L’Oppositions de Gauche, un exemple pour
les révolutionnaires d’aujourd’hui
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| Trotsky à Mexico |
Alors que la classe ouvrière,
épuisée par la guerre civile et les privations, démoralisée par l’échec de la
révolution dans les autres pays et par l’isolement de l’URSS qui en résultait,
avait renoncé en pratique à exercer son pouvoir, Trotsky, avec Lénine le
principal dirigeant de la Révolution d’Octobre, organisa fin 1923 une
opposition à l’intérieur du Parti communiste, l’opposition de Gauche.
Restés
seuls en lice, les membres de l’appareil d’État aspiraient à profiter en paix
des privilèges associés à leur position. Voyant une menace dans l’Opposition
trotskyste qui en appelait à la classe ouvrière, les bureaucrates se
reconnurent dans son ennemi, Staline : la
fraction stalinienne se trouvant à la tête du parti qui allait alors autant défendre ces parvenus qu’elle allait s’appuyer
sur eux. Et puis, aux critiques trotskystes, Staline pouvait opposer un
argument massue : il tenait l’appareil du parti, de l’État, donc la police. Il put ainsi
d’autant mieux isoler les oppositionnels, puis
les exclure du parti et expédier en déportation les irréductibles.
Les
trotskystes, eux, dénonçaient la politique de la direction du parti et de
l’État et leur renoncement à la
perspective de la révolution
mondiale pour le « socialisme dans un seul pays », habillage de la défense des intérêts de la bureaucratie.
Sur
tous les points où les trotskystes sonnaient l’alarme, et dénonçaient la
politique des staliniens et de leurs alliés, les événements allaient confirmer
la justesse de leur programme et de leurs critiques, sur le plan interne à l’Union
soviétique comme sur le plan international.
Sur
le plan intérieur, Staline après avoir favorisé l’enrichissement des paysans
aisés changea son fusil d’épaule et lança la collectivisation à marche forcée
qui entraîna une gigantesque catastrophe. De la même façon, après avoir mené une
politique d’industrialisation à « pas de tortue », il se lança dans
une industrialisation à tout crin qui mena là également à un gigantesque
gâchis.
Sur
le plan international, pour ne prendre que l’épisode le plus marquant de la fin
des années 1920, par crainte d’une nouvelle victoire ailleurs de la révolution,
en Chine, en 1925-1927, les travailleurs et communistes furent livrés à leurs
bourreaux par la politique que le Kremlin avait imposée au jeune PC chinois : son
alignement derrière une
bourgeoisie prétendue progressiste.
Après
1923, les militants de l’Opposition de
gauche conservèrent dans les années qui suivirent de l’influence au sein du
Parti communiste et dans les usines. Mais en 1929, Trotsky fut exilé
vers une île turque. Pour lui, les années qui suivirent furent celles d’une planète
sans visa jusqu’à son assassinat à Mexico en août 1940 où il fut assassiné par
les tueurs de Staline.
Quant
à la génération de ses partisans restée en URSS, Staline l’anéantit
humainement. Allaient être
liquidés par lui les militants qui avaient mené trois révolutions,
renversé le pouvoir de la bourgeoisie, instauré celui de la classe ouvrière en Russie,
commencé à y édifier une société socialiste et créé un parti mondial de la
révolution, l’Internationale communiste.
En
Union soviétique, des militants de l’Opposition de gauche, continuèrent dans
les prisons et les camps de défendre jusqu’au bout leur programme. Comme le dit
un auteur : « Fermement organisés, […] politiquement bien formés, ils
constituaient la véritable élite de cette énorme fraction de la nation qui
avait été rejetée derrière les barbelés. »
Là où ils étaient dans les camps, ils
continuèrent à discuter et à analyser les évènements qu’ils pouvaient
connaître, en abordant tous les problèmes en se situant du point de vue
des intérêts de la classe ouvrière considérée à l’échelle mondiale. Ils l’ont
fait aussi pour les générations à venir.
Lutte
ouvrière se revendique du combat de Léon Trotsky et des milliers de trotskystes
en URSS dont la disparition fut une immense perte pour la révolution avec leur
expérience irremplaçable. Après l’assassinat de ses camarades en URSS, Trotsky
resta, pour quelques années encore, seul à incarner ce capital car, malgré leur
courage, ceux qui se tournaient vers le trotskysme en Occident à ce moment-là
n’avaient ni la compétence, ni la conviction, ni les expériences des
bolcheviks.
Lire
l’article du n°200 de juin 2019 de notre revue Lutte de classe : « «
Les morts se sont mis à parler. » L’actualité du combat des trotskystes
soviétiques »