Le
profit et la concurrence compromettent la lutte contre la pandémie
15/02/20201
Les semaines passent, et la
perspective de voir vacciner l’ensemble de la population, ou ne serait-ce que les
personnes les plus à risque, s’éloigne. En un mois et demi, seuls un peu plus
de deux millions de personnes ont reçu au moins une dose de vaccin. À ce
rythme, il faudrait deux ans pour vacciner la moitié de la population du pays !
Mais ce qui se passe dans le
reste du monde est tout aussi inquiétant. Les trois quarts des doses vaccinales
disponibles sont déployées dans seulement dix États, les plus riches de la
planète. Les pays les plus pauvres ne sont pas seulement en retard sur les
autres, ils sont, dans la plupart des cas, dans l’impossibilité d’accéder aux
vaccins du fait de leur prix prohibitif. En Afrique, l’écrasante majorité des
pays n’ont pas commencé à vacciner.
Comme toujours dans cette
société, les plus riches sont les premiers servis. C’est vrai dans un pays
riche comme la France où les plus aisés réussissent plus facilement à trouver
un créneau de vaccination. Mais ça l’est surtout entre les pays riches et les pays
pauvres. C’est révoltant et inacceptable.
Il ne s’agit pas seulement d’éthique
et de solidarité internationale. C’est une question d’efficacité car nous ne sortirons
de cette pandémie qu’à l’échelle de l’humanité. Le combat contre le virus ne
peut être gagné tant qu’il subsiste ne serait-ce qu’un seul foyer épidémique
incontrôlé quelque part dans le monde. On en a l’illustration avec ce qui se passe
au Brésil ou en Afrique du sud, où plusieurs variants ont fait leur apparition et
menacent la campagne mondiale de vaccination.
Mettre sous cloche un pays, l’isoler
du reste de la planète, est illusoire dans notre monde de circulations et d’échanges
permanents. Abandonner les pays pauvres à leur sort est abject et stupide. Et on
peut en dire autant du nationalisme vaccinal !
La guerre commerciale entre
capitalistes et les rivalités internationales poussent à mépriser et ignorer les
vaccins découverts en Chine, en Russie ou à Cuba. Elles poussent chaque pays à
vouloir son propre vaccin pour favoriser son champion national. Et aujourd'hui elles
les poussent à se concurrencer pour passer commande et être servis en premier. C’est
d’une bêtise sans nom. Ce nationalisme vaccinal freine la lutte contre la
pandémie. Il ne peut que se retourner contre tout le monde !
« Sans une action
internationale rapide, efficace et solidaire, nous prenons le risque que le virus
nous échappe », a récemment affirmé Macron. Même un libéral comme lui
est forcé de le reconnaître : pour lutter contre la pandémie, la
coopération serait supérieure à la concurrence et à la guéguerre entre nations.
La planification serait supérieure aux lois du marché.
Oui, pour combattre efficacement le
virus, il faudrait mettre en commun les connaissances, y compris celles des scientifiques
chinois, russes ou cubains. Il faudrait supprimer le secret commercial et la sacro-sainte
propriété intellectuelle des laboratoires. Il faudrait les forcer à partager
leurs découvertes pour que les vaccins soient fabriqués dans toutes les
entreprises qui en sont capables. Il faudrait que la production des vaccins soit
collective et ne serve pas à faire du profit. En un mot, il faudrait rejeter la
concurrence et la propriété privée.
C’est une nécessité objective que
Macron avait exprimée en disant que le vaccin devait être un « bien commun ».
Mais ni lui, ni aucun des politiciens qui aspirent au pouvoir ne sont capables de
la réaliser. Une telle mobilisation exigerait des réquisitions et des
expropriations. Elle serait une déclaration de guerre aux capitalistes. Il ne
faut pas l’attendre de ces politiciens dévoués corps et âme à la bourgeoisie et
à son système.
Les dirigeants de la planète ne
parviennent même pas à obtenir des trusts pharmaceutiques qu’ils renoncent à
une partie de leurs profits pour rendre les vaccins accessibles aux pays
pauvres. Ils se refusent à tout bras de fer contre les labos quand bien même il
serait salutaire pour toute la société et pour les capitalistes eux-mêmes. Cette
crise montre la nature réelle des dirigeants politiques qui prétendent
gouverner : des serviteurs prêts à tout accepter ! Des paillassons !
Vacciner des milliards de
personnes sur des années est une manne pour les actionnaires des Big Pharma. Ils
peuvent négocier et renoncer à une partie de leurs profits mais ils ne
tolèreront jamais que l’on touche au secret industriel et commercial, à leur
propriété privée et à leur pouvoir. Pour défendre leurs intérêts de parasites
richissimes, les capitalistes sabotent la lutte contre la pandémie et compromettent
l’avenir de la société. Ils donnent raison à tous ceux qui les combattent et
visent au renversement de la domination capitaliste !
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