jeudi 8 janvier 2026

Trump et le Trafic de mensonges

Trafic de mensonges

L’enlèvement de Nicolás Maduro, le président vénézuélien, a été mis en scène par le gouvernement américain comme la capture d’un chef de cartel de la drogue.

Publié le 07/01/2026

 


Déjà en 2020, sous le premier mandat de Trump, la justice américaine l’avait mis en examen pour trafic de drogue. Plus récemment, pour justifier ses multiples pressions sur le Venezuela, Trump et son gouvernement ont alourdi leurs accusations en prétendant que Maduro était à la tête du cartel « los soles » ; les soleils étant les étoiles des généraux vénézuéliens supposés être aussi des trafiquants.

Cette accusation est si ridiculement fausse que sitôt Maduro mis en prison à New York, l’accusation a laissé tomber cette histoire de cartel. Le reste de la procédure judiciaire lancée à son encontre est tout aussi grotesque : le juge à qui on l’a présenté, âgé de 92 ans, a été choisi on ne sait comment, et la ministre de la Justice américaine veut poursuivre ce chef de l’armée vénézuélienne pour possession d’armes automatiques… À ce titre Trump devrait être condamné pour possession de porte-avions et d’armes nucléaires.

Pour justifier le rapt de Maduro et de sa femme, les États-Unis l’accusent d’avoir provoqué la mort de centaines de milliers d’Américains par l’exportation de cocaïne. Mais l’essentiel de cette drogue est produit en Colombie, et non pas au Venezuela, et elle rentre illégalement sur le territoire américain via le Mexique. Le fentanyl, qui fait actuellement des ravages, vient surtout d’Asie. Quant aux overdoses massives qui ont fait récemment baisser l’espérance de vie aux États-Unis, elles ont été principalement provoquées par les opioïdes fabriqués et commercialisés légalement par des firmes pharmaceutiques américaines dans les décennies 2000 et 2010.

Pour ce qui est de la volonté de Trump de lutter contre le trafic de drogue, elle a pu aussi être mesurée il y a un mois lorsqu’il a gracié Juan Orlando Hernandez, ex-président du Honduras, qui purgeait une peine de 45 ans de prison aux États-Unis pour un trafic de drogue bien plus réel que celui imputé à Maduro. Conscient de la légèreté de son dossier, l’État américain a donc rajouté à l’accusation de trafic de narcotiques, celle de terrorisme, faisant de Maduro un dangereux « narcoterroriste ».

Chacun l’aura compris, le dossier judiciaire justifiant le raid sur Caracas n’est qu’un habillage pour la galerie de l’accentuation bien réelle des pressions que l’impérialisme américain exerce sur le Venezuela pour en faire sa chose.

                                                            Lucien Détroit (Lutte ouvrière n°2997)

 

Michelin : un don en forme de vol

 Michelin : un don en forme de vol

Le PDG de Michelin vient de rembourser à l’État 4,3millions deuros daides publiques, reçus en 2016 dans le cadre du CICE, le crédit dimpôt pour la compétitivité et lemploi.

Publié le 31/12/2025

Ces aides étaient censées être utilisées par l’usine de La Roche- sur-Yon « pour se moderniser ». Trois ans plus tard, l’usine fermait !

En fait, la somme reversée l’a été suite aux conclusions d’une commission d’enquête sénatoriale, menée conjointement par un élu PCF et un élu LR, ainsi qu’après une émission Cash Investigation qui dénonçait ces millions versés en pure perte… sauf pour le patron. La prétendue modernisation n’avait pas eu lieu, et les quelques machines acquises avaient disparu. Et quand, en octobre2019, Michelin annonçait la fermeture de lusine, il mettait 619 travailleurs à la rue. Au passage, outre l’argent public, Michelin avait encaissé les profits issus de la surexploitation imposée aux salariés, sous prétexte d’un plan de compétitivité. Il y avait eu l’obligation de travailler en 4×8, trois samedis sur quatre et seize dimanches dans l’année.

En bon gestionnaire fort de ses amitiés, Michelin parvenait de surcroît, en février 2023, à revendre le site au conseil d’agglomération de La Roche-sur-Yon, présidé par un élu Horizons, pour 9,3millions deuros.

