Comme
vous le savez, nous n’avons pas pu tenir le Cercle Léon Trotsky qui devait
aborder, un siècle après le Congrès de Tours de décembre 1920, la naissance du
parti communiste en France. Le texte de cet exposé est néanmoins disponible sur
notre site lutte-ouvrière.org. Nous vous le proposons à partir d’aujourd’hui en
feuilleton sur notre blog « lo argenteuil »
Le jeune
parti communiste : du combat pour créer un parti révolutionnaire au stalinisme
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Avant le
congrès de Tours : des années décisives
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1920 : la
grève du chemin de fer et ses conséquences politiques
En 1919 et 1920, l’espoir que les
choses allaient rentrer dans l’ordre après la guerre était grand dans la
population, parmi les paysans, la petite bourgeoisie et même une fraction des
travailleurs. Cela se traduisit lors des premières élections de l’après-guerre,
fin 1919, où la droite nationaliste, surfant sur la victoire, eut une majorité
écrasante à l'Assemblée nationale. Le gouvernement disposait ainsi d’une base
politique assez large pour organiser la répression contre les militants et les
travailleurs en grève. La SFIO quant à elle recueillit 1 700 000 voix,
à peine plus qu’en 1914.
Mais ce résultat sur le terrain
électoral ne reflétait pas le mouvement de fond qui touchait les fractions les
plus exploitées ou les plus conscientes de la classe ouvrière. Celles-ci se
radicalisaient, refusaient les salaires de misère imposés par les patrons dans
un contexte d’inflation et de pénurie.
Les grèves se suivaient et
culminèrent en mai et juin 1920 avec la grève des cheminots. Fin avril, la
fédération CGT des cheminots, influencée par les syndicalistes révolutionnaires
et les anarchistes, appela à une grève générale contre la répression et les
révocations, pour la nationalisation des chemins de fer alors majoritairement
privés. À l’appel de la confédération CGT, les cheminots furent rejoints par
diverses corporations. Le 11 mai, il y avait 1 500 000 grévistes. Sans surprise, Jouhaux et les réformistes qui dirigeaient la CGT ne firent
rien pour donner une perspective à ce mouvement qu’ils lâchèrent. De leur côté,
les militants révolutionnaires, qu’ils soient dans les syndicats ou dans la
SFIO, étaient dispersés, sans organisation ni politique communes. Les cheminots
furent finalement défaits. Les patrons du rail aidés par le gouvernement qui
envoya police et armée, avaient embauché des briseurs de grève ou des
retraités. La répression fut massive : quelque 18 000
cheminots révoqués perdirent leur logement en même temps que
leur emploi.
Le gouvernement profita de cet
échec pour arrêter des militants parmi les plus en vue. Sous prétexte d’un
mystérieux complot contre l’État, Monatte, Monmousseau, Loriot, Souvarine
furent jetés pour dix mois à la prison de la Santé.
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(Demain :
Avant le congrès de Tours : des années décisives, Deuxième congrès de
l’IC)