Un
article à lire attentivement, en prévision de l’article promis à LS sur la
montée de la violence à Argenteuil. DM
Plan
antidrogue : Darmanin abuse du baratin
22 Décembre 2020
Prétendant faire de la lutte
contre le trafic de drogue sa priorité, le ministre de l’Intérieur Darmanin a
rendu public, dimanche 20 décembre, le recensement des lieux de vente de
drogues dans le pays et promis de les « nettoyer ».
Après la mesure, prise en
septembre dernier, d’une amende forfaitaire de 200 euros contre les
consommateurs, Darmanin annonce maintenant que l’identification des points de
deal de drogue s’accompagnera de la mise en place d’une plateforme accessible
aux citoyens afin de les « responsabiliser et de les rendre actifs dans
la lutte contre le trafic ».
Les riverains des lieux de vente
sont les premières victimes des violences et des incivilités qui accompagnent
le trafic et qui empoisonnent la vie dans ces quartiers populaires. Ils n’ont
d’ailleurs pas attendu Darmanin pour réagir. En Seine-Saint-Denis, l’un des
départements les plus pauvres de l’Hexagone, qui compte aussi le plus grand
nombre de lieux de trafics selon la cartographie rendue publique par Darmanin,
des actions avaient été organisées dans plusieurs villes, comme Saint-Ouen,
Sevran ou Saint-Denis. Chaînes humaines organisées par les mères de famille,
rondes et veillées pour occuper les cages d’escaliers, les squares et les
abords des écoles de leurs quartiers, afin d’en chasser les dealers : les
habitants se font entendre régulièrement. Ils dénoncent d’ailleurs parfois non
seulement la présence des dealers, mais aussi l’inefficacité, voire le mépris
et la brutalité des autorités et de la police.
Malgré toutes ses postures de
cowboy, Darmanin fait en réalité beaucoup de bruit pour pas grand-chose. À
propos de l’amende forfaitaire contre les consommateurs, une ancienne
policière, aujourd’hui présidente du Collectif police contre la prohibition
explique : « Mettre des amendes aux consommateurs ne sert pas à
lutter contre les trafics mais à pénaliser l’usage. Cela prend un temps fou à
la police. Pourquoi le fait-on ? Parce que c’est un délit aussitôt
constaté, aussitôt résolu, une mine d’or pour faire grimper les chiffres
“d’affaires résolues” au ministère. »
Sans même parler de l’efficacité
réelle de la plate-forme de Darmanin, sa politique fait l’impasse sur le
problème de fond qui engendre la montée de la violence et de tous les trafics
dans la société. L’augmentation du chômage, de la précarité et de la pauvreté,
l’absence de perspectives, sont autant de réalités qui pèsent sur la vie
sociale dans les quartiers populaires. Ces conditions-là sont le fruit de la
politique du gouvernement de Darmanin et consorts, au service des grands
capitalistes. La vie des travailleurs et de leurs familles dans les quartiers
populaires est le cadet de leurs soucis.
Nadia CANTALE (Lutte ouvrière
n°2734)