Israël-Palestine
: 75 ans d’une politique guerrière
16 Mai 2023
Le 2 mai un militant nationaliste
palestinien est décédé dans une prison israélienne, au terme de 86 jours de
grève de la faim. Cette mort a ravivé la colère des habitants de Gaza et
fourni, s’il en était besoin, un nouveau prétexte aux attaques meurtrières
d’Israël, que le gouvernement de coalition droite-extrême droite qualifie de
préventives.
Parmi les 4 900 détenus
politiques palestiniens enfermés par Israël, plus de mille le sont au titre
d’une « détention administrative », sans jugement, sans même une
inculpation, sans possibilité de défense juridique. Khader Adnane, boulanger à
Jénine, était de ceux-là. Militant se revendiquant d’un groupe nationaliste
concurrent du Hamas au pouvoir à Gaza, il connaissait les geôles israéliennes
et n’en était pas à sa première grève de la faim pour obtenir que ses droits
minimums soient respectés. Mais, traités avec « trop d’égards » selon
le ministre de l’Intérieur d’extrême droite Ben Gvir, les détenus palestiniens
font partie des victimes des directives ultrarépressives récemment appliquées
dans les prisons. Adnane n’a donc même pas été transféré à l’hôpital.
Avant un cessez-le-feu, forcément
temporaire, conclu le 13 mai sous l’égide des autorités égyptiennes, il y a eu
plusieurs jours d’escalade meurtrière. À des tirs de roquettes envoyées de Gaza
après la mort d’Adnane a répondu le déclenchement, le 9 mai, de l’opération
israélienne Bouclier et flèches, consistant en des bombardements dits ciblés, à
l’issue desquels Netanyahou, l’armée et la sécurité intérieure se félicitent
d’avoir tué six militants palestiniens qu’ils considèrent comme des
responsables de groupes armés. Ces frappes « propres » ont au passage
tué également la famille et les voisins des militants visés, si bien que 34
personnes ont été tuées et 190 autres blessées. Mais il ne s’agit, selon le
communiqué israélien, que de « victimes civiles inévitables dans
l’environnement densément peuplé de Gaza » !
En effet, Gaza est surpeuplée,
des milliers de réfugiés palestiniens y ayant trouvé abri depuis trois quarts
de siècle. Ces faits coïncident en effet avec le 75e anniversaire de la
naissance de l’État d’Israël le 14 mai 1948, sur un territoire qui était loin
d’être un désert car peuplé de centaines de milliers de Palestiniens,
agriculteurs, éleveurs, commerçants… Des centaines de milliers de Juifs qui
avaient survécu à la barbarie nazie espéraient, pour la plupart, trouver en
Israël un État pacifique, juste, animé d’intentions presque égalitaires, ainsi
que certains aspects de la propagande sioniste le laissaient entendre.
En fait, la création d’Israël
s’est faite sur la base de l’expulsion violente d’une partie de la population
arabe palestinienne, celle dont les descendants vivent encore aujourd’hui dans
les camps de réfugiés des pays voisins. L’État israélien s’est fait l’acteur du
vol des terres palestiniennes et, en fait d’égalité des droits, a fait de ses
habitants arabes des citoyens de seconde zone. Il a organisé l’occupation de la
Cisjordanie et couvert sa colonisation par des colons conquérants et racistes.
Leur extrémisme religieux et leur idéologie d’extrême droite ont fini par
prendre en otage la population juive israélienne elle-même, au point qu’elle
manifeste maintenant toutes les semaines contre l’évolution autoritaire de cet
État qui leur promettait la liberté.
Il n’y avait aucune raison pour
qu’Arabes palestiniens et Juifs rescapés des camps ne puissent vivre ensemble.
C’est toute l’orientation nationaliste, anti-arabe et pro-impérialiste qui a
fait de l’État d’Israël un nouveau facteur d’oppression et l’acteur de guerres
permanentes, dont souffre sa propre population. Pour la population arabe de
Gaza, de Cisjordanie, de Jérusalem-Est, mais également pour la population arabe
et juive d’Israël même, c’est un triste anniversaire que célèbre son
gouvernement.
Viviane LAFONT (Lutte ouvrière
n°2859)