jeudi 7 mai 2020

Lutte ouvrière, notre histoire, nos origines : Léon Trotsky et l’Opposition de gauche


L’Oppositions de Gauche, un exemple pour les révolutionnaires d’aujourd’hui

 
Trotsky à Mexico

Alors que la classe ouvrière, épuisée par la guerre civile et les privations, démoralisée par l’échec de la révolution dans les autres pays et par l’isolement de l’URSS qui en résultait, avait renoncé en pratique à exercer son pouvoir, Trotsky, avec Lénine le principal dirigeant de la Révolution d’Octobre, organisa fin 1923 une opposition à l’intérieur du Parti communiste, l’opposition de Gauche.
         Restés seuls en lice, les membres de l’appareil d’État aspiraient à profiter en paix des privilèges associés à leur position. Voyant une menace dans l’Opposition trotskyste qui en appelait à la classe ouvrière, les bureaucrates se reconnurent dans son ennemi, Staline: la fraction stalinienne se trouvant à la tête du parti qui allait alors autant défendre ces parvenus quelle allait sappuyer sur eux. Et puis, aux critiques trotskystes, Staline pouvait opposer un argument massue: il tenait lappareil du parti, de l’État, donc la police. Il put ainsi dautant mieux isoler les oppositionnels, puis les exclure du parti et expédier en déportation les irréductibles.
         Les trotskystes, eux, dénonçaient la politique de la direction du parti et de l’État et leur renoncement à la perspective de la révolution mondiale pour le «socialisme dans un seul pays», habillage de la défense des intérêts de la bureaucratie.
         Sur tous les points où les trotskystes sonnaient l’alarme, et dénonçaient la politique des staliniens et de leurs alliés, les événements allaient confirmer la justesse de leur programme et de leurs critiques, sur le plan interne à l’Union soviétique comme sur le plan international.
         Sur le plan intérieur, Staline après avoir favorisé l’enrichissement des paysans aisés changea son fusil d’épaule et lança la collectivisation à marche forcée qui entraîna une gigantesque catastrophe. De la même façon, après avoir mené une politique d’industrialisation à « pas de tortue », il se lança dans une industrialisation à tout crin qui mena là également à un gigantesque gâchis.
         Sur le plan international, pour ne prendre que l’épisode le plus marquant de la fin des années 1920, par crainte d’une nouvelle victoire ailleurs de la révolution, en Chine, en 1925-1927, les travailleurs et communistes furent livrés à leurs bourreaux par la politique que le Kremlin avait imposée au jeune PC chinois: son alignement derrière une bourgeoisie prétendue progressiste.
         Après 1923, les militants de l’Opposition de gauche conservèrent dans les années qui suivirent de l’influence au sein du Parti communiste et dans les usines. Mais en 1929, Trotsky fut exilé vers une île turque. Pour lui, les années qui suivirent furent celles d’une planète sans visa jusqu’à son assassinat à Mexico en août 1940 où il fut assassiné par les tueurs de Staline.
         Quant à la génération de ses partisans restée en URSS, Staline lanéantit humainement. Allaient être liquidés par lui les militants qui avaient mené trois révolutions, renversé le pouvoir de la bourgeoisie, instauré celui de la classe ouvrière en Russie, commencé à y édifier une société socialiste et créé un parti mondial de la révolution, l’Internationale communiste.
         En Union soviétique, des militants de l’Opposition de gauche, continuèrent dans les prisons et les camps de défendre jusqu’au bout leur programme. Comme le dit un auteur : « Fermement organisés, […] politiquement bien formés, ils constituaient la véritable élite de cette énorme fraction de la nation qui avait été rejetée derrière les barbelés. »
         Là où ils étaient dans les camps, ils continuèrent à discuter et à analyser les évènements qu’ils pouvaient connaître, en abordant tous les problèmes en se situant du point de vue des intérêts de la classe ouvrière considérée à l’échelle mondiale. Ils l’ont fait aussi pour les générations à venir.
         Lutte ouvrière se revendique du combat de Léon Trotsky et des milliers de trotskystes en URSS dont la disparition fut une immense perte pour la révolution avec leur expérience irremplaçable. Après l’assassinat de ses camarades en URSS, Trotsky resta, pour quelques années encore, seul à incarner ce capital car, malgré leur courage, ceux qui se tournaient vers le trotskysme en Occident à ce moment-là n’avaient ni la compétence, ni la conviction, ni les expériences des bolcheviks.

Lire l’article du n°200 de juin 2019 de notre revue Lutte de classe : « « Les morts se sont mis à parler. » L’actualité du combat des trotskystes soviétiques »

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