vendredi 8 juillet 2016

Rocard : parcours d'un serviteur du Capital. Un article de notre hebdomadaire Lutte ouvrière



Michel Rocard : plein d’idées pour servir le capital

La mort de Michel Rocard a suscité des hommages de gauche comme de droite, de Mélenchon à Chirac. Valls et Macron, qui sont à la tâche pour le compte du patronat, peuvent à bon droit se réclamer de l’héritage de ce politicien.
         Haut cadre de l’État depuis 1958, successivement inspecteur des finances puis secrétaire général de la Commission des comptes et des budgets économiques, Rocard avait quitté le Parti socialiste pendant la guerre d’Algérie. Il participa à la fondation du PSU (Parti socialiste unifié), petit parti voulant se démarquer de la politique de répression en Algérie des dirigeants socialistes. Il en devint secrétaire général, peu avant que les événements de mai 1968 permettent à ce parti de se donner pour quelque temps une image d’extrême gauche.
Une parenthèse utile

         Cette parenthèse permit à Rocard d’acquérir une virginité politique, avant de rejoindre son parti d’origine, en damant le pion à nombre de ses rivaux. Débarrassé de ses oripeaux gauchistes, il retourna au Parti socialiste en 1974, critiquant dès lors tout ce qui pouvait apparaître, dans l’orientation déclarée du PS, comme une entrave au libre marché.
         Le Parti socialiste, sous la direction de Mitterrand, avait repris un second souffle grâce au Programme commun, cosigné avec le PCF en 1972, devenant pour Rocard un tremplin autrement plus sérieux que le PSU. Il tenta par exemple de prendre de vitesse Mitterrand, en annonçant en premier sa candidature à l’élection présidentielle de 1981, puis de nouveau en 1988. Peine perdue, Rocard fut contraint de s’effacer derrière Mitterrand et de se contenter d’être son Premier ministre.
         À ce poste, Rocard créa la CSG, la contribution sociale généralisée, augmentant la contribution des travailleurs au financement de la Sécurité sociale. Son taux de prélèvement n’a depuis cessé d’augmenter, jusqu’à en faire le premier impôt direct pesant avant tout sur les salariés, les chômeurs et les retraités.
Une politique contre les travailleurs

         Rocard fut l’initiateur du « livre blanc » sur les retraites, qui prétendait dès 1991 qu’il n’était pas possible de payer les retraites selon l’ancien système. Il mit sur les rails les attaques contre les retraites qui allaient être menées par les gouvernements suivants.
         Rocard présida en 1988 aux accords de Matignon sur la Nouvelle-Calédonie, qui entérinaient la prolongation du statut colonial de l’île, après la répression meurtrière du mouvement indépendantiste, et qui blanchissaient l’État français des exactions contre les Kanaks.
         Rocard s’illustra aussi dans la démagogie anti-immigrés, déclarant en 1989 : « Nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde », récidivant ensuite à plusieurs reprises.
         Démissionné en 1991, Rocard ne joua plus de rôle de premier plan. Il accepta cependant différentes missions à la demande de Sarkozy, comme l’expertise sur la contribution climat énergie, se prononçant pour une taxe carbone sur les carburants, qui pénalise surtout ceux qui ne peuvent se passer de leur véhicule pour se rendre au travail.
         Toute la carrière de Rocard, l’itinéraire de cet homme que l’on encense aujourd’hui pour ses idées, sont à l’image de ces hommes d’État, qui peuvent changer d’étiquette mais restent en permanence au service de la bourgeoisie.

