Travailleurs
sans papiers à l’heure des rafles racistes
À la sortie de la gare RER
d’Alfortville, dans le Val de Marne, une véritable rafle a été opérée le matin
du 9 mars. Des
policiers appartenant à une
brigade spécialisée basée à Cachan, appelée l’ULII (Unité de lutte
contre l’immigration irrégulière), installés entre la gare et les arrêts de
bus, ont arrêté des travailleurs sans papiers.
Publié le 05/05/2026
Ces contrôles se font au faciès,
visant principalement les personnes noires, maghrébines ou orientales. Huit à
dix travailleurs sans papiers ont été embarqués, avant d’être amenés au
commissariat de Créteil, et en fin de journée, ils recevaient des avis d’OQTF
(obligation de quitter le territoire français). Deux d’entre eux avaient
justement participé au piquet de grève de Chronopost Alfortville pour tenter
d’obtenir des papiers. Alors que, pendant plus de trois ans, la préfecture
avait refusé d’examiner leur situation, en quelques heures, elle a donc trouvé
le temps de juger qu’ils n’ont rien à faire en France.
Ce type d’opération de chasse aux
étrangers a été mis en scène de façon médiatique par Retailleau mais existe en
réalité depuis des années. L’ULII de Cachan fait ses quotas de contrôle
principalement dans les gares de Créteil-Pompadour, Maisons-Alfort Alfortville,
Choisy-le-Roi, où beaucoup de sans-papiers transitent pour leur travail, mais
aussi aux abords et dans les foyers de travailleurs immigrés, ainsi que sur les
parkings de magasins de bricolage et BTP, où des patrons viennent recruter à la
tâche et à la journée. Chaque fois, de véritables nasses sont mises en place
dans les lieux choisis. Cette fois-ci, à Alfortville, cette unité agissait de
concert avec la police de la RATP qui, elle, intervenait dans un bus, non pas
pour contrôler les titres de transport mais les papiers, en livrant ceux qui
n’en avaient pas aux policiers de l’ULII.
Ces opérations s’effectuent sous
la couverture juridique d’une réquisition du Parquet autorisant des contrôles
suite à un fait de délinquance quelconque dans le territoire visé. Mais les
lieux et les horaires choisis correspondent aux heures d’aller et retour au
travail et montrent bien qu’il s’agit de « débusquer » des travailleurs sans
papiers, avec des méthodes similaires à celle de l’ICE de Trump.
Les rafles, comme les campagnes
anti-immigrés, s’inscrivent dans une surenchère raciste avec le Rassemblement
national. Mais elles servent aussi à maintenir un climat de peur chez des
centaines de milliers de travailleurs sans papiers, qui sont ainsi à la merci
d’un patronat dont les profits prospèrent grâce à leur surexploitation !
Le collectif de sans-papiers, le
syndicat Sud et des militants de LFI et de Lutte ouvrière ont dénoncé cette
rafle par des distributions de tracts à la gare et sur le marché. Le 30 avril,
Muriel Monchal, élue de Lutte ouvrière au conseil municipal d’Alfortville, y
est intervenue en faisant le parallèle avec la police de l’immigration de Trump
: « Des travailleurs habitants d’Alfortville, des collègues de travail, des
voisins, des personnes que nous côtoyons tous les jours sont dans cette
situation des plus précaires et doivent vivre dans la crainte d’arrestations,
doivent aller au travail en rasant les murs pour ne pas tomber dans les griffes
d’une ICE à la française. »
Correspondant LO (Lutte ouvrière n°3014)