Iran :
la population face à la guerre
Le 6 juin, en Iran, des
raids israéliens ont visé Téhéran, Tabriz, Ispahan, et des installations
pétrolières à Mahshahr, où des ouvriers s’étaient mobilisés en mai contre des
licenciements.
Publié le 10/06/2026
Ces bombardements ont fait
replonger la population iranienne dans la terreur de la guerre après deux mois
d’accalmie suite à la trêve du 8 avril. Celle-ci, très précaire, n’avait
pas effacé les graves conséquences des bombardements du mois de mars.
L’inflation, déjà élevée depuis plusieurs années, s’est envolée depuis la
guerre. Elle atteint désormais plus de 50 % officiellement sur un an, et pire
encore pour les produits alimentaires avec 130 %, et même 430 % pour l’huile,
et 340 % pour les œufs.
Le chômage et la pauvreté
augmentent donc aussi. Les salaires sont souvent suspendus dans les entreprises
industrielles endommagées, quand les ouvriers ne sont pas tout simplement
licenciés. Dans le complexe industriel de Mobarakeh, seuls les employés
administratifs ont pu reprendre le travail, soit 1 900 salariés sur 27
000.
La guerre de mars aura des
conséquences durables. La destruction des installations pétrolières et des
dépôts de carburant avait déclenché une « pluie de pétrole » pendant plusieurs
jours. Selon des professionnels de santé, cette pollution massive aura des
implications sanitaires à long terme sur le système respiratoire de nombreux
habitants.
Dans ces conditions, moins de six
mois après les massacres de manifestants de janvier, le régime réussit à
mobiliser contre Israël une partie de la population, y compris dans la fraction
qui lui est hostile. Des brigades de femmes, pas toutes voilées, s’affichent en
armes, prêtes à faire face à une éventuelle invasion terrestre. La mobilisation
de la jeunesse rencontre aussi un certain succès : alors qu’en 2023, même dans
les écoles élémentaires, des adolescentes déchiraient le portrait du guide
suprême de leur manuel et lançaient des projectiles sur les représentants des
autorités, aujourd’hui des jeunes s’engagent dans les milices du régime avec
leurs parents.
En même temps, la répression
contre les opposants s’intensifie, marquée par des arrestations, des tortures,
des exécutions par pendaison des manifestants arrêtés en janvier ou lors du
mouvement Femmes, vie, liberté. Près de 700 condamnés ont été exécutés
depuis le début de l’année. Depuis la reconnexion d’internet, les images de la
violence de la répression de début janvier font désormais le tour du monde.
Cette répression n’empêche pas la
contestation de s’exprimer. Dans les universités, la mobilisation contre un
changement du mode d’admission qui favorise les plus riches touche de
nombreuses villes. Des slogans s’attaquent au pouvoir et appellent à ne pas
reculer devant la répression : « N’ayons pas peur ! plutôt la mort que
l’humiliation, nous avons entendu des promesses et pas vu de résultats ».
Les obsèques de manifestants exécutés ou assassinés par le régime donnent
parfois lieu à des rassemblements monstres, comme par exemple celles des frères
Veisi, le 30 mai, des militants kurdes, tués deux jours auparavant dans un
raid des gardiens de la révolution.
Des luttes ont toujours lieu, et
notamment des grèves contre des licenciements. Des travailleurs du pétrole
appellent à s’organiser pour obtenir de meilleures conditions d’existence. Ils
dénoncent sur les réseaux sociaux les conséquences de la guerre sur leurs
conditions de travail et « la minorité répressive qui détient le pouvoir et
la richesse, qui cherche à se venger des grévistes du secteur pétrolier ».
La mobilisation et l’organisation de ces travailleurs montrent que la classe
ouvrière continue à représenter une force face à ce régime dictatorial à qui la
guerre israélo- américaine a donné un répit.
Élise Patach (Lutte ouvrière
n°3019)