Police :
les violences seront cachées
18 Novembre 2020
La nouvelle loi, dite de «
sécurité globale », discutée en ce moment à l’Assemblée nationale contient dans
son article 24 une disposition menaçant d’un an de prison et de 45 000 euros
d’amende ceux qui diffuseraient des images de policiers ou de gendarmes en
intervention.
Bien que la députée macroniste
corapporteure de la loi prétende qu’« il n’est en aucun cas question
d’empêcher les journalistes de travailler, ou de porter atteinte au droit
d’information des citoyens », c’est évidemment une tentative
d’intimidation de ceux qui dénoncent les brutalités policières, vidéos à
l’appui.
L’article 24 prend prétexte
d’éventuelles atteintes à l’« intégrité physique ou psychique » des
policiers pour punir la diffusion de telles vidéos. On comprend bien qu’un
policier violent, croyant que son uniforme le met à l’abri de toute poursuite
et pourtant pris sur le fait, car filmé par un téléphone portable, doit être au
minimum déstabilisé psychiquement. C’est donc lui qui sera protégé par la loi
et non sa victime, ce que dénoncent des syndicats de journalistes, la Ligue des
droits de l’Homme, jusqu’au haut-commissariat aux Droits de l’homme de l’ONU,
etc.
Ces dernières années, la police a
été irritée que des débordements de ses membres ne restent pas confinés dans
les enquêtes de la Police des polices. Des vidéos circulant sur Internet
rompent de plus en plus ce huis clos où on lave, parfois avec complaisance, son
linge bleu en famille.
Avec une loi de ce type, il n’est
pas certain que la population aurait pu savoir que des CRS avaient frappé de
nombreuses fois des gilets jaunes réfugiés dans un fast-food pour échapper à
une charge ; ou bien que la mort du livreur Cédric Chouviat n’était pas
accidentelle, mais provoquée par une strangulation policière ; ou bien
encore que le garde du corps présidentiel Benalla fêtait le 1er Mai en rudoyant
manifestants et passants.
Cette loi fait partie de
l’opération de séduction entamée par Macron et son ministre de l’Intérieur
Darmanin en direction des policiers. Il est symbolique qu’un de ses deux corapporteurs
soit le député LREM Fauvergue, commissaire de police à la retraite et ancien
chef du Raid.
La loi prévoit d’augmenter les
pouvoirs des polices municipales, de faire appel aux sociétés privées de
sécurité pour des tâches de surveillance, ainsi que de généraliser l’usage de
caméras portées par des drones pour contrôler l’espace public, notamment lors
des manifestations.
Parallèlement, un Livre blanc sur
la sécurité, rédigé par des hauts fonctionnaires du ministère de l’Intérieur,
plaide pour le triplement des crédits affectés aux missions sécurité de l’État
d’ici 2030.
Le gouvernement déploie tous les
moyens pour se faire bien voir de sa police et pour s’attirer les bonnes grâces
de ceux qui, dans l’électorat, ne voient la solution des dysfonctionnements de
la société qu’au travers du prisme sécuritaire. Il faut dire que, sur ce
créneau, il y a de la concurrence du côté de la droite et de l’extrême droite,
et même d’une partie de la gauche.
Quant à savoir si un peu plus de
matraque résoudra les problèmes sociaux qui s’aggravent avec la crise, le
simple fait de recourir à une trente-deuxième loi sur la délinquance en trente
ans devrait faire douter de l’utilité de ce type de mesure.
Lucien DÉTROIT (Lutte ouvrière
n°2729)
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