Déconfinement
: Philippe navigue à vue
« La vie économique doit reprendre
impérativement et rapidement, avec des aménagements, avec de la bonne volonté
», a déclaré le Premier ministre dans son discours aux
sénateurs, le 4 mai.
L’enjeu,
somme toute mineur, était d’obtenir un vote de soutien au plan de déconfinement
que le gouvernement met en place laborieusement et non sans contradictions,
hésitations et retours en arrière.
Les
sénateurs, dans un vote consultatif, n’en ont pas moins rejeté le plan, avec
l’abstention des LR et le vote contre des élus PS, PCF et France insoumise.
Geste supplémentaire, ils ont modifié l’article 1 du projet de loi de
prorogation de l’état d’urgence sanitaire, également soumis à leurs suffrages.
La date finale a été rapprochée, et surtout, le régime de responsabilité pénale
des employeurs et des maires dans le cadre des contaminations dues à l’épidémie
du Covid-19 a été « précisé », c’est-à-dire atténué. Revu par les
sénateurs, l’article précise que « nul ne peut voir sa responsabilité pénale
engagée du fait d’avoir, pendant la durée de l’état d’urgence sanitaire […]
pour faire face à l’épidémie de Covid-19, soit exposé autrui à un risque de
contamination par le coronavirus SARS-CoV-2, soit causé ou contribué à causer
une telle contamination. » Sur ce point, le groupe LREM s’est joint à ses
collègues.
Les
sénateurs n’ont visiblement pas envie d’assumer la responsabilité du plan du
gouvernement et du mécontentement que crée sa gestion de la crise sanitaire. En
particulier, ils préfèrent prendre leurs distances du choix de laisser reposer
sur les élus locaux une grande partie de la gestion du déconfinement, notamment
dans les écoles, avec l’absence de moyens humains et matériels qu’on sait.
De
toute façon, ce vote n’empêchera pas la poursuite du plan gouvernemental,
auquel, sur le fond, la majorité sénatoriale n’a rien à opposer.
Dans
ses discours, Édouard Philippe a réaffirmé sa politique dont la priorité est d’
« accompagner les entreprises ». Le fonds de solidarité a été
prolongé, il sera même renforcé, les charges fiscales et sociales pourront être
reportées, des exonérations sont même prévues. Pour soutenir le patronat, tout
est en place, y compris la prolongation des mesures de chômage partiel en fonction
de ses besoins. Quant à éviter les faillites de petits commerçants et artisans,
les mesures sont plus longues à venir. Sans parler de la mesure dérisoire de
200 euros pour les jeunes « précaires ou modestes », soit environ 25
euros par semaine pour survivre et payer son loyer, promise par le Premier
ministre.
Dans ce
déconfinement qui se profile cahin-caha, Philippe n’a pas changé de priorités…
Viviane
LAFONT (Lutte ouvrière n°2701)
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