Des
amitiés très intéressées
Les rapports entre la France et
les États du Golfe vont bien au- delà de la simple nécessité de se fournir en
pétrole et en gaz. Leurs échanges commerciaux dépassent les 20 milliards
d’euros et concernent toutes les grandes
entreprises du CAC 40 et une multitude d’autres.
Publié le 12/03/2026
Il y a évidemment les armes : les
pays du Golfe ont acheté 171 des Rafale exportés par Dassault, Naval Group
entretient et équipe une bonne partie de la flotte des amis locaux qui sont
aussi clients pour des chars, des blindés, des radars, etc. Ce marché est estimé
à 25 milliards
d’euros, depuis 2020.
Il y a aussi la présence des
entreprises françaises dans la construction, les services, la banque, les
transports, le luxe, etc., et les investissements directs dans les deux sens.
Le seul Qatar, le meilleur ami semble-t-il, a promis d’investir 30 milliards
d’euros en France d’ici à la fin
de la décennie. Accor, par exemple, est le premier
groupe hôtelier du Golfe et on se souvient de la place
prépondérante des
groupes français du BTP dans la
construction des stades de football pour la Coupe du monde.
L’inévitable CMA CGM a une
concession pour trente-cinq ans dans le terminal portuaire d’Abou Dhabi et
transporte bien d’autres choses que le pétrole et le gaz. Les métropoles
nouvelles qui ont jailli de terre et leur population ont en effet besoin d’être
ravitaillées. De plus, le Golfe est devenu depuis deux décennies une vaste
concentration industrielle. Des sous-produits du raffinage, comme les engrais,
y sont désormais fabriqués et des industries grosses consommatrices de courant
électrique, comme la production d’aluminium et les aciéries, s’y sont
développées.
Cette coopération économique est
facilitée par une coopération dite culturelle, avec l’installation du Louvre et
de la Sorbonne à Abou Dhabi, la scolarisation de milliers d’élèves dans les
lycées français, les festivités diverses et les réceptions en grande pompe des
chefs d’État dans leurs divers palais, à commencer par l’Élysée. On ne sait si
le coup de pouce de la France, et nommément de Sarkozy, pour l’attribution de
la Coupe du monde au Qatar et pour la valorisation du PSG fait partie de
l’amitié culturelle ou de la pure et simple corruption.
Évidemment, pour sécuriser les
investissements et fluidifier les ventes d’armes, il y a la coopération
militaire, avec l’installation de plusieurs bases, la formation des militaires
alliés sur place, l’instruction de cadets de marine ou de futurs aviateurs dans
la patrie de Dassault. Pour sceller le tout, des accords de défense mutuelle
ont été signés qui garantiront s’il le faut l’intervention de l’armée française
aux côtés de ses alliés.
Ainsi, de jeunes soldats et
marins sont envoyés là-bas et pourraient tuer ou être tués pour protéger les
intérêts d’une mince coterie de capitalistes français et de leurs amis et alliés
des dynasties pétrolières.
Pour finir, comme toujours et
comme partout, ces milliards qui garnissent les palais princiers et les comptes
en banque des bourgeois ne sont pas un cadeau de la nature, mais le produit du
travail de millions de prolétaires dont l’écrasante majorité vient d’Asie, sont
férocement exploités et n’ont d’autre droit que celui de se taire ! Voilà à
quoi se réduit la défense du droit vue par Macron, ses généraux et ses
commanditaires du CAC 40.
Paul
Galois (Lutte ouvrière n°3006)