Venezuela :
Après la mort d'Hugo Chavez
Le cancer qui avait empêché la
prise de fonction d'Hugo Chavez à la présidence de l'État vénézuélien, après sa
quatrième victoire à l'élection présidentielle en octobre dernier, l'a
finalement terrassé le 5 mars. Dans trente jours devrait avoir lieu une
nouvelle élection où Nicolas Maduro, le dauphin que Chavez avait lui-même
désigné, et qui assure l'intérim, devrait porter les couleurs du mouvement
chaviste.
Publié le 06/03/2013
Chavez était apparu en 1992 dans
la vie politique du Venezuela avec une tentative malheureuse de coup d'État.
Celle-ci se voulait une réponse aux fusillades que la social-démocratie au
gouvernement avait déclenchées, en 1989, contre les classes populaires alors
qu'elles protestaient contre des hausses de prix insupportables. Après sa
tentative, Chavez avait été incarcéré.
Au Venezuela, la vie politique
reposait depuis des dizaines d'années sur un pacte d'alternance entre deux
partis, la droite et la social-démocratie. Dans les années quatre-vingt-dix,
l'usure du système politique ouvrit une voie au mouvement de Chavez. Sorti de
prison, il lança un « mouvement bolivarien » pour participer aux élections.
L'évocation de la figure de Simon Bolivar faisait appel au sentiment national
des classes populaires et cherchait à rallier tous ceux qui aspiraient à un
changement. Le discrédit des partis traditionnels fit le reste et, en 1999,
Chavez fut élu à l'élection présidentielle à la tête d'un mouvement politique
qui cherchait encore ses repères.
Il commença par réviser la
constitution puis mit en place des missions sociales, offrant des solutions
d'urgence pour la nourriture, le logement, l'éducation ou la santé, notamment
avec l'aide de médecins venus de Cuba. Ces missions allaient lui attirer,
jusqu'à sa mort, la sympathie de la population la plus déshéritée. Car en
Amérique latine, les inégalités sont criantes et tous ceux qui à un moment ou
un autre ont un peu tenu compte des besoins des classes populaires en ont reçu
ensuite le soutien. La social-démocratie du Venezuela l'avait elle-même
pratiquée dans les années soixante-dix.
Cette politique sociale était
possible grâce à la rente pétrolière d'un pays sur ce plan aussi riche que
l'Arabie Saoudite. Mais elle n'était pas du goût des classes possédantes, des
banquiers, des patrons de presse, de la haute hiérarchie militaire et de toute
la bureaucratie qui prospéraient sur la rente pétrolière en en écartant les
classes populaires. En 2002, ce monde de nantis, encouragé par les États-Unis,
se mobilisa pour renverser Chavez en pensant que la tâche serait facile. Mais
il eut la surprise de découvrir que le petit peuple mais aussi une partie de
l'armée, se mobilisait pour défendre Chavez, et le coup d'État échoua
lamentablement.
L'opposition a continué de
dénoncer Chavez comme un pur dictateur en passant sur le fait qu'il a organisé
pendant quatorze ans élection sur élection, et même un référendum qui aurait pu
le chasser du pouvoir s'il l'avait perdu.
Son pouvoir stabilisé, Chavez
s'est affiché comme le partisan d'un « socialisme du 21e siècle » et a accolé
l'étiquette « socialiste » au nom de son parti. Mais, en pratique, si l'État a
pris le contrôle de l'industrie du pétrole, il n'y a eu nulle expropriation des
classes possédantes. Chavez a plutôt cherché, et trouvé, un compromis avec
elles, y compris avec certains de ceux qui avaient tenté de le renverser en
2002, comme le patron de presse Cisneros.
Sur le plan international, la
rente pétrolière lui a permis également d'entretenir de bonnes relations non
seulement avec Cuba et la Bolivie d'Evo Morales mais également avec l'Argentine
ou le Brésil. S'il a aussi cultivé des relations avec des dictatures comme
l'Iran ou la Libye de Kadhafi, il s'agissait d'abord de remplir ses carnets de
commandes. D'ailleurs, malgré toutes les déclarations anti-impérialistes et
anti-américaines de son leader, le Venezuela est resté le principal fournisseur
de pétrole des États-Unis comme dans le passé.
Et si Chavez a maintenu les
missions sociales qui ont fait reculer la pauvreté et lui ont valu sa
popularité, il a aussi laissé se développer une corruption dont ont profité
certains dirigeants chavistes, au point qu'on parle d'une « boli-bourgeoisie ».
Après la mort de Chavez, sa
popularité assurera sans doute encore le succès de son parti à la prochaine
présidentielle. Mais les rivalités entre les différents clans du parti
bolivarien pourraient se réveiller, tandis que l'opposition de droite, qui rêve
de revanche, cherchera elle aussi à tirer profit de la disparition de celui qui
a été sa bête noire pendant quatorze ans.
Il reste une question pour la
population vénézuélienne : si la politique sociale du leader « bolivarien » a
amélioré un peu la situation d'au moins une partie d'entre elle, son sort
devra-t-il toujours dépendre de la venue ou non d'un sauveur, ou bien les
travailleurs, les pauvres de ce pays pourront-ils se donner les moyens
d'imposer eux-mêmes leurs exigences à la bourgeoisie et à l'impérialisme
Jacques
FONTENOY (Lutte ouvrière n°2327)