Ouvriers
et paysans : pour que la lutte ne soit pas un éternel recommencement
5/02/24
En multipliant les barrages et les
actions chocs, les agriculteurs ont forcé le gouvernement à intervenir.
Il a fini par débloquer 400
millions en subventions et exonérations diverses et a promis de revenir sur
certaines contraintes écologiques. Il menace de sanctions les industriels et la
grande distribution qui abusent de leur position dominante et s’affiche opposé à
la ratification du prochain traité de libre-échange négocié par l’Union européenne.
Ces promesses ont permis au syndicat
majoritaire, la FNSEA d’appeler à la suspension du mouvement. Mais si les
barrages ont été levés, l’ambiance n’est pas au triomphalisme, tant les agriculteurs
savent que, sur le fond, rien n’est réglé.
Ils savent que ce n’est pas en s’accrochant
aux pesticides qu’ils assureront l’avenir et feront face au changement climatique.
Quant aux 400 millions d’euros, s’ils sont véritablement accordés, ils finiront,
comme toujours, dans les caisses des plus gros agriculteurs. Et si les industriels
de l’agroalimentaire et la grande distribution relâchent un peu leur pression,
cela ne durera qu’un temps.
La domination des gros sur les
petits est un des aspects les plus révoltants du capitalisme. Et ce n’est pas
parce que le gouvernement parle de « souveraineté » ou « d’exception française »
que l’agriculture déroge à cette règle.
Si nombre d’agriculteurs ont du
mal à se verser un Smic, la filière est très lucrative pour les actionnaires de
Lactalis et de Bigard. Elle rapporte gros aux semenciers et aux trusts de l’agrochimie
les Bayer et Cie. Elle fait prospérer les actionnaires de Danone, d’Unilever,
des fabricants de matériel agricole, ainsi que les Leclerc, Carrefour et Auchan...
Sans oublier les banques qui profitent de l’endettement forcé des agriculteurs !
Les traités de libre échange sont
largement dénoncés. Mais qui les organise et en profite, sinon les importateurs
de l’agroalimentaire et de la distribution et les gros exportateurs français, céréaliers,
betteraviers ou viticulteurs ? Et si le gouvernement se pose en arbitre, il
tranche toujours en leur faveur.
Aucun problème de fond ne sera
résolu pour les petits exploitants agricoles, tant que règneront les lois du
marché qui sont dans la nature du capitalisme. Et pourtant, dans leur écrasante
majorité, les agriculteurs sont attachés à l’ordre capitaliste.
Les plus gros y trouvent leur
intérêt. Les capitalistes de l’agriculture sont à l’image du président de la FNSEA,
Arnaud Rousseau, qui est aussi dirigeant d’un groupe produisant les marques
Lesieur et Puget. Ils sont de taille à participer à la fixation des prix sur le
marché, à exporter leurs produits à l’autre bout du monde, et même à acheter et
exploiter des terres dans les pays les plus pauvres. Dès que l’on parle
subventions, ce sont eux qui en profitent le plus, ils encaissent d’ailleurs l’essentiel
des aides de la PAC.
Quant aux petits agriculteurs, l'économie
de marché et la concurrence les broient, mais ils ne voient leur avenir que
dans cette économie. Ils défendent d’autant plus la propriété privée et la
libre entreprise qu’ils ont peur de perdre la leur.
Il en va ainsi des nombreux artisans,
commerçants ou travailleurs à leur compte qui ont un pied dans le monde du
travail et un autre dans celui du patronat. Ils sont pris dans mille
contradictions. Ils dénoncent le poids de l’État tout en lui demandant toujours
plus d’aides. Ils défendent le marché et la libre entreprise, mais ils veulent aussi
des revenus garantis et des marchés encadrés.
C’est pourquoi la perspective de renverser
le capitalisme pour en finir avec la loi du plus fort ne peut être portée que
par les exploités qui n’ont que leur force de travail pour vivre, c’est-à-dire les
travailleurs salariés. Ils sont les seuls à n’avoir aucun fil à la patte : ni
petit commerce, ni petite entreprise, ni terre à capitaliser.
Ils ont, eux aussi, bien des
raisons de se battre et toute légitimité à le faire. Les agriculteurs peuvent
affirmer avec fierté qu’ils nourrissent le pays. Mais sans les ouvriers fabriquant
tracteurs et moissonneuses, sans ceux des abattoirs, sans camionneurs et caissières,
la nourriture n’arriverait pas dans nos assiettes. Les travailleurs de l’agroalimentaire,
de l’énergie, de l’automobile, de la santé… sont aussi indispensables à la
société.
Eh bien, nous, travailleurs, nous
devons aussi apprendre à nous organiser et lutter ! Non seulement pour
défendre nos conditions d’existence, mais aussi et surtout pour offrir une
autre perspective politique à la société : celle d’une organisation planifiée
et rationnelle de la production agricole et industrielle pour satisfaire les
besoins de tous, car les moyens de le faire existent.
Nathalie
Arthaud
Les prochaines permanences prévues à Argenteuil :
-Demain mardi 6 février, de 18 à 19 h., centre commercial de la cité
Joliot-Curie ;
-Mercredi 7 février : de 11 h.30 à midi, marché des Champioux.
Toutes les semaines, l’hebdomadaire Lutte ouvrière est
aussi en vente à la librairie Le Presse-papier et au Tabac-Presse du mail de la
Terrasse du quartier du Val-Nord que nous remercions.
N’oubliez
pas maintenant de réserver votre billet d’entrée pour notre banquet local qui
aura lieu en journée le dimanche 24 mars prochain. Parlez-en
autour de vous. Le prix du repas est désormais fixé. Comme l’an dernier, 17
euros pour les adultes, 8 pour les enfants jusqu’à 14 ans.