La
terrible menace des bombes, nucléaires ou pas, et de ceux qui les détiennent
Les images de Hiroshima et de
Nagasaki, les deux villes japonaises dévastées par les premières bombes
atomiques, ont tourné en boucle sur les chaînes de télévision la semaine
dernière. Malgré l’hypocrisie des commentaires, leurs mensonges ne serait-ce
que par omission, cette commémoration rappelle au moins de quoi ont été
capables ceux qui dirigent le monde, de quoi est capable la classe capitaliste
dont la concurrence, les rivalités engendrent périodiquement des guerres.
Ce que
symbolise l’anéantissement des deux villes en quelques secondes nous concerne.
Ce n’est pas seulement l’histoire d’un passé révolu. Cela peut être la
préfiguration de ce qui pourrait advenir demain. Et pas seulement parce que les
armes nucléaires n’ont jamais cessé d’être perfectionnées, atteignant une
puissance destructrice sans commune mesure avec la pourtant horrible efficacité
des bombes de Hiroshima et Nagasaki. Mais surtout parce que la classe sociale
qui détient cette puissance destructrice est toujours au pouvoir.
Ce n’est
pas le fusil entre les mains de l’assassin qui est responsable d’un assassinat,
c’est l’individu qui s’en sert. Pour horribles qu’aient été les effets des
bombes atomiques, avec les quelque 300 000 morts sur le champ et des centaines
de milliers du fait des radiations, la dernière guerre mondiale a fait 50
millions de morts d’armes classiques, le double avec ceux qui ont péri
d’épidémies ou de faim.
Et morts,
pour quoi ? Ce n’est pas du fait de l’hostilité des peuples, quels qu’ils
soient. Quelques décennies après les massacres entre peuples jetés les uns
contre les autres, on célèbre maintenant l’amitié indéfectible entre
l’Allemagne et la France, entre le Japon et les États-Unis.
Les
victimes de Hiroshima ne sont pas mortes pour raccourcir la guerre en
contraignant le Japon à capituler. Les bombes ont été larguées alors que
l’Allemagne, principale protagoniste du camp dont faisait partie le Japon,
avait déjà capitulé depuis trois mois. Elles ont été utilisées par les
dirigeants de l’impérialisme américain pour terroriser tous les peuples qui
auraient été tentés, après l’immense boucherie qu’a été la Deuxième Guerre
mondiale, de demander des comptes à leurs dirigeants.
La
Première Guerre mondiale avait été suivie par une vague révolutionnaire au
cours de laquelle les prolétaires d’un grand nombre de pays s’étaient soulevés
contre leurs dirigeants. En Russie, ils étaient parvenus à conquérir le pouvoir
et à exproprier les classes possédantes responsables et profiteurs de la
guerre.
L’écrivain
allemand Brecht affirmait, parlant du nazisme : « Le ventre est
encore fécond, d’où a surgi la bête immonde ». Cela vaut, ô combien, pour
ce qui est de la menace que représente le pouvoir de la classe capitaliste sur
le monde !
Les
rivalités économiques qui conduisent aux guerres sont dans les gènes du
capitalisme. Aujourd’hui, elles ne se manifestent qu’à travers la concurrence,
la compétitivité. Mais, déjà, au nom de cette compétitivité, la caste politique
qui défend les intérêts de la grande bourgeoisie impérialiste dresse les uns
contre les autres des pays, des peuples, des exploités.
Il ne
s’agit pas seulement de mots. Car, si depuis 70 ans, l’humanité n’a pas subi
une troisième guerre mondiale, elle a connu d’innombrables guerres locales. Il
ne faut pas chercher loin pour trouver derrière ces guerres les grandes
sociétés en rivalité pour mettre la main sur des matières premières, des
ressources ou des marchés.
Notre
petit impérialisme, qui prêche tant l’austérité et les économies aux classes
exploitées d’ici, trouve le moyen de mener des guerres du Mali à la
Centrafrique pour les maintenir dans sa zone d’influence. Les prétendus
socialistes au pouvoir comme leurs prédécesseurs de droite copinent avec le
régime moyenâgeux d’Arabie saoudite et les dictateurs d’Égypte ou d’Afrique
noire pour leur vendre les armes qui alimentent les guerres locales et servent
à réprimer leurs propres peuples.
Alors,
évoquer une planète sans guerre ou même seulement sans arme atomique est une
utopie et un mensonge, tant que l’ordre mondial est entre les mains de la
bourgeoisie impérialiste.
La classe
ouvrière, l’ensemble de ceux qui sont exploités en temps de paix et massacrés
en temps de guerre, est la seule classe sociale présente partout dans le monde
qui a la force de détruire cet ordre social et d’en bâtir un autre dont
seraient bannies la propriété privée des moyens de production, l’exploitation,
la concurrence et les guerres. Elle en prendra nécessairement conscience.