Comme
vous le savez, nous n’avons pas pu tenir le Cercle Léon Trotsky qui devait
aborder, un siècle après le Congrès de Tours de décembre 1920, la naissance du
parti communiste en France. Le texte de cet exposé est néanmoins disponible sur
notre site lutte-ouvrière.org. Nous vous le proposons à partir d’aujourd’hui en
feuilleton sur notre blog « lo argenteuil »
Le jeune
parti communiste : du combat pour créer un parti révolutionnaire au stalinisme
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Avant le
congrès de Tours : des années décisives
La
révolution russe et la vague révolutionnaire en Europe
En mars 1917, la révolution
éclatait en Russie et des soviets se constituaient dans tout le pays. Il fallut
huit mois de plus pour que le prolétariat allié aux paysans prenne le pouvoir,
sous la direction du parti bolchevique. Les journées cruciales de cette année
1917 avaient montré le rôle vital de ce parti. La Révolution russe validait les
choix politiques que Lénine défendait à Zimmerwald. Elle validait sa conception
du parti et ses analyses sur l’État bourgeois que les travailleurs ne
pourraient pas conquérir par des votes mais devraient détruire pour établir
leur propre pouvoir.
Lénine, Trotsky et les bolcheviks
savaient aussi qu’il n’était pas concevable de construire le socialisme dans la
Russie arriérée, isolée. La base du socialisme c’est un haut niveau de
développement des forces productives. Pour résoudre le sous-développement de
l’ancien empire des Tsars, il était indispensable de s’appuyer sur les moyens
de production perfectionnés des pays capitalistes. Les bolcheviks savaient que
la survie même de la révolution était liée à l’éclatement de la révolution en
Europe. Favoriser cette révolution était leur préoccupation dans chacune de
leurs décisions. Le développement du capitalisme avait lié le sort de la Russie
à celui de l’Europe occidentale. La guerre impérialiste avait renforcé ces « chaînes de fer », selon l’expression
de Lénine, entre les pays belligérants. Le combat déclenché par la révolution
était celui de l’ensemble de la classe ouvrière et des exploités du monde,
opposés à la bourgeoisie mondiale.
La Révolution russe victorieuse a
déclenché un formidable espoir dans tous les pays belligérants, au front comme
à l’arrière. Dès l’année 1917, elle inspira des mutineries et des grèves en
France et en Allemagne. À la fin de l’année 1918, la révolution éclata en
Allemagne, en Hongrie, en Finlande. En 1919 et en 1920, l’Italie fut secouée
par de puissantes grèves, des insurrections spontanées, des occupations
d’usines et de terres. Les paroles de l’Internationale, « le monde
va changer de base », étaient
en train de se réaliser. L’ordre bourgeois était menacé et ébranlé.
Mais dans tous ces pays, il
manquait une direction politique équivalente à celle des bolcheviks. Il
manquait un parti révolutionnaire, ayant établi des liens de confiance avec les
travailleurs ; un parti déterminé à
renverser le pouvoir de la bourgeoisie c’est-à-dire prêt à conduire la classe
ouvrière jusqu’à la destruction de l’appareil d’État bourgeois par les armes ; un
parti capable d’avoir une
politique ferme et une tactique cohérente
dans cette période de tempêtes sociales.
Les bolcheviks ont encouragé
partout les forces militantes qui cherchaient à créer de tels partis. Mais à
part l’enthousiasme provoqué par la révolution russe et la légitimité qu’elle
leur donnait, ils avaient très peu de prise sur les partis des autres pays, qui
restaient aux mains de dirigeants passés dans le camp de la bourgeoisie. Pour
affirmer la nécessité de créer des partis communistes, en mars 1919, les
Bolcheviks fondèrent l’Internationale communiste (IC). À part ceux du tout
jeune Parti communiste allemand, fondé quelques semaines plus tôt mais aussitôt
décapité avec l’assassinat de Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht, la plupart
des délégués au congrès de fondation ne représentaient qu’eux-mêmes ou presque.
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(Demain : Avant le
congrès de Tours : des années décisives, Grèves en France en
1919)
Moscou,
mars 1919, le Congrès de fondation de l’Internationale communiste