Vaccins :
le scandale du secret commercial
22 Décembre 2020
Boulette ou pas, il n’empêche
qu’en révélant le prix auquel les États européens ont négocié le vaccin
anti-Covid avec les différents laboratoires, la secrétaire d’État belge chargée
du budget a commis l’irréparable pour ses pairs : elle a osé transgresser le
sacro-saint secret commercial.
Tout est parti de députés de
l’opposition lui reprochant le manque de moyens engagés par l’État belge pour
l’achat de vaccins. En réponse, la ministre a publié dans un tweet un tableau
des six vaccins commandés pour la Belgique, assortis chacun du prix d’achat
négocié par la Commission européenne : AstraZeneca : 1,78 euro,
Johnson & Johnson : 8,50 dollars, Sanofi/GlaxoSmithKline : 7,56
euros, Pfizer/BioNTech : 12 euros, Curevac : 10 euros, Moderna :
18 dollars.
Ce Tweet intempestif a rapidement
disparu des écrans, ne laissant plus apparaître que l’information : « Voilà
les faits : 33,5 millions de vaccins seront achetés cette année pour 279
millions d’euros. » Car si dans la population, n’importe quel acheteur
trouve normal et légitime l’affichage des prix de ce qu’il achète ou de ce
qu’il vend, il n’en va pas de même pour les dirigeants des groupes
pharmaceutiques, ni pour les gouvernements et la petite minorité qui dirige la
société à son seul avantage.
« Tout ce qui concerne des
informations comme le prix des vaccins est couvert par la confidentialité,
c’est une obligation très importante », a déclaré un porte-parole
de la Commission européenne, avant qu’un autre ajoute : « C’est
une exigence contractuelle. » Et le groupe Pfizer a rappelé que les
prix sont « couverts par une clause de confidentialité prévue dans le
contrat avec la Commission ». Le tableau aurait dû rester aussi
confidentiel que les contrats des mafias.
Depuis le début de l’épidémie,
l’histoire du vaccin est dominée par ce qui organise toute la société : la
recherche du profit. Avant même d’avoir eu le temps de vérifier l’efficacité et
l’innocuité de leur produit, des laboratoires ont commencé à le produire
industriellement et ont conclu avec les États les plus riches des contrats de
précommandes de millions de doses. On ne connaît rien des termes de ces
contrats. Le tweet de la ministre belge, en levant un petit coin du voile, n’a
laissé entrapercevoir qu’un tout petit bout du résultat des négociations
commerciales.
On découvre des prix différents
de ce qu’on avait entendu précédemment, des prix qui s’étagent sur une échelle
de 1 à 8, entre le moins cher et plus onéreux, bien sûr sans la moindre
explication sur la façon dont ces prix ont été fixés.
C’est particulièrement choquant
dans le cadre d’une pandémie et de la part d’entreprises impliquées dans la
lutte pour la combattre, mais c’est la règle pour toute l’économie. Tout y est
opaque, tout se négocie dans le plus grand secret entre les grands groupes
industriels et les États.
Ces grands groupes imposent leurs
règles sans avoir à rendre de comptes et en interdisant à quiconque de le
faire.
Ça ne changera que s’ils sont
expropriés et placés sous le contrôle des travailleurs et de la population.
Sophie GARGAN (Lutte ouvrière
n°2734)
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