Retraités
: la bourse ou la vie
16 Décembre 2020
Comment continuer à vivre chez
soi en sécurité et confortablement lorsqu’on touche une petite retraite avec
des dépenses médicales qui augmentent avec l’âge et une perte progressive
d’autonomie ? C’est cette question insoluble qui est au cœur d’une étude
publiée récemment.
Cette étude, réalisée par Silver
Alliance, qui regroupe des entreprises visant le marché des personnes âgées,
calcule le budget incompressible des seniors. En moyenne, chaque mois, les
dépenses de santé et de mutuelle, d’aménagement du domicile en fonction de la
perte d’autonomie, d’aide à domicile, de portage de repas, d’abonnement
téléphonique, de transport, seraient de 584 euros pour les jeunes retraités de
64 à 74 ans, puis de 740 euros pour la tranche d’âge de 75 à 84 ans, et
monteraient à 1 836 euros pour les plus de 85 ans. Cela n’inclut pas les
dépenses de loyer, les impôts, la nourriture ou les loisirs.
Ces dépenses sont à assurer avec
une retraite, tous régimes confondus, qui se monte en moyenne à 1 382
euros net par mois. Il manque donc 454 euros chaque mois à un retraité moyen de
plus de 85 ans, s’il souhaite rester chez lui !
Lorsqu’ils sont contraints de
quitter leur domicile pour une maison de retraite ou un Ehpad, les seniors ne
sont pas mieux lotis. En moyenne, la maison de retraite coûte de 1 500
euros par mois en milieu rural à 2 900 euros en ville, et l’Ehpad de
2 000 à 5 000 euros.
Ces sommes sont bien au-dessus de
la retraite moyenne et hors de portée des retraités pauvres. Or les femmes
retraitées touchent en moyenne une pension inférieure de 40 % à celle des
hommes.
Il est encore moins possible de
vivre décemment pour le demi-million de bénéficiaires de l’allocation de
solidarité aux personnes âgées (ASPA), qui remplace le minimum-vieillesse et se
monte à 903 euros par mois. Même si Macron tenait sa promesse de la retraite
minimum à 1 000 euros, on serait encore loin du compte.
En réalité, le montant des
pensions a tendance à baisser sous l’effet des réformes successives qui toutes
repoussent l’âge de départ en retraite. Le patronat n’embauche presque plus
aucun travailleur de plus de 50 ans ; les carrières sont de plus en plus
hachées par des périodes de chômage où l’on cotise moins, ou plus du tout quand
on tombe au RSA, dont le nombre d’allocataires a beaucoup augmenté récemment.
Partir à la retraite sans avoir validé tous ses trimestres est de plus en plus
fréquent et il en découle des décotes et des pensions amputées. La dernière en
date des réformes des retraites, que Macron n’a pas abandonné l’idée de faire
adopter sous son quinquennat, ne pourrait qu’aggraver les choses.
Une société qui permet aux
milliardaires d’accumuler des fortunes, pendant qu’elle ne permet pas à tous
les vieux travailleurs de vivre dignement, est à changer de fond en comble.
Lucien
DÉTROIT (Lutte ouvrière n°2733)
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