EDF :
contre le plan Hercule, il faudra montrer les muscles
22 Décembre 2020
Jeudi 17 décembre avait lieu la
troisième grève contre le projet Hercule, à l’appel des organisations syndicales,
la plus importante étant la CGT.
Elle a été suivie, selon les
chiffres de la direction, par environ un tiers du personnel, à peu près comme
les grèves précédentes. Il faut savoir que, si à chaque fois les appels sont
pour 24 heures, en fait la plupart des grévistes « posent le sac »
pendant deux heures ou quatre heures. C’est surtout dans les secteurs nucléaire
et hydraulique que la grève a été le plus suivie.
Ce projet, baptisé pompeusement
du nom d’un demi-dieu grec, consiste à découper EDF en trois morceaux. D’abord
le nucléaire (EDF bleu), ensuite l’hydraulique (azur), restent en principe dans
le domaine public. Et en troisième lieu (vert) on trouverait la distribution
d’électricité avec Enedis (38 000 salariés), à laquelle s’ajouteraient la branche
commerce (aujourd’hui EDF), des fonctions centrales (informatique, etc.), des
filiales comme Dalkia et par-dessus le marché le secteur du renouvelable,
c’est-à-dire essentiellement les éoliennes et les panneaux solaires. Toute
cette troisième partie serait cotée en bourse avec ouverture du capital.
Il est évident qu’avec ce
charcutage le secteur privé va pénétrer largement dans une partie d’EDF.
Actuellement EDF appartient à l’État pour près de 84 %. Mais RTE (Réseau
de transport d’électricité) appartient pour 49,9 % à la Caisse des dépôts
et le secteur privé est très présent dans le secteur de l’éolien et du solaire,
qui est très largement subventionné par l’État et, sans qu’ils le veuillent,
par les clients d’EDF.
Si le secteur privé pénètre ainsi
EDF en fonction du plan Hercule, c’est bien sûr en comptant y faire des
profits. Cela se fera aux dépends des travailleurs tout en étant préjudiciable
aux clients, en particulier dans la distribution, la branche commerce, etc.
Et puis pourquoi avoir séparé le
secteur de l’hydroélectricité du nucléaire, si tous les deux doivent rester
publics ? Évidemment chacun songe qu’il risque un jour ou l’autre d’être
privatisé.
Pour le moment, ce projet, que
tout le monde connaît, n’est pas encore annoncé officiellement. C’est qu’il y
a, parallèlement, une négociation à Bruxelles, entre représentants de la
Commission européenne d’un côté et l’État et EDF de l’autre, qui serait sur le
point d’aboutir.
Depuis quelques années déjà, EDF
est obligée de vendre le quart de son électricité nucléaire à ses concurrents
au nom de la libre concurrence ! On arrive à cette absurdité qu’EDF est
obligée de vendre à bas prix une partie de sa production à ses adversaires qui
peuvent ensuite revendre sur le marché ce qu’ils n’ont pas produit et faire du
profit.
EDF, de mauvais gré, doit ainsi
vendre son courant, et voudrait que ce soit le plus cher possible tandis que
ses concurrents voudraient se le procurer au meilleur marché. On en est là et
ces tractations retardent la présentation du plan Hercule.
Cette affaire-là ne dit rien de
bon, ni pour les salariés ni pour les clients. Cela dit, les mauvais coups de
la direction – et de l’État - avaient commencé bien avant le projet
Hercule : aggravation des conditions de travail, diminution de personnel,
limitation des salaires. EDF et le secteur privé avec Hercule, c’est mauvais,
mais le secteur public, sans un rapport de force imposé par les travailleurs
cela ne vaut guère mieux ! Les travailleurs et même les clients auront à
se défendre de toutes façons.
Correspondant LO (Lutte ouvrière
n°2734)