Blinken
cherche de nouveaux geôliers
06 Décembre 2023
Les dirigeants américains,
complices des massacres en cours, multiplient les tractations pour trouver une
solution politique en Palestine pour « après ».
Alors que la première puissance
impérialiste soutient et arme Israël sans condition, son secrétaire d’État,
Anthony Blinken, demande à Netanyahou de « protéger la vie des
civils ». Mais si les États-Unis font mine de se préoccuper de la vie
des Gazaouis et s’inquiètent de la violence débridée des colons israéliens en
Cisjordanie, ce n’est pas par compassion pour les Palestiniens. C’est, comme le
dit Lloyd Austin, secrétaire à la Défense et général ayant servi en Irak, parce
que, « en poussant la population civile dans les bras du Hamas, vous
remplacez une victoire tactique par une défaite stratégique ».
Austin sait de quoi il
parle : en Irak, quand les États-Unis ont détruit le pays pour faire
tomber le régime de Saddam Hussein, pas assez docile à leurs yeux, et le
remplacer par un autre créé de toutes pièces, ils ont déclenché une terrible
guerre entre milices concurrentes, qui a fini par faire naître Daech.
En Palestine, comme en Irak, en
Syrie ou au Liban, les dirigeants impérialistes se contrefichent du sort des
populations, de leurs sentiments nationaux ou religieux, de leurs aspirations
démocratiques ou de leurs préférences pour tels ou tels partis politiques. Ils
veulent avant tout installer à la tête des États, ou de territoires comme les
lambeaux de la Palestine, des appareils qui respectent leurs intérêts et
assurent l’ordre social.
En Palestine, le Fatah de Yasser
Arafat et l’OLP ont joué ce rôle d’encadrement après les accords d’Oslo de
1993. Implanté de longue date à Gaza, le Hamas y a supplanté le Fatah en 2007,
car celui-ci s’était déconsidéré parmi les Gazaouis pour n’être finalement rien
d’autre qu’un auxiliaire de police et un appareil corrompu. Si le Hamas à la
tête de Gaza a été ostracisé par Israël et les grandes puissances, privant le
territoire des subventions internationales et le plaçant sous embargo, les uns
et les autres ont trouvé un arrangement pour lui permettre de continuer à
encadrer la population. Le riche émirat du Qatar, qui abrite l’une des
principales bases militaires américaines, est ainsi devenu le banquier du
Hamas, avec l’accord explicite d’Israël et des États-Unis.
Après l’attaque du 7 octobre par
le Hamas puis la destruction méthodique de Gaza par Israël, la donne est de
nouveau modifiée. D’un côté, le Hamas sort renforcé aux yeux des Palestiniens
et de bien des opprimés dans le monde arabe, pour avoir attaqué Israël, et le
Fatah, dirigé par Mahmoud Abbas et supposé contrôler quelques villes de
Cisjordanie, est encore plus déconsidéré. De l’autre côté, les dirigeants
israéliens affirment vouloir éradiquer le Hamas, quitte à exterminer tous les
Gazaouis, et menacent de réoccuper de façon permanente les ruines du
territoire.
C’est dans ce contexte que les
États-Unis sont à la manœuvre. Blinken, Austin ou les chefs de la CIA
multiplient les rencontres avec les dirigeants saoudiens, égyptiens, qataris,
jordaniens, turcs, et plus discrètement iraniens, pour tenter de faire surgir
une option acceptable par ces puissances régionales, et surtout par Israël.
Accessoirement, les dirigeants du Fatah comme ceux du Hamas en exil à Beyrouth
ou à Doha sont consultés. Une des hypothèses qui circulent serait de renouveler
en profondeur l’OLP, d’y faire adhérer le Hamas et de porter à sa tête un
militant comme Marwan Barghouti, membre du Fatah, prisonnier en Israël depuis
vingt ans et apparaissant pour cela comme une alternative.
Pendant les tractations, les
bombes pleuvent sur Gaza et les dirigeants israéliens intensifient la
colonisation. Mais, quelle que soit la solution finalement inventée par les
États-Unis et validée par Israël, la mission de cette nouvelle Autorité
palestinienne sera de faire accepter son sort à sa population. Cela ne pourra
déboucher que sur de nouvelles révoltes et de nouvelles guerres, car le souci
des dirigeants impérialistes n’est aucunement de satisfaire les aspirations des
peuples du Moyen-Orient.
Xavier
LACHAU (Lutte ouvrière n°2888)
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