mercredi 17 juin 2015

Editorial des bulletins Lutte Ouvrière d'entreprise du 15.06.15.



À bas l’Europe forteresse ! Vive l’union des travailleurs !

Expulsions violentes de campements à Paris ; brutalités des forces de l’ordre à Calais ; opération musclée de la police italienne à Vintimille et barrage de la police française contre des migrants qui veulent passer en France : les quelques dizaines de milliers de femmes et d’hommes qui ont, au péril de leur vie, réussi à poser le pied en Europe sont traqués, harcelés et frappés sous nos yeux. Et le ministre de l’Intérieur nous parle d’humanité !
Arrêtés dans les trains ou dans les camions où ils se glissent, expulsés des places où ils dorment pour « occupation illégale de l’espace public », les migrants ne peuvent ni circuler, ni stationner.
C’est inhumain et absurde. Ces femmes et ces hommes ne se dissoudront pas dans l’air et rien ne les arrêtera, parce qu’ils n’ont pas d’autre choix que d’avancer.
La condition des migrants est l’illustration de l’expression de Karl Marx « Les prolétaires n’ont pas de patrie ». Car quelle est la patrie pour les Irakiens qui ont fui Mossoul à l’arrivée de Daech ? Quelle est la patrie pour les Syriens pris entre la barbarie d’Assad et celle des milices islamistes ? Ou pour les Erythréens qui risquent le bagne à perpétuité ?
Ces femmes et ces hommes ne peuvent plus vivre chez eux, mais partout en Europe, ils sont rejetés comme des indésirables.
Jamais l’Europe n’aura autant mérité le surnom de Forteresse. Non contents de multiplier murs et barbelés aux limites de l’espace Schengen, les gouvernements européens rétablissent les frontières en son sein. Au prétexte que la convention de Dublin prévoit que les demandeurs d’asile déposent leur demande dans le pays d’entrée en Europe, la France et l’Autriche, par exemple, ont fermé leurs frontières pour bloquer les migrants en Italie.
Les dirigeants européens se gargarisent en parlant de coopération et de solidarité. Ils reconnaissent en paroles la nécessité d’accueillir les réfugiés, mais c’est à l’Italie et à la Grèce de se débrouiller pour gérer l’urgence de la situation. L’enfer dans lequel ils condamnent les migrants à Calais ne leur suffit pas, ils sont en train de recréer la même chose à Vintimille, à Rome, en Grèce !
Dans ce jeu ignoble où l’on se rejette les migrants comme on se repasse une patate chaude, le gouvernement français remporte la palme du cynisme. Pour coller à la démagogie anti-immigré de la droite et du FN, le gouvernement de Hollande transforme les réfugiés en parias et, de fait, leur dénie le droit de demander l’asile et de circuler librement. Les migrants ne demandent pas la lune, beaucoup ne veulent même pas rester en France. Mais le gouvernement leur refuse les hébergements d’urgence qui leur permettraient de reprendre des forces et de repartir.
Il justifie sa politique restrictive et répressive au prétexte que « cela créerait un appel d’air » et que « l’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Cette rengaine ne doit plus masquer ce qui est un crime : celui de non-assistance à personne en danger.
« On n’a pas les moyens d’accueillir de nouveaux immigrés », nous dit-on, mais on trouve de quoi entretenir chaque année de nouveaux millionnaires et satisfaire leurs caprices ! « On n’a pas les moyens d’accueillir de nouveaux immigrés », nous disent encore ceux qui sont prêts à mettre des milliards sur la table pour les Jeux Olympiques !
Tous ces politiciens se moquent de la misère. Ils se moquent de celle des migrants comme de celle, ici en France, des classes populaires et ils ne bougeront pas le petit doigt pour soulager leur souffrance. Alors, laissons ces fausses évidences aux défenseurs des inégalités, de l’exploitation et de l’injustice !
Il faut combattre les vrais fauteurs de chômage et de misère que sont les capitalistes. Contre eux, les migrants sont nos sœurs et frères de classe. C’est pourquoi refuser les expulsions et demander la régularisation des sans-papiers qui veulent rester ici doivent faire partie des revendications du monde ouvrier.
Il en va de même de la revendication de la libre circulation pour tous. L’Europe capitaliste garantit celle des marchandises et des capitaux, mais elle multiplie les obstacles pour empêcher la circulation des travailleurs.
Pour les riches étrangers, fussent-ils des requins de la finance, les portes sont grand ouvertes, pour des travailleurs qui ne demandent qu’à être utiles à la société, elles sont fermées. C’est bien là l’image d’une société pourrissante !
Le capitalisme brasse les travailleurs du monde entier, le monde ouvrier peut en faire une force à condition d’être conscient d’appartenir à une classe ouvrière internationale qui a à révolutionner la société de fond en comble.

