La crise
dans la filière du porc : les dégâts collatéraux de l’économie de marché
« La crise du porc »
titrent des journaux en ce début de semaine. Les malheureux animaux destinés à
l’abattage n’y sont évidemment pour rien. Les sursauts de colère qui expriment
les oppositions d’intérêts entre agriculteurs et capitalistes des industries
agroalimentaires ou de la grande distribution rebondissent cette fois dans le secteur
de la production et de la commercialisation de la viande de porc. La cause
immédiate du mécontentement des éleveurs réside dans le refus des deux
principaux industriels du secteur de leur acheter les porcs à un prix leur
permettant de rentrer dans leurs frais et de dégager un revenu qui leur
convienne. Le conflit oppose aussi les éleveurs à l’État incapable même
d’imposer le compromis sur les prix qu’il avait proposé.
Ce qui se
passe dans l’agriculture concerne les classes exploitées des villes et avant
tout, la classe ouvrière. Les salariés, les chômeurs et les retraités, en tant
que consommateurs, ne peuvent pas accepter que la guerre des prix des produits
alimentaires se traduise par des hausses à la consommation, alors que l’étendue
du chômage, le blocage des salaires et des retraites, les prélèvements
croissants de l’État démolissent déjà leur pouvoir d’achat. Mais aussi, pour
des raisons politiques. De quel côté doivent aller notre sympathie et notre
solidarité ?
Certainement
pas du côté des capitalistes de l’agroalimentaire ou des grandes chaînes de
distribution, ennemis directs des exploités. Les bénéfices encaissés par les
propriétaires et actionnaires de ces entreprises proviennent fondamentalement
de l’exploitation des travailleurs de ce secteur parmi les plus infects aussi
bien pour les salaires que pour les conditions de travail. Mais lorsque le
rapport des forces le leur permet, les capitalistes du secteur complètent leur
bénéfice au détriment de leurs petits fournisseurs du monde paysan : producteurs
de viande, de lait, de fruits ou de légumes parmi d’autres.
La
solidarité des exploités doit aller à ceux des paysans qui vivent de leur
propre travail sans exploiter personne, qui se font voler par les banques, les
capitalistes de l’industrie et de la distribution, et gruger par l’État. Ce
dernier prétend jouer les arbitres mais il prend parti pour le grand capital.
Le
secteur agricole lui-même est cependant dominé par une minorité de capitalistes
qui s’enrichissent en exploitant les ouvriers agricoles. La hausse des prix à
la production, qui est une question de survie pour les petits paysans est en
même temps une source de bénéfice supplémentaire pour les plus gros. Les
luttes, même radicales, des petits paysans au fil des décennies ont toujours profité
en dernier ressort aux plus riches de l’agriculture et ont conduit à une
concentration croissante des exploitations agricoles et à la disparition des
plus petites.
Là est le
piège fondamental pour les petits paysans qui ont un pied dans le monde du
travail et l’autre, dans le monde patronal. L’économie de marché et la
concurrence les broient mais ils ne voient leur avenir que dans cette économie.
La défense de leur propriété individuelle est le b.a.-ba de leurs convictions
sociales. Ils s’endettent pour investir dans des équipements et machines de
plus en plus coûteux afin d’être compétitifs. Mais ce faisant, ils se passent
eux-mêmes le nœud coulant tenu par les banques et enrichissent au passage les
capitalistes fabricants de ces équipements. Le résultat de toute cette
évolution est, pour les paysans, l’éviction des campagnes de nombre d’entre
eux. Et pour l’ensemble de la société, qu’on parle périodiquement de
surproduction, de viande, de lait, de fruits ou de légumes, alors que, même ici
en France, un nombre croissant de personnes ne se nourrissent pas
convenablement et que, sur la majeure partie de la planète, les classes pauvres
sont sous-alimentées ou meurent de faim.
La
paysannerie, avec ses rêves de consolider la petite propriété en conciliant ses
intérêts et ceux des prédateurs du grand capital, n’a aucune solution à une
évolution dont elle est pourtant victime. La seule classe sociale qui peut
offrir la perspective d’un autre avenir pour la société est la classe ouvrière,
la classe de ceux qu’aucun intérêt ne lie à l’organisation capitaliste de la
société, à l’économie du marché, à la concurrence, à la propriété privée des
moyens de production. La seule qui a la capacité de reprendre le combat du
mouvement ouvrier pour le changement révolutionnaire de la société. À condition
d’en retrouver la conscience.
La
« crise du porc » est une des expressions, et il y en a une infinité
d’autres et de bien plus graves, de l’aberration et de l’injustice de
l’organisation capitaliste de l’économie et de la société.
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