dimanche 7 octobre 2018

Brésil : élections présidentielles, les femmes se mobilisent. Un article de notre hebdomadaire de cette semaine



Brésil : les femmes contre Bolsonaro

Sous le mot d’ordre « Pas lui », samedi 29 septembre au Brésil, des centaines de milliers de manifestantes et de manifestants ont dit leur rejet du candidat réactionnaire Bolsonaro. Une centaine de villes ont été touchées par le mouvement et le hashtag #Ele naõ (Pas lui) a été repris par plus d’un million d’internautes.

Avec 28 % d’intentions de vote, Bolsonaro est en tête dans la présidentielle, mais ce n’est pas dû aux femmes. Bien sûr, certaines voteront pour celui qui se présente comme le champion de la famille, de la patrie et de la religion. Mais il n’y a eu qu’une manifestation pour le soutenir, à Rio, et elle n’a réuni que quelques centaines de femmes.

Car ce capitaine à la retraite, qui hait les Noirs et les homosexuels, n’imagine les femmes que soumises et au foyer. Quand elles travaillent, il est pour lui normal qu’elles gagnent 25 % de moins que les hommes. Il voudrait d’ailleurs réduire le congé maternité. Il est évidemment contre tout droit à l’IVG. Et chaque fois qu’à l’Assemblée il a été question d’une femme, ses déclarations ont été odieuses. Ainsi, lors d’une polémique, il a injurié une députée en lui disant qu’elle était « trop moche » pour mériter d’être violée ! Lors de la destitution de Dilma Rousseff, torturée sous la dictature militaire, il a voté pour, « en mémoire du colonel Ustra », tortionnaire et organisateur de la répression.


Bolsonaro affiche sa nostalgie de la dictature, admire la « révolution » du 1er avril 1964 qui l’a mise en place. La solution au problème de la violence (67 000 assassinats en 2017) pour lui, c’est que chacun soit armé. Il veut décorer tout policier qui aura mis « vingt balles dans la peau d’un délinquant ». Quant à la « gauchaille », il déclare à la télé qu’il faut la fusiller, et il s’empare d’un pied de caméra pour mimer le mitraillage. S’agissant de la classe ouvrière, il faut simplement supprimer ses droits, car « plus de droits c’est moins d’emplois ».


On ne peut que se réjouir de ce rejet de Bolsonaro par de très nombreuses femmes, dans un pays qui interdit l’avortement et où chaque année 6 500 femmes sont tuées par leur conjoint. La façon dont ce réflexe peut être instrumentalisé est moins réjouissante, car le « Pas lui » constitue une sorte de front qui va rassembler des conservateurs bon teint à des trotskystes, en passant par toutes les nuances de la gauche et de la droite institutionnelles. Tous les candidats se retrouvent dans ce front, même si cela semble surtout profiter au candidat du Parti des travailleurs, Haddad, qui succède à Lula emprisonné et qui est second dans les sondages.


Bolsonaro, avec sa démagogie réactionnaire est un ennemi déclaré des femmes et des travailleurs. Mais, malgré leurs discours plus civilisés, ses concurrents ne régleront ni la pauvreté, ni la violence, ni la corruption, ni la crise économique et politique, incapables qu’ils sont de s’en prendre aux intérêts des possédants, alors que la crise précipite le pays dans l’abîme.




                                         Vincent GELAS (Lutte ouvrière n°2618)

                                                                                                 Photo Le Monde

Aznavour, Johnny Halliday, Zidane, Marie Curie, des « gloires » venues de la terre entière


Les immigrés et la « gloire nationale »


Après la coupe du monde de football 1998

Une cérémonie nationale a donc eu lieu en hommage à Charles Aznavour, «un des visages de la France » et une « gloire nationale », selon les mots de Macron.
         En effet, heureusement qu'il y a des enfants d'immigrés arméniens comme Aznavour, de migrants belges comme Johnny Hallyday pour assurer la gloire de la musique française ; des enfants d'immigrés guinéens comme Pogba ou camerounais comme Mbappé, pour gagner la coupe du monde de football. En son temps, la première femme, française, prix Nobel de physique, Marie Curie, était venue de Pologne.
Aujourd'hui, Macron ferme les frontières et rejette les migrants. Cynique sans limite, cela ne l'a pas empêché de vanter « la France qui accueille » !

Mélenchon et les migrants : un refus de signer le manifeste pour l’accueil des migrants très révélateur


