mardi 23 février 2021

Mouvement communiste : Le jeune parti communiste : du combat pour créer un parti révolutionnaire au stalinisme (1)

Comme vous le savez, nous n’avons pas pu tenir le Cercle Léon Trotsky qui devait aborder, un siècle après le Congrès de Tours de décembre 1920, la naissance du parti communiste en France. Le texte de cet exposé est néanmoins disponible sur notre site lutte-ouvrière.org. Nous vous le proposons à partir d’aujourd’hui en feuilleton sur notre blog « lo argenteuil »

 

Le jeune parti communiste : du combat pour créer un parti révolutionnaire au stalinisme

On vient de fêter le centième anniversaire de la naissance du Parti communiste, lors du congrès de Tours, à la fin décembre 1920. Le Parti communiste d’aujourd’hui n’a plus rien de commun avec ce qu'il fut à l’époque de sa naissance. Même son nom a changé, le Parti communiste, Section française de l’Internationale communiste, étant devenu le Parti communiste français. Pour notre part, nous nous voulons les héritiers des années de jeunesses de ce parti, une période que les actuels dirigeants du PCF préfèrent ignorer ou déformer.

La façon dont Patrick le Hyaric, rédacteur en chef de l’Humanité, a commémoré la naissance de son parti dans son éditorial du 24 décembre 2020 est significative. S’il rappelait que le PC naquit de la condamnation de l’Union sacrée entre la bourgeoisie française et les principaux dirigeants du mouvement ouvrier en août 1914, il affirmait immédiatement que ce parti sut «concilier le drapeau tricolore et le drapeau rouge». Il insistait sur l’apport de son parti «à lhistoire de France» et «à la République française». S’il rappelait, légitimement, «les persécutions dont ses militants ont souvent été lobjet» et leur «dévouement sans faille à la défense des intérêts populaires», c’était pour s’enthousiasmer que «des générations d’élus gagnant des responsabilités jusquaux ministères […] soient devenus des “cadres” de grande qualité […] au bénéfice de l’ensemble de la nation». S’il rendait hommage à «limmense peuple des travailleurs», c’était pour insister sur le rôle de ses parlementaires, l’engagement de ses élus et de ses réseaux militants «au service des plus démunis» plutôt que pour rappeler que seule l’irruption des travailleurs sur la scène politique, leurs révoltes, leurs grèves de masse et leurs mobilisations collectives ont permis de faire progresser la condition ouvrière et les idées d’émancipation. Il n’y a pas de quoi s’en étonner, tant le PCF n’a eu de cesse, depuis des décennies, de canaliser, de désamorcer et d’éteindre les luttes des travailleurs quand elles risquaient de menacer les intérêts des capitalistes.

Patrick le Hyaric évoquait la Commune de Paris et la Grande Révolution française mais ne faisait référence ni à la révolution russe de 1917 ni à la vague révolutionnaire qui ébranla le monde et menaça sérieusement l’ordre capitaliste entre 1917 et 1923. Il citait Marx et la Première internationale mais pas Lénine et l’Internationale communiste. C’est pourtant de cette vague révolutionnaire puis de la fondation de l’Internationale communiste par le parti bolchevik qu’est né le PC, servant de point de ralliement aux hommes et aux femmes qui étaient enthousiasmés par la révolution russe.

Les omissions et les formulations de Le Hyaric sont significatives de ce qu’est devenu le PCF depuis le milieu des années 1930 sous l’emprise du stalinisme. S’appuyant sur son implantation et son immense crédit dans la classe ouvrière et plus largement sur son audience parmi les couches populaires du pays, ses dirigeants ont sauvé l’ordre social en place à chaque fois qu’il était menacé. Ce fut en particulier le cas lors de la grève générale de 1936 et dans les années 1944-1947, quand De Gaulle remit en route l’appareil d’État après la période pétainiste. Ils n’ont eu de cesse de trouver une place au sein des institutions et de l’appareil d’État, jusqu’aux ministères de la bourgeoisie qu’ils occupèrent à trois reprises et dont visiblement ils restent fiers, des décennies plus tard.

Le dévouement bien réel de plusieurs générations de militants communistes a été dévoyé pour permettre cette intégration du PCF dans le jeu politique bourgeois.

