Grande
distribution : la jungle des profits
Le 19 mai, la commission
d’enquête sénatoriale a publié son rapport sur les marges des producteurs
agricoles et industriels et celles de la grande distribution, qui pointe les
différentes responsabilités des hausses de prix.
Publié le 27/05/2026
Après 189 auditions de
représentants des filières agricoles, de l’industrie et des distributeurs, le
constat est en fait déjà connu : la grande distribution tire l’essentiel de son
profit de méthodes de négociation « assises sur la menace, l’intimidation et
les contraintes ».
Trois grandes centrales d’achat,
Leclerc- Eurelec, Aura-Everest et Concordis, font face à 400 000 exploitations
agricoles et 23 000 entreprises industrielles, dont 98 % de PME. Dans
toutes les négociations commerciales, elles utilisent la menace de diminution
de commandes, de déréférencement, « instaurent un climat de peur intolérable
», selon le rapport, et pour certains « des pertes de produits parfois
périssables s’élevant à plusieurs millions d’euros ». Elles imposent la
facturation de remises, ristournes et autres prétendus services commerciaux
appelés « marges arrière ». Mais les fournisseurs ont intérêt à payer s’ils
veulent continuer à vendre leurs produits. Évidemment, dans chacun des secteurs
agricoles ou industriels, ce sont les plus petits fournisseurs qui sont les
plus maltraités. Les trusts de l’agroalimentaire comme Nestlé, Lactalis et
Bigard ont davantage les moyens de se faire respecter par les distributeurs.
Quant aux clients, la grande
distribution leur offre parfois des prix défiant toute concurrence, mais sur
des produits dont la qualité est régulièrement épinglée par les associations de
consommateurs.
La commission aligne un certain
nombre de propositions pour mettre, paraît-il, un peu de réalité et d’équité
dans la formation des prix, de régulation de la concurrence pour la
satisfaction des producteurs et des consommateurs.
Une démarche vouée à l’échec dans
une économie où dominent les rapports de force, où les plus gros distributeurs
ont imposé leur domination grâce à la fermeture des petits commerces, le
licenciement de milliers de salariés, et où la seule morale est celle du
profit.
Sylvie Maréchal (Lutte ouvrière
n°3017)