Après la fermeture du site vendéen, les cadeaux avaient continué à tomber, les suppressions d’emplois également. Même après la fin du CICE, Michelin pouvait compter sur une pluie d’argent public : le soutien à l’économie de la période Covid (200millions deuros en 2020), l’indemnisation du chômage partiel, le crédit impôt recherche (42millions en 2023). Et, rien quen France, en 2025, Michelin fermait les usines de Cholet et de Vannes, mettant 1 200 salariés au chômage et annonçant parallèlement aux heureux actionnaires un bénéfice de 1,9milliard deuros.

Le cas Michelin souligne les flots d’argent public qui irriguent les capitalistes, pour un total de 211 à 270milliards distribués à fonds perdus en 2023, par exemple. Si la restitution des 4,3millions par Michelin constitue une « victoire éthique » aux yeux du sénateur PCF de la commission d’enquête, elle a dû être versée sous forme de « don » au fisc, la case « remboursement d’un vol » n’étant pas prévue par l’État dans un tel cas.

                                                              Viviane Lafont (Lutte ouvrière, n°2996)

Sécurité incendie : ils préparent d’autres catastrophes

Loin de la priorité des priorités

 

 

Si les autorités suisses ont fait preuve d’incurie en négligeant les contrôles à l’encontre de l’établissement où un dramatique incendie a causé la mort de 40 personnes, les autorités françaises n’ont pas de leçon à donner : en novembre, un décret a allégé les démarches en matière de sécurité incendie pour les cafés et bars accueillant moins de 200 personnes. Leurs propriétaires n’ont plus à fournir de dossier détaillé prouvant qu’ils respectent les normes.

         Les enquêtes et témoignages montrent pourtant que le non-respect des normes est fréquent. Mais pour le gouvernement, il ne faudrait pas pour autant gêner la bonne marche des affaires !

 

Argenteuil : le degré d’empathie bouleversant de la municipalité à l’égard des « sans abri »

 

Tartufferie et signe d’impuissance

 

 


Nous communiquons ci-dessus la réponse du maire d’Argenteuil à la lettre du député LFI d’Argenteuil-Bezons qui réclamait depuis des jours l’ouverture d’une structure municipale pour protéger du froid les personnes « sans abri ». Ceux, et ils sont nombreux, qui ont le cœur serré face à la situation de ces personnes, (et chacun sait que cela n’arrive pas seulement qu’aux autres) sauront mesurer à la lecture de ce courrier le degré du bouleversant manque d’empathie de l’édile sur le sujet.

         C’est, nous dit-il, seul le préfet qui a les clefs en main sur la question. Vraiment ? Les habitants, les structures qui prennent leurs responsabilités depuis des jours, à la mesure de leurs moyens, démontrent que bien des initiatives sont possibles. Il y a l’encadrement administratif d’un côté (la préfecture d’Ile de France a attendu le dimanche 28 décembre pour déclencher le dispositif « grand froid »), mais bien des possibilités, y compris ou en premier lieu de la part des édiles existent pour trouver des solutions.

         À moins que le maire d’Argenteuil, à la veille des élections municipales, ait voulu faire la démonstration de la large impuissance des collectivités locales face à l’État, les banques, et les promoteurs, une idée qui relève effectivement de nos convictions. DM

 


 

Le rassemblement hier au soir devant la mairie 

mercredi 7 janvier 2026

L'éditorial de Nathalie Arthaud en vidéo : Raid au Venezuela : l'impérialisme américain étend la guerre - 3 mn 53

Venezuela : un régime loin du pouvoir des travailleurs, mais honni par l’impérialisme pour sa base populaire. Un article de mars 2013 de Lutte ouvrière après la mort d’Hugo Chavez

 Venezuela : Après la mort d'Hugo Chavez

Le cancer qui avait empêché la prise de fonction d'Hugo Chavez à la présidence de l'État vénézuélien, après sa quatrième victoire à l'élection présidentielle en octobre dernier, l'a finalement terrassé le 5 mars. Dans trente jours devrait avoir lieu une nouvelle élection où Nicolas Maduro, le dauphin que Chavez avait lui-même désigné, et qui assure l'intérim, devrait porter les couleurs du mouvement chaviste.

Publié le 06/03/2013

Chavez était apparu en 1992 dans la vie politique du Venezuela avec une tentative malheureuse de coup d'État. Celle-ci se voulait une réponse aux fusillades que la social-démocratie au gouvernement avait déclenchées, en 1989, contre les classes populaires alors qu'elles protestaient contre des hausses de prix insupportables. Après sa tentative, Chavez avait été incarcéré.