Du parti internationaliste qu’il était à sa naissance, le PCF est devenu le champion du «produisons français» et le diffuseur du poison nationaliste parmi les travailleurs. Ce faisant, il a préparé le terreau sur lequel prospèrent les démagogues de l’extrême droite. Bien plus que les « conquêtes sociales» dont Le Hyaric est si fier alors qu'elles sont remises en cause les unes après les autres au fur et à mesure que la crise économique s’aggrave, le bilan d’un siècle d’influence du PCF sur la classe ouvrière est la disparition quasi totale de sa conscience de classe. À la naissance du PCF, une fraction importante de la classe ouvrière avait conscience de faire tourner toute la société et de représenter à ce titre une force collective immense. Des centaines de milliers de travailleurs étaient convaincus que «l’émancipation des travailleurs serait l’œuvre des travailleurs eux-mêmes» et que leur classe pouvait et devait prendre le pouvoir pour diriger la société de façon à satisfaire les besoins de lhumanité. Après des décennies d’électoralisme, dunion de la gauche, après de multiples participations ministérielles, cette conscience a quasiment disparu et doit être presque entièrement réintroduite.

 

Cette brochure n’est pas une histoire du PCF. Elle relate et étudie le combat des hommes et des femmes qui ont tenté de bâtir un parti réellement communiste, c’est-à-dire révolutionnaire et internationaliste, en France, entre les années 1914 et 1927. Autrement dit, les années situées entre le choc provoqué par le ralliement des chefs socialistes à la guerre impérialiste, les espoirs et l’enthousiasme provoqués par la vague révolutionnaire partie de Russie en 1917, et la mise à l’écart par la bureaucratie stalinienne de tous les dirigeants restés communistes.

Ces militants ont tenté de construire un tel parti au moment même où son existence était vitale pour permettre aux puissantes luttes que menaient les travailleurs d’aller jusqu'à la révolution. Certains étaient des membres de la SFIO restés internationalistes et rejetant l’Union sacrée. D’autres étaient des militants issus du courant syndicaliste révolutionnaire de la CGT, d’autres encore des jeunes, ouvriers ou intellectuels, arrivés aux idées révolutionnaires par la révolte engendrée par la guerre. Ces militants, plus ou moins expérimentés, recherchant et comprenant plus ou moins les conseils et le soutien des dirigeants bolcheviks, se sont heurtés à une multitude de problèmes politiques et organisationnels. Ils ont finalement échoué.

Après avoir écarté les chefs opportunistes de la SFIO restés longtemps dans le nouveau parti, ils ont dû faire face à l’émergence de la bureaucratie à l’intérieur de l’Union soviétique. Cette bureaucratie, incarnée et dirigée par Staline, a pris le contrôle de l’Internationale communiste et des partis qui la composaient. Dix ans après le congrès de Tours, le parti communiste était bien un parti ouvrier, formé de militants courageux et dévoués, mais il n’était pas devenu le parti révolutionnaire qui manquait au prolétariat. Sa direction avait été sélectionnée pour obéir sans broncher aux virages politiques de Staline, justifiés non par les changements dans la situation internationale et les intérêts des travailleurs, mais par la préservation de la bureaucratie.

La plupart des fondateurs du PC, Fernand Loriot, Alfred Rosmer, Boris Souvarine, Pierre Monatte, Marthe Bigot, Amédée Dunois, Lucie Colliard, pour ne citer qu’eux, ont été effacés de la mémoire de ce parti. Beaucoup sont restés des militants révolutionnaires, communistes oppositionnels à l’extérieur du PC. Certains, comme Rosmer, ont contribué à construire en France à partir de 1929, une organisation militant sur la base des positions de Trotsky.

(Demain : Avant le congrès de Tours: des années décisives, La guerre accélératrice et révélatrice)

lundi 22 février 2021

Éditorial des bulletins Lutte ouvrière d’entreprise du lundi 22 février 2021

 Troupes françaises, hors du Sahel et hors d'Afrique !

