement aussi la petite bourgeoisie.
Les commerçants qui achètent des
produits importés payés en dollars pour les revendre en Iran sont étranglés.
Ainsi le prix d’un téléphone portable a doublé en quelques jours. Les dernières
annonces du régime, dévaluation du rial par la banque centrale, réduction des
quotas permettant un taux de change préférentiel, augmentation du prix de
l’essence, tout en maintenant toutes les dépenses pour l’armée et la police,
ont provoqué la colère. En fermant leurs boutiques pour dénoncer la politique
du régime, les commerçants ont déclenché une nouvelle vague de révolte, trois
ans après le mouvement « Femme-vie-liberté ».
Très vite, la contestation s’est
étendue aux étudiants mais surtout à des milieux populaires dans plusieurs
dizaines de villes moyennes, en particulier dans l’ouest du pays. Au slogan «
Mort au dictateur » qui vise l’ayatollah Khamenei, se sont ajoutés « Nous
n’avons pas peur car nous sommes tous ensemble » ou « Ni Gaza, ni le Liban, que
ma vie soit sacrifiée pour l’Iran », pour dénoncer les coûteuses interventions
militaires extérieures du régime. De multiples vidéos circulent sur les réseaux
sociaux montrant des affrontements entre des manifestants et la police, des
attaques contre des commissariats ou des véhicules de police. Certains
bassidjis, ces miliciens qui encadrent les quartiers populaires, ont été
attaqués voire tués tandis que d’autres manifestants scandaient « Policiers
avec nous ». Il semble que dans certaines villes, la police ait effectivement
basculé de leur côté.
Si les révoltes contre le régime
se succèdent depuis des années, si les grèves ouvrières sont récurrentes, la
nouveauté est cette fois-ci la participation de ceux qui forment le Bazar, et
qui sont depuis 1979 l’un des piliers du régime des mollahs. Le Bazar mêle des
bourgeois fortunés, disposant de multiples relais au sein de l’appareil d’État
et de réseaux à l’étranger, y compris dans les pays occidentaux, à des petits
commerçants pris entre le marteau et l’enclume. Conscient que la bascule de ces
derniers représente une menace existentielle pour le régime, le président de la
république Pezechkian a tenté de les amadouer, limogeant le directeur de la
banque centrale et parlant de « revendications légitimes ». Il a promis
le 4 janvier que chaque citoyen recevrait une prime équivalente à
6 euros par mois, le salaire moyen étant de 170 euros. Mais dans le
même temps, il a fait donner sa police : près d’une trentaine de personnes
auraient été tuées, sans compter les centaines d’arrestations.
Cette répression a servi de
prétexte à Trump pour lancer aux dirigeants iraniens : « Si vous tirez sur
des manifestants, les États-Unis viendront à leur secours. Nous sommes prêts,
armés et parés à intervenir. » Il faut le cynisme sans limite du chef de
l’impérialisme, principal responsable des souffrances subies par le peuple
iranien, pour se poser en sauveur des révoltés. Une intervention américaine en
Iran est certes possible comme on l’a vu en juin, lorsque les aviations
américaine et israélienne ont visé les installations nucléaires iraniennes et
tué des cadres scientifiques et militaires.
Ces bombardements ont contribué à
affaiblir le régime. Mais si elle avait lieu, une telle opération ne pourrait
qu’apporter de nouveaux malheurs à la population iranienne. Comme en Irak en
2003, elle risquerait de provoquer l’éclatement du pays en alimentant des
forces centrifuges parmi les diverses nationalités, qui cohabitent en Iran.
C’est ce qu’a formulé Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité de
l’Iran en réponse aux menaces de Trump : la chute de la république islamique
pourrait plonger « toute la région plus profondément dans la crise et
l’instabilité ».
Quant à la restauration de la
monarchie, renversée en 1979 par la révolte populaire reprise en mains par les
mollahs de Khomeiny, elle ne ferait que remplacer une dictature par une autre.
Si certains médias pro-américains mentionnent l’apparition de slogans acclamant
Reza Pahlavi, le fils du shah déchu installé aux États-Unis, de nombreux
manifestants crient « À bas l’oppresseur, le Guide ou le roi ». S’ils n’ont
sans doute pas une conscience claire des voies et des objectifs qui permettront
de changer leur sort, ces manifestants-là ont mille fois raison.
Xavier Lachau (Lutte ouvrière
n°2997)
Les prochaines permanences à Argenteuil :
-aujourd’hui vendredi 9 janvier : au carrefour
Babou du Centre, de 17h.15 à 18 h.15. ;
-samedi 10 janvier : de 10 h.30 à midi centre
commercial de la cité Joliot-Curie ;
-et de 11 h. à midi au marché de la Colonie ;
-dimanche 11 janvier : de 10 h.25 à 10 h.55
devant l’Intermarché du Centre ;
-et de 11 h. à midi au marché Héloïse ;
-lundi 12 janvier : de 18 à 19 h. centre
commercial des Raguenets à Saint-Gratien.