Projet
de loi immigration : une attaque contre tous les travailleurs
20/11/2023
Le gouvernement et les principaux
partis d’opposition sont incapables d’apporter une réponse crédible aux inégalités,
aux crises et aux guerres qui ravagent le monde. Ils sont même incapables de
résoudre des problèmes aussi concrets que la crise du logement, les déserts
médicaux ou l’entretien des cours d’eau et des fossés pour éviter les inondations.
Mais ils excellent à empoisonner la
vie des travailleurs, et particulièrement celle des immigrés. Et en ce moment, ils
planchent avec zèle sur une énième loi immigration.
Portée par le ministre de l’Intérieur
Darmanin, cette loi prévoit une série de nouvelles restrictions censées combattre
l’immigration clandestine et réduire l’immigration légale. C’est, pour la droite
et l’extrême droite, l’occasion rêvée de cracher leur venin anti-immigrés en agitant
les peurs et les pires préjugés, en particulier contre les musulmans.
Cette loi part d’une accusation érigée
en vérité par tous les démagogues : les immigrés, avec ou sans-papiers, seraient
des profiteurs, des délinquants, voire des terroristes en puissance. Amalgames
et mensonges ô combien révoltants !
Des « profiteurs »,
ceux qui sont embauchés à la semaine ou à la journée pour travailler dans les
pires conditions sur les chantiers des Jeux olympiques ou du métro Grand Paris
Express ?
Des « menaces », ceux
qui travaillent sous 40 degrés dans les arrière-cuisines ou découpent des pièces
de viande dans les abattoirs pour des salaires de misère ? Des « dangers »,
ceux qui payent des cotisations sociales sans toucher les droits qui en
découlent parce qu’ils travaillent sous une identité d’emprunt ?
Et quel cynisme d’oser dire que les
immigrés sont « indésirables » ! Ce sont des cuisiniers, des manutentionnaires,
des livreurs, des nourrices, des aides à domicile, des aide soignants, des médecins,
des ouvriers qui sont indispensables pour faire tourner les chaînes de montage
dans les usines, les hôpitaux, le bâtiment, la restauration, c’est-à-dire qui
sont à la base de la société.
En privant les travailleurs
immigrés de papiers et en leur imposant des sous-droits, les sénateurs, nourris
et blanchis par ces derniers, montrent le mépris et la haine qu’ils ont
vis-à-vis des travailleurs. Mais quand on appartient au monde du travail, on connaît
le prix de cette sueur ouvrière.
Malgré leur précarité et les risques
que cela implique, les travailleurs sans-papiers se battent pour leurs droits. Plusieurs
centaines d’entre eux sont actuellement engagés dans des grèves. C’est le cas
de ceux qui travaillent à Chronopost ou sur les chantiers des Jeux olympiques. Comme
n’importe quel travailleur, ils veulent être respectés et voir leur travail
reconnu, et cela passe, bien sûr, par le droit élémentaire d’avoir des papiers.
Leur combat doit devenir celui de
tous les travailleurs parce que nous sommes dans la même galère, contre les
exploiteurs. Si les travailleurs sans-papiers sont méprisés, forcés de raser les
murs et surexploités, l’ensemble du monde du travail en subira les conséquences
avec des salaires et des conditions de travail tirés vers le bas par un
patronat qui exige toujours plus de profits.
Nous en subissons déjà collectivement
les effets avec le climat anti-immigrés qui s’est installé. Car celui-ci ne frappe
pas seulement les immigrés légaux ou illégaux de fraîche date, il pourrit la
vie des immigrés installés depuis des décennies, de leurs enfants nés en France,
et de tous ceux dont la couleur de peau ou le nom indiquent une origine étrangère.
Attaquer les immigrés, avec ou
sans-papiers, c’est attaquer le monde ouvrier. Les travailleurs qui tombent dans
le panneau du racisme et de la division se tirent une balle dans le pied. S’il y
a des profiteurs dans cette affaire, ils sont comme toujours dans les rangs du
patronat, petit et grand.
Lorsque l’on prive certains travailleurs
de leurs droits, les droits de tous reculent. Alors, il faut les mêmes droits
pour tous ! Des papiers et un salaire correct pour tous les travailleurs !
La liberté de circulation et d’installation pour tous !
Les travailleurs n’ont pas d’ennemis
parmi les opprimés, ils en font partie. Ceux qu’il faut dénoncer et combattre sont
ceux qui nous exploitent collectivement. Ce sont ceux qui dirigent la société et
l’emmènent dans le mur en organisant le pillage du monde, en dressant les
peuples les uns contre les autres, et en imposant leur domination par des
guerres.
Ce combat ne peut être mené que
si les travailleurs reconnaissent ceux qui ont d’autres origines, d’autres cultures
et d’autres couleurs de peau, comme des frères de classe et de combat !
Nathalie Arthaud
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