Aucune illusion à avoir de ce côté-là
Sarkozy avait supprimé la police
dite de « proximité » quelques années avant sa venue à Argenteuil,
pour flatter les préjugés sécuritaires de son électorat. En février 2003, il s’était
ainsi adressé aux policiers : « Votre rôle n’est pas de jouer au football
avec les jeunes des quartiers, mais de vous mettre au travail… ». Après sa
première élection, Emmanuel Macron avait fait mine un temps de la rétablir.
Dans
le documentaire « On n’est pas des racailles », le motif de ce genre
de police est revenu accompagné d’un certain nombre d’illusions.
La
police de proximité évoque l’image de policiers privilégiant la prévention à la
répression. Au contact de la population, des jeunes en particulier, elle
préviendrait les incivilités, restaurant ainsi un sentiment de sécurité oublié
depuis longtemps.
Certes,
la présence de véritables policiers de proximité parviendrait sans doute à
limiter la petite délinquance qui empoisonne la vie dans les cités populaires.
Mais elle ne parviendrait en aucun cas à l’éradiquer, car cette dégradation
sociale est une conséquence de l’appauvrissement et de l’abandon des services
publics comme les transports, la poste, l’éducation, le commerce...
À
Argenteuil, il y a bien une sorte de police de proximité dont l’ampleur a
considérablement augmenté ces dernières années, la police municipale. Il y a
avec cette dernière une certaine proximité avec la population malgré le
turn-over des effectifs, mais le maintien sans conteste d’une distance
encouragée et formatée entre la population et elle-même, entre elle et les
jeunes des quartiers en particulier. Son rôle dans la prévention est nul.
Cette
distance est un élément de la formation de cette police municipale qui est, elle aussi, une branche parmi d’autres de ce corps d’État dont la fonction
fondamentale est le maintien de l’ordre, pas tant dans les quartiers dits
difficiles, que dans toute la société, profondément inégalitaire, fondée sur le
pouvoir des bourgeois et sur l’exploitation. DM