À
la recherche d’un accord… pour faire payer les travailleurs
27/06/2022
Macron est à la recherche de 44
députés pour s’assurer une majorité absolue à l’Assemblée. Les débauchages
individuels sont en cours et les téléphones chauffent pour explorer les possibilités
d’élargir la majorité.
Finira-t-il par trouver son
compte ? Est-ce que cela lui assurera une majorité pour cinq ans ?
Sera-t-il contraint de se contorsionner en utilisant les mille et une
subtilités offertes par les institutions pour gouverner par décrets,
ordonnances et à coups de 49-3 ? L’avenir nous le dira.
Pour l’heure, Macron en profite
pour se faire l’avocat du dialogue et du compromis. C’est fort de café pour un
président jupitérien qui a gouverné en solitaire et contre les classes populaires.
Mais cela ne l’empêche pas d’en faire des tonnes sur le sujet, et les médias suivent.
Toute la semaine, les
porte-paroles de l’opposition ont été sommés de se positionner : allaient-ils
s’obstiner dans une opposition frontale ? Allaient-ils être constructifs
ou bloquer le pays ? En un mot, allaient-ils être responsables ou
irresponsables ?
Cette dramatisation politicienne
est de la pure comédie. Une seule chose fait hésiter les politiciens, à droite
comme à gauche : leurs plans de carrière. Apporter son soutien à Macron,
c’est gouverner tout de suite, mais courir le risque de se discréditer à long
terme. Lui refuser son soutien, c’est se condamner à l’opposition sans
assurance d’être, un jour, en situation de prendre les rênes.
Ces petits calculs mettent Macron
en difficulté. Mais la grande bourgeoisie peut se rassurer : ses intérêts
sont saufs, car tous les partis qui ont envoyé des députés à l’Assemblée
nationale, du RN à LFI, sont des partis responsables du point de vue de l’ordre
social.
Au sein de la Nupes, Roussel du PCF
et Jadot d’EELV se sont distingués par leur ouverture vis-à-vis de Macron. Mais
de façon générale, tous les députés, ceux de La France insoumise compris, ont
tenu à se montrer responsables, « soucieux
des intérêts de la France ». Et c’est la même chose pour Le Pen et le
RN.
Entre politiciens qui n’imaginent
pas d’autre société que celle que nous connaissons, fondée sur la propriété
privée capitaliste, les lois du profit et la concurrence, oui, tous les
compromis sont possibles. C’est ce qui explique que, dans nombre de pays, la
gauche gouverne avec la droite, et même parfois avec l’extrême droite, et vice
versa.
En fait, tous les politiciens qui
prétendent gouverner nous servent la même sauce : les « intérêts du
pays ». Ils entretiennent le mensonge de l’existence d’une politique juste
et équilibrée dans l’intérêt de tous. Ils masquent le problème fondamental de
notre société : le diktat de la classe capitaliste et sa guerre de classe.
Car la bourgeoisie à la tête des
grands groupes capitalistes n’est pas à la recherche du bien commun ! Ceux
qui spéculent sur les cours du pétrole ou du blé n’ont que faire de l’intérêt
collectif. Malgré la flambée des prix, le grand patronat qui refuse d’augmenter
les salaires se moque bien d’appauvrir ses salariés et avec eux les catégories
sociales, petits commerçants et paysans qui dépendent du niveau de vie des
classes populaires.
La crise sanitaire l’a
montré : la remise sur pied des hôpitaux devrait être l’urgence des
urgences. Eh bien, la bourgeoisie force le gouvernement à poursuivre ses restrictions,
car elle refuse de délier les cordons de la bourse ! Au contraire, elle
réclame de nouveaux cadeaux fiscaux et exige que le gouvernement prenne dans la
poche des travailleurs, en reculant l’âge de la retraite, par exemple.
Autant dire que ce n’est pas la
bourgeoisie qui paiera pour les dépenses d’armement supplémentaires prévues par
Macron ! Ce n’est pas elle qui paiera pour la dette de l’État, qui a
explosé, et qui pèse de plus en plus lourd avec la hausse des taux
d’intérêts !
La classe capitaliste n’accepte
pas d’autre politique de la part de ceux qui gouvernent que celle lui assurant
ses profits. Elle se bat pour faire toujours plus d’argent, contre les intérêts
des travailleurs et bien souvent contre les intérêts de toute la société.
Si la planète et le climat sont aujourd'hui
dans l’état que l’on sait, c’est précisément le fruit de cette rapacité
capitaliste. Celle-ci est d'autant plus féroce que les conséquences économiques
de la guerre en Ukraine aggravent la crise.
La classe capitaliste mène sa
guerre de classe. Les politiciens qui ne sont pas décidés à l’affronter ne sont
pas dans le camp des travailleurs. Entre les exploités et les exploiteurs, il
n’y a que des intérêts irréconciliables. À nous d'être conscients que nous ne
pouvons compter que sur nous-mêmes. Si nous sommes décidés à défendre notre
peau, collectivement, nous en avons la force.
Nathalie Arthaud
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