22/02/21

Le dispositif Barkhane qui compte quelque 5 100 hommes au Sahel est donc maintenu. Macron s’est félicité de « plusieurs victoires militaires » et de l’implication de plus en plus importante des troupes maliennes et tchadiennes. Emporté dans son élan, il a affirmé avoir « sauvé le Sahel », il suffirait donc de terminer le travail. Quel mensonge !  

C’est un mensonge que l’on nous sert depuis le déploiement des troupes au Mali en 2013. À l’époque, Hollande était président et Le Drian, actuel ministre des Affaires étrangères de Macron, était ministre de la Défense. Tous deux avaient présenté l’intervention comme une opération coup de poing. Quelques mois après son déclenchement, Hollande s’était vanté, à Bamako, au Mali, d’avoir « gagné cette guerre ». C’était il y a huit ans !

Huit ans que les soldats français « traquent les djihadistes dans leur dernier retranchement ». Mais plus ils « décapitent les organisations terroristes », comme aiment si bien le dire nos dirigeants, plus les têtes repoussent !

Quasiment pas un jour ne se passe sans qu'une attaque se produise au Mali, au Burkina Faso ou au Niger. L’insécurité et l’obscurantisme sont les grands vainqueurs de la déstabilisation engendrée par la guerre : deux millions de déplacés ; des villageois pris en tenaille entre les différentes factions qui cherchent à faire la loi et à piller leurs maigres ressources ; des jeunes sans perspectives et embrigadés, qui dans des réseaux de trafiquants, qui dans des milices communautaires ou djihadistes…

À cela, s’ajoutent le racket et les agressions des soldats maliens ou burkinabés censés protéger la population, et les exactions des troupes françaises. Celles-ci sont accusées d’avoir bombardé des civils rassemblés pour un mariage et tué 19 personnes, le 3 janvier dernier, près du village de Bounti, au centre du Mali. Combien cela fera-t-il de nouvelles recrues pour les djihadistes ?

L’armée américaine a son bourbier en Afghanistan, l’armée française a le sien au Sahel !

Pour répondre aux critiques sur la possibilité de gagner la guerre et pour amadouer les populations locales qui voient de plus en plus les troupes françaises comme des forces d’occupation, le gouvernement met en avant l’aide humanitaire. Le Drian a annoncé un renforcement de sa politique d’aide au développement, et Macron veut vacciner l’Afrique. Il est incapable de vacciner ici et c’est la Chine qui livre des vaccins en Afrique, mais Macron fait semblant de s’en occuper !

La France a toujours accompagné ses interventions militaires d’une prétendue politique de développement. Même la colonisation, faite de pillages, de travaux forcés et de mise en esclavage des populations, était présentée comme une mission civilisatrice ! Depuis la décolonisation, la France est intervenue des dizaines de fois en Afrique. Nulle part, elle n’a enrayé le sous-développement et instauré la démocratie et la sécurité. Du moment que la clique choisie par l’Élysée est au pouvoir et que les affaires de la bourgeoisie française prospèrent, l'État français s’accommode des pires dictatures.

Que la France se pose, encore aujourd'hui, en sauveur de l’Afrique est d'autant plus révoltant qu'elle contribue encore au pillage du continent. Si une partie de sa population est forcée de s’exiler, Total, qui pompe le pétrole du Congo et du Gabon, ou Bolloré, qui domine ses principaux ports et réseaux de transport, y vivent très bien. Et que deviendrait la prétendue indépendance énergétique de la France sans la possibilité donnée à Orano, ex-Areva, d'extraire l'uranium du Niger ?

L’époque du colonialisme est passée, mais l'Afrique continue à être vidée de son sang et de ses richesses. C’est cette réalité qui fait le lit du djihadisme, et que défendent les troupes françaises de Barkhane et celles basées en Côte d'Ivoire, au Tchad ou à Djibouti.

Aujourd'hui, l’opposition multiplie ses critiques vis-à-vis de cette opération, et certains, dont le PCF et la France insoumise, demandent une discussion parlementaire pour envisager le retrait des troupes françaises du Sahel. Mais, en 2013, lorsque le Parlement a eu à se prononcer sur l’entrée en guerre, pas une seule voix ne s’y est opposée.