Au Venezuela, la vie politique reposait depuis des dizaines d'années sur un pacte d'alternance entre deux partis, la droite et la social-démocratie. Dans les années quatre-vingt-dix, l'usure du système politique ouvrit une voie au mouvement de Chavez. Sorti de prison, il lança un « mouvement bolivarien » pour participer aux élections. L'évocation de la figure de Simon Bolivar faisait appel au sentiment national des classes populaires et cherchait à rallier tous ceux qui aspiraient à un changement. Le discrédit des partis traditionnels fit le reste et, en 1999, Chavez fut élu à l'élection présidentielle à la tête d'un mouvement politique qui cherchait encore ses repères.

Il commença par réviser la constitution puis mit en place des missions sociales, offrant des solutions d'urgence pour la nourriture, le logement, l'éducation ou la santé, notamment avec l'aide de médecins venus de Cuba. Ces missions allaient lui attirer, jusqu'à sa mort, la sympathie de la population la plus déshéritée. Car en Amérique latine, les inégalités sont criantes et tous ceux qui à un moment ou un autre ont un peu tenu compte des besoins des classes populaires en ont reçu ensuite le soutien. La social-démocratie du Venezuela l'avait elle-même pratiquée dans les années soixante-dix.

Cette politique sociale était possible grâce à la rente pétrolière d'un pays sur ce plan aussi riche que l'Arabie Saoudite. Mais elle n'était pas du goût des classes possédantes, des banquiers, des patrons de presse, de la haute hiérarchie militaire et de toute la bureaucratie qui prospéraient sur la rente pétrolière en en écartant les classes populaires. En 2002, ce monde de nantis, encouragé par les États-Unis, se mobilisa pour renverser Chavez en pensant que la tâche serait facile. Mais il eut la surprise de découvrir que le petit peuple mais aussi une partie de l'armée, se mobilisait pour défendre Chavez, et le coup d'État échoua lamentablement.

L'opposition a continué de dénoncer Chavez comme un pur dictateur en passant sur le fait qu'il a organisé pendant quatorze ans élection sur élection, et même un référendum qui aurait pu le chasser du pouvoir s'il l'avait perdu.

Son pouvoir stabilisé, Chavez s'est affiché comme le partisan d'un « socialisme du 21e siècle » et a accolé l'étiquette « socialiste » au nom de son parti. Mais, en pratique, si l'État a pris le contrôle de l'industrie du pétrole, il n'y a eu nulle expropriation des classes possédantes. Chavez a plutôt cherché, et trouvé, un compromis avec elles, y compris avec certains de ceux qui avaient tenté de le renverser en 2002, comme le patron de presse Cisneros.

Sur le plan international, la rente pétrolière lui a permis également d'entretenir de bonnes relations non seulement avec Cuba et la Bolivie d'Evo Morales mais également avec l'Argentine ou le Brésil. S'il a aussi cultivé des relations avec des dictatures comme l'Iran ou la Libye de Kadhafi, il s'agissait d'abord de remplir ses carnets de commandes. D'ailleurs, malgré toutes les déclarations anti-impérialistes et anti-américaines de son leader, le Venezuela est resté le principal fournisseur de pétrole des États-Unis comme dans le passé.

Et si Chavez a maintenu les missions sociales qui ont fait reculer la pauvreté et lui ont valu sa popularité, il a aussi laissé se développer une corruption dont ont profité certains dirigeants chavistes, au point qu'on parle d'une « boli-bourgeoisie ».

Après la mort de Chavez, sa popularité assurera sans doute encore le succès de son parti à la prochaine présidentielle. Mais les rivalités entre les différents clans du parti bolivarien pourraient se réveiller, tandis que l'opposition de droite, qui rêve de revanche, cherchera elle aussi à tirer profit de la disparition de celui qui a été sa bête noire pendant quatorze ans.

Il reste une question pour la population vénézuélienne : si la politique sociale du leader « bolivarien » a amélioré un peu la situation d'au moins une partie d'entre elle, son sort devra-t-il toujours dépendre de la venue ou non d'un sauveur, ou bien les travailleurs, les pauvres de ce pays pourront-ils se donner les moyens d'imposer eux-mêmes leurs exigences à la bourgeoisie et à l'impérialisme

                                 Jacques FONTENOY (Lutte ouvrière n°2327)