1er mai :
histoire d’une journée de lutte
Le 1er mai a été
pendant très longtemps pour les travailleurs une journée de manifestations et
de luttes parfois sanglantes.
Publié le 29/04/2025
C’est en 1856, en Australie,
qu’est née l’idée d’une journée prolétarienne de repos, fixée alors au
21 avril, comme un moyen d’obtenir la journée de 8 heures. Il était alors
fréquent de travailler 12, voire 14 heures par jour. Cette première
manifestation eut un tel retentissement parmi les travailleurs australiens
qu’il fut décidé de renouveler cette manifestation tous les ans. Avec le
développement du prolétariat à l’échelle mondiale, l’idée s’imposa d’organiser
une journée internationale au cours de laquelle les travailleurs de tous les
pays seraient appelés à faire grève et à manifester en revendiquant la journée
de huit heures. En 1889, la IIe Internationale, regroupant tous les
partis sociaux- démocrates, se revendiquant alors du marxisme révolutionnaire,
décida de fixer au 1er mai cette journée de lutte, en hommage
aux travailleurs américains victimes de la répression après la grève générale
du 1er mai 1886, appelée pour obtenir la journée de 8 heures.
Les manifestants commencèrent à arborer un triangle rouge, symbolisant la
revendication « 8 heures de travail, 8 heures de loisir, 8 heures de repos ».
À l’époque, le 1er mai
n’était pas férié, et il fallait se mettre en grève pour participer aux
manifestations. Celles-ci inquiétaient les patrons, d’autant qu’elles se
déroulaient le même jour dans de nombreux pays, et ils n’hésitaient pas à
réprimer ceux qui se risquaient à y participer. Dans le nord de la France, à
Fourmies, le 1er mai 1891, l’armée tira sur la foule, faisant
9 morts et 33 blessés, dont de jeunes ouvrières du textile. Après
cette fusillade particulièrement meurtrière, les manifestants du 1er mai
se mirent à arborer une églantine rouge, symbole qui rappelait de surcroît la
Révolution française et qui mettait en rage les patrons et la police. Des
passants pouvaient être arrêtés parce qu’ils portaient du rouge dans
l’habillement.
Le début du vingtième siècle fut
marqué par la marche à la guerre, et le 1er mai devint aussi
l’occasion d’affirmer l’idée que les ouvriers du monde entier devaient lutter
contre la guerre impérialiste en préparation et se fixer l’objectif de
renverser le capitalisme. Les grandes manifestations en faveur de la paix ne
purent empêcher la trahison de la IIe Internationale, qui se rallia
à la bourgeoisie dès le début de la guerre mondiale.
Dans l’entre-deux-guerres, les
luttes continuèrent, avec cette fois-ci en toile de fond la montée du fascisme.
En 1929, le préfet de Berlin interdit la manifestation du 1er mai.
À l’appel du Parti communiste allemand, des milliers de travailleurs défilèrent
tout de même. La troupe tira, tuant 33 travailleurs, et en blessant 200.
Les nazis, tout comme le
gouvernement de Vichy en France, détournèrent la signification prolétarienne du
1er mai, et en firent des « Fêtes du travail national »,
célébrant l’union sacrée des ouvriers et des patrons. C’est le maréchal Pétain
qui, en 1941, a associé le 1er mai au muguet, qu’il préférait à
l’églantine rouge, symbole selon lui du communisme.
Malgré ces dévoiements et
l’institutionnalisation du 1er mai, du moins dans les pays
riches, sa signification profonde pour le monde du travail, une journée qui
affirme les intérêts communs des travailleurs par-delà les frontières, reste
d’une actualité brûlante, au moment où les bruits de bottes résonnent à
nouveau. Comme l’écrivait Rosa Luxemburg en 1904 : « Plus que jamais, en
présence de la guerre, la démonstration spécifique prolétarienne doit aussi
être l’expression de cette idée que la réalisation de la paix universelle ne
peut être conçue que liée à la réalisation de notre but final socialiste. »
Camille Paglieri (Lutte ouvrière
n°2961)