dimanche 14 juin 2015

Démocratie locale : s'exprimer déjà en direct



S’exprimer toujours, nombreux, et en tous lieux

Nous n ‘étions pas présent lors de la réunion de quartier organisée autour du maire jeudi dernier à la cité Joliot-Curie, mais les échos que nous en avons eus sont particulièrement intéressants et indiquent que l’ambiance était au rendez-vous.
         Le maire et ses co-équipiers ont dû entendre les doléances vives d’habitants sur la situation scolaire locale, l’insécurité ressentie, la vie de la Maison de quartier qui, faute de moyens, est en train de de s’étioler, sur le non-renouvellement de contrats parmi le personnel municipal. Des jeunes travailleurs dans ce cas sont venus dire au maire en direct ce qu’ils pensaient de sa politique sur le sujet.
         Lorsque les habitants peuvent prendre la parole, ils doivent la prendre. Si, à l’occasion de ces rares réunions, mais aussi dans toutes les circonstances où il est possible de croiser l’édile et ses adjoints, la population exprimait directement ce qu’elle pense de la politique municipale, cela permettrait sans aucun doute que la municipalité tienne davantage compte de son avis. A condition que cela se répète chaque jour et en tout lieu, et venant de la part d’un nombre d’habitants toujours plus important.

Education nationale : inégalités scolaires, politiques gouvernementales et municipales scolaires désastreuses, mutations.



Regarder d’abord la réalité en face, pour la combattre ensuite

Ici ou là, nous avons évoqué sur ce blog à différentes reprises le mouvement qui conduit en cette fin d’année scolaire un nombre particulièrement important d’enseignants de la Ville, de la maternelle à la terminale, à demander leur mutation pour d’autres lieux, le plus souvent hors de la commune, mais pas toujours, et finalement à y parvenir en nombre.
         Nous avons ainsi évoqué les 38 enseignants de maternelle qui quitteraient Argenteuil, le nombre de 30 sur 38 professeurs du collège Joliot-Curie qui partiraient. Il y a les 6 sur 9 professeurs des écoles partant de la maternelle Jules Ferry. Le phénomène serait le même à l’école maternelle Brossolette. Des « piliers » du lycée Georges Braque le quittent…
         Les mutations sont une possibilité donnée aux travailleurs de la fonction publique, et c’est tant mieux pour de nombreuses raisons. Et c’est bien évidemment le droit de chacun d’agir sur ce plan comme il l’entend.
         Il faudrait bien sûr avoir une vision d’ensemble sur la commune, et son évolution sur la dernière période. Mais pourquoi s’étonner que le phénomène ait sans doute l’ampleur que nous subodorons, sur la base des quelques éléments ci-dessus ? Faudrait-il le cacher ?
         Dans le primaire, la réforme des « rythmes » a été très dommageable pour la stabilité des équipes. Lorsque des conditions plus favorables existent dans d’autres communes, pourquoi se priver d’aller en bénéficier ? Lorsqu’il n’y a pas adéquation entre vos rythmes de travail et les horaires de vos enfants, comment ne pas tenter de surmonter l’inadéquation en allant voir ailleurs ?
         Quant à la situation d’Argenteuil marquée par une inégalité scolaire grandissante, par une politique scolaire catastrophique s’ajoutant à une politique gouvernementale du même acabit, comment s’étonner qu’elle n’incite pas au même mouvement ?
         Alors, regarder la réalité en face est la première étape qui seule peut permettre la suivante : la réflexion et l’action pour améliorer une situation désastreuse.