Au déclenchement des guerres - ce fut le cas lors de la Première guerre mondiale et de la guerre d’Algérie -, les partis gouvernementaux s’unissent dans un réflexe d’union sacrée pour défendre ce qu’ils considèrent être « les intérêts de la France ». C’est à cela que les travailleurs peuvent reconnaître les partis dévoués à la bourgeoisie. Le camp des travailleurs est à l’opposé : contre la bourgeoisie impérialiste, avec les peuples pillés, affamés et dressés les uns contre les autres !

Perseverance : la leçon de Mars à la Terre

 

La science progresse, il nous reste à nous débarrasser du capitalisme avec persévérance

 


Perseverance, l’engin spatial que les américains de la NASA ont envoyé sur Mars, s’est posé sans encombre sur cette planète. Cette prouesse technique illustre ce que la société humaine est capable de faire de mieux, en associant et en coordonnant le travail de milliers de personnes à travers la planète.

         Mise en œuvre dans la santé, l'éducation, les transports, l'alimentation, en fait dans tous les secteurs de l'économie, une telle organisation, fondée sur la coopération et la planification, serait une énorme source de progrès. Mais pour y parvenir, il faudra d’abord que les travailleurs se débarrassent de cette organisation sociale et économique fondée sur la concurrence et l’appropriation privée des profits. En un mot, qu’on se débarrasse du système capitaliste.

 

Achetez Lutte ouvrière (1,2 euro).

         Lors de nos permanences :

-mercredi 24 février, de 11h. à 11 h.20 au marché des Champioux ;

-jeudi 25 février, centre commercial de la cité Joliot-Curie de 11 heures à midi ;

         Chez les marchands de presse :

                   -au Val d’Argenteuil-nord, bureau de tabac de la « dalle » ;

                   -librairie « Le presse papier », avenue Gabriel Péri.

 

Avec la nouvelle interface de Blogspot, malgré mes paramètres, mes 5 articles du jour apparaissent sur deux pages voire sur trois pages. Pour lire les 5 articles, cliquez en bas de la première page sur « articles plus anciens). DM

Livres : "Le train des enfants", de Viola Ardone, dans une excellente traduction de Laura Brignon, Albin Michel, voilà une très bonne lecture en ces temps difficiles

 

Humour, verve, chaleur humaine, solidarité, fraternité, réflexion…

 


Naples 1946. La capitale du sud de l’Italie demeure aujourd’hui encore une ville de la pauvreté, à l’image de ce Sud toujours largement vilipendé par les « élites » du Nord de l'Italie. Alors 1946, au sortir d’une guerre très douloureuse dans cette région des combats, après le débarquement américain de juillet 1943...

         La grande force politique de l’Italie libérée du fascisme est alors le Parti Communiste Italien. Le thème du roman est une initiative de ce dernier : faire profiter pendant plusieurs mois, des enfants du Naples des déshérités, d’un moment de vie plus facile, en les envoyant dans des familles de « camarades » d’un Nord plus riche et moins touché par la guerre. C’est « Le train des enfants ».

         Quand on a huit ans, et que ce Nord ne représente rien, difficile de quitter sa famille, même lorsqu’elle est en difficulté, mais à l’intérieur de laquelle, au moins, les points de repère sont fixés.

         Finalement, ces enfants seront à jamais marqués par cette initiative. Vivant une expérience totalement nouvelle, ils s’en trouveront transformés. De nouveaux chemins s’ouvriront à eux…

         De notre point de vue de militant communiste révolutionnaire, ce roman apporte aussi un éclairage sur ce que fut le mouvement communiste stalinien, que ce soit en Italie ou en France. Nous ne reviendrons pas ici sur les choix politiques qui ont conduit à la disparition, pour l’un des deux partis communistes, et à l’affaiblissement considérable pour l’autre. Mais ces partis du mouvement ouvrier portaient aussi des fraternités et des solidarités exceptionnelles. Les personnages liés au PCI qui apparaissent dans le roman en témoignent.

         Un roman vu du regard d’un enfant, avec beaucoup d’humour et de verve. Un roman chaleureux. Un roman donc, certes propice à la réflexion, mais avant tout d’espoir. Un excellent moment de lecture pour ces temps difficiles. DM (Un peu cher, 19,90 euros. Mais on peut se le prêter, ce que j’ai déjà fait)