                                      Alain CHEVARD (Lutte ouvrière n°2501)

jeudi 7 juillet 2016

Lanceurs d'alerte : félicités du bout des lèvres, mais surtout condamnés. Un article de notre hebdomadaire Lutte ouvrière à paraître



Lanceurs d’alerte condamnés : le secret est bien gardé

Le tribunal du Luxembourg a condamné deux lanceurs d’alerte, Antoine Deltour et Raphaël Halet, à douze mois de prison avec sursis et 1 500 euros d’amende pour l’un, et à neuf mois de prison avec sursis et 1 000 euros d’amende pour l’autre.
         Ces deux anciens employés d’un cabinet d’audit, ainsi qu’un journaliste de l’émission Cash investigation qui, lui, a été acquitté, étaient poursuivis pour avoir rendu publics des centaines d’accords fiscaux confidentiels passés par le fisc luxembourgeois avec des multinationales, dont Apple, Amazon, Heinz, Pepsi, Ikea et Deutsche Bank, permettant leur exil fiscal. Ces révélations avaient provoqué un vaste scandale, le Luxembourg Leaks (Luxleaks), touchant jusqu’à Jean-Claude Junker, ancien Premier ministre luxembourgeois et actuel président de la Commission européenne.
         Les deux lanceurs d’alerte avaient été hypocritement félicités par nombre de dirigeants politiques européens, qui faisaient mine de découvrir que le Luxembourg était un paradis fiscal. En France, en avril dernier lors de l’ouverture du procès, Sapin, le ministre des Finances, avait même témoigné sa « solidarité » aux deux accusés, avant de rendre hommage, sous les applaudissements de l’Assemblée nationale, à Antoine Deltour.
         Mais la solidarité de ce ministre ne l’a pas conduit pour autant à faire figurer dans la loi sur la transparence, dite Sapin 2, un article interdisant aux entreprises de licencier ou de poursuivre les lanceurs d’alerte.
         Le tribunal du Luxembourg lui-même a souligné que les lanceurs d’alerte avaient « agi dans l’intérêt général et contre des pratiques d’optimisation fiscale moralement douteuses », mais cela ne l’a pas empêché de les condamner.
         La justice, au Luxembourg comme ailleurs, défend avant tout les règles de la société capitaliste. Même assorti de sursis, le message envoyé par le tribunal à travers ce verdict est clair : on ne touche pas au secret des affaires ! Que tous les lanceurs d’alerte potentiels se le tiennent pour dit.
                                        
                                        Jacques Le Gall (Lutte ouvrière n°2501)

Eté à Argenteuil : mieux vaudrait être un peu ailleurs



Un Tour ne fait pas un été

L’été qui devrait être un moment de repos mais également d’activités nouvelles est un moment difficile en particulier pour les anciens et les jeunes des quartiers populaires qui ne partent pas en vacances. C’est un moment où les moyens municipaux devraient être réfléchis pour offrir à ceux qui restent des activités et des loisirs auxquels durant les vacances des autres ils ont particulièrement droit.
         Ce que vient de concocter la municipalité pour ces vacances 2016 qui commencent est le service minimum. Et pour reprendre le visuel sur le sujet mis en avant, on peut même dire que d’année en année, le programme fond au soleil.



         Las animations d’été qui étaient concentrées dans le centre d’Argenteuil ont non seulement été réduites ces dernières années avec la disparition de l’opération « Argenteuil plage », mais cette année cette concentration disparaît. Ces animations auront lieu chaque semaine de juillet dans un quartier différent. Autant, on peut aisément imaginer que des quartiers périphériques on puisse se rendre dans le Centre, autant on imagine mal de le faire d’une périphérie à une autre. L’été risque d’être le grand désert pour de nombreux habitants, jeunes en particulier.
         Il est vrai qu’en réduisant les effectifs des agents municipaux et en créant une ambiance détestable dans de nombreux services, cela n’aide pas à préparer l’été.
         De la même façon, pourquoi ne vient-il pas à l’idée de la municipalité celle de tenter de mobiliser le réseau associatif qui pourrait offrir son aide pour permettre que la Ville demeure vivante durant cette période ?
         Bon, il y a le Tour de France. Mais attention, un petit tour et puis s’en vont. La caravane publicitaire est prévue après 15 heures et le peloton vers 17 heures 20. 2 heures 20 de grande animation ne font pas un été !
         Une bonne nouvelle tout de même : si le cinéma Jean Gabin ferme une partie des vacances, les cinémas du Figuier blanc restent en revanche ouverts tout l’été.