Cuba :
un peuple étranglé par les États-Unis
Au moment où Trump est empêtré
dans la guerre qu’il a déclenchée contre le régime iranien, il s’acharne contre
la petite île de Cuba. Après avoir suggéré qu’un porte-avions américain
pourrait l’assiéger « sur le chemin du retour d’Iran », il a
signé le 1er mai un décret rallongeant la liste des sanctions.
Publié le 12/05/2026
Sous embargo depuis 1962, Cuba
est asphyxiée depuis janvier par le blocus pétrolier américain qui la prive
d’énergie en plus de toutes les autres denrées, dont les médicaments. Faute de
pétrole, Cuba ne peut plus produire l’électricité indispensable à la vie
quotidienne et au fonctionnement des hôpitaux. Les stations-service sont à sec
et les transports réduits au minimum. Les principales compagnies aériennes
internationales ont supprimé tous leurs vols, privant l’île de sa principale
source de revenus et de son seul apport en dollars : le tourisme.
Déjà frappée de plein fouet par
l’arrêt du tourisme provoqué en 2020 par la pandémie de Covid, l’économie
cubaine, qui ne s’en était pas remise, est de nouveau à l’arrêt. Des dizaines
de milliers de Cubains ont ainsi perdu leur emploi, ne pouvant plus faire vivre
leur famille alors que les prix des rares denrées disponibles ont explosé. Un
litre d’huile de tournesol coûte ainsi un quart du salaire moyen. La misère et
l’absence de perspective accélèrent l’exil de la population : depuis 2020, deux
millions de personnes, un quart de la population, ont quitté l’île, souvent de
façon clandestine, pour tenter leur chance dans un pays d’Amérique Latine.
Si Trump s’acharne contre Cuba,
et d’abord contre la fraction la plus pauvre de sa population qui subit de
plein fouet l’embargo, ce n’est pas parce que le pays représenterait « une
menace extraordinaire » comme il le répète. Depuis l’épisode des missiles
soviétiques installés en 1962, rapidement démontés, Cuba n’a pas de force
balistique et son armée ne dispose que de vieux équipements. Ce que Trump ne
digère pas, dans le sillage de tous les présidents américains depuis Kennedy,
c’est que le peuple d’un pays situé à 150 kilomètres de la Floride ait pu
chasser une dictature pro-américaine pour la remplacer par un régime tenant
tête à l’impérialisme qui a apporté quelques progrès et de la dignité à la population.
C’était il y a plus de
65 ans. Depuis, Fidel Castro et la génération qui avait alors pris le
pouvoir et incarné aux yeux du monde entier cette indépendance vis-à-vis des
États-Unis, ont disparu. Privée du soutien de l’Union soviétique, asphyxiée par
l’embargo américain, subissant un régime autoritaire, l’île n’a cessé de
s’enfoncer dans la pauvreté. Mais pour Trump et son administration, cela ne
suffit pas. Ils veulent abattre un régime qui est l’héritier d’une révolte
populaire, quitte à ce que Cuba redevienne « le bordel des États-Unis »
que le pays était avant 1959.
Xavier Lachau (Lutte ouvrière n°3015)