Accueil des migrants : les ambiguïtés de Mélenchon


À l’initiative des rédactions de Médiapart, Politis et Regards, un manifeste pour l’accueil des migrants circule sur Internet et a déjà été signé par de nombreuses personnes, dont des personnalités du monde du spectacle, des écrivains, des militants politiques, dont nos camarades Arlette Laguiller et Nathalie Arthaud.
Le manifeste dénonce la montée de l’extrême droite en Europe et la généralisation des discours politiques faisant des migrants les responsables de tous les méfaits engendrés par la crise du capitalisme. Les auteurs du texte s’opposent à la fermeture de plus en plus hermétique des frontières, à une politique toujours plus répressive à l’encontre des migrants. Ils revendiquent à juste titre la liberté de circulation et l’égalité d’accès aux droits sociaux dans les pays d’arrivée.
La signature du manifeste par d’anciens ministres ou des responsables de partis ayant soutenu des gouvernements dont la politique a conduit à la situation actuelle n’est bien sûr pas dénuée d’arrière-pensées. Certains, à la veille de nouvelles échéances électorales, cherchent à se refaire une virginité humaniste avec les migrants, dont ils justifiaient parfois les expulsions hier. Mais le refus de signer le manifeste par Mélenchon montre aussi toute l’ambiguïté volontaire que le leader de la France insoumise entretient sur la question.
En réponse à des journalistes de France 3 qui lui demandaient dimanche 30 septembre de s’expliquer sur son refus d’apporter sa signature au texte, il a prétendu y trouver « un petit côté mondain ». Comme si l’accueil dans des conditions décentes de tous ceux qui fuient la misère et la guerre après avoir franchi la Méditerranée en risquant leur vie était une revendication étrangère au monde du travail.
Mélenchon préfère une nouvelle fois ne pas heurter les sentiments xénophobes d’une partie de l’électorat, pour ratisser large à la veille des élections européennes. Loin d’être un tournant, cette attitude est dans la continuité de ses positions passées. En juillet 2016, il avait accusé les travailleurs détachés de « voler le pain des travailleurs qui se trouvent sur place ». Bien sûr, Mélenchon est un politicien suffisamment retors pour savoir dire tout et son contraire en fonction du public auquel il s’adresse, parlant à l’occasion de régulariser une partie des sans-papiers ou d’accueillir les quelques rescapés sauvés par l’Aquarius.
Mais cela ne l’empêche pas, au travers de petites phrases, de reprendre à sa façon les préjugés distillés par toute la classe politique à l’encontre des migrants. Lors de sa rentrée politique à Marseille début septembre, il a ainsi réitéré son opposition à leur liberté d’installation, parlant « des nombreux problèmes que poseraient aux sociétés d’accueil (…) les vagues migratoires ».
Un responsable influent se présentant comme un défenseur des classes populaires se montre ainsi complaisant à l’égard d’idées xénophobes, qui désignent les migrants comme responsables de l’aggravation du chômage, due au patronat, et de la réduction des aides sociales, décidée par ­Macron et son gouvernement. Cela augure bien mal de la politique qu’il pourrait mener si jamais il accédait au pouvoir.
Les travailleurs, d’où qu’ils viennent, ont les mêmes intérêts. Leur force dans les luttes de demain dépendra aussi de leur capacité à rejeter tout ce qui contribue à les diviser, selon les lieux où ils sont nés et où ils ont vécu ou se sont retrouvés contraints à s’installer pour vivre. En son temps Marx disait déjà en substance qu’un travailleur est partout chez lui. Alors, vive la liberté de circulation et d’installation pour tous !

                                                          Gilles BOTI (Lutte ouvrière n°2618)


Handicap : dans le Val d’Oise, l’inclusion des élèves en situation de handicap, un progrès à condition que les moyens nécessaires suivent


Inclusion, mille fois, mais avec les moyens !

 
L'inclusion, mais avec les moyens ! (photo Franceinfo.fr)

Dans le principe, l’inclusion à l’école des enfants en situation de handicap ou connaissant des difficultés importantes particulières est une très bonne chose… à condition que les moyens soient réunis pour que cela ne se fasse ni au préjudice des enfants concernés ni à celui des adultes qui les accompagnent, enseignants et auxiliaires de vie scolaire (AVS)… quand elles ont été embauchées !
         En revanche, cela devient ingérable et bénéfique pour personne lorsque les classes sont surchargées et alors que les niveaux scolaires sont de plus en plus hétérogènes. De nombreux enseignants font part de situations ingérables, inacceptables, d’une souffrance au travail, et de pratiques institutionnelles de culpabilisation permanente des enseignants comme des familles.
         Quant aux MDPH, les « maisons départementales du handicap » qui chapeautent les besoins des enfants en situation de handicap, elles dépendent des conseils départementaux Non seulement elles n’ont, elles aussi, pas les moyens humains pour répondre à toutes les problématiques du handicap, mais ce n’est pas elles, mais l’Education nationale, qui décident -ou pas- de recruter les AVS nécessaires. Et quand l’AVS, souvent sans formation, sans perspective de « carrière », sous-payée, n’arrive pas, c’est la catastrophe. Et pour les enfants des milieux populaires pour lesquels l’inclusion devrait être un soutien, cette dernière devient alors totalement contre-productive.
         Le nombre d’élèves concernés par l’inclusion scolaire a doublé dans le Val d’Oise en 7 ans. Ce qui est énorme. En revanche, les moyens de formation de tous les adultes concernés et les effectifs de soutien ont connu certes une progression, mais certainement pas à la mesure de cette augmentation de 100% des élèves qui ont bénéficié de cette inclusion.
         Et dans le même temps, en plus, l’Education nationale a réduit considérablement les réseaux d’aide (RASED) affectés aux écoles…

Argenteuil : Gérard NOIRIEL, « Une histoire populaire de la France », à la librairie Le Presse-papier, mardi soir 9 octobre, à 18 heures 30


Ce n’est pas en tant que militant de Lutte ouvrière que je m’entretiendrai avec Gérard Noiriel, mais comme membre de l’association « Sous les couvertures ». Mais c’est bien la moindre des choses que je prévienne les lecteurs du présent blog


Sous les couvertures

Gérard Noiriel à la librairie du Presse-Papier à Argenteuil dans le cadre des activités de l’association Sous les couvertures. A partir de 18 heures 30 mardi 9 octobre 2018. Entretien et dédicace pour son livre :

« Une histoire populaire de la France », de Gérard NOIRIEL





Gérard Noiriel est un des très grands historiens d’aujourd’hui. Il est aussi un militant de l’éducation populaire.     
         Pour résumer, le livre s’interroge sur le rapport entre les dominants et les dominés du début du XVème siècle à aujourd’hui. Alors que s’achève la Guerre de Cent ans, l’Etat royal a développé son système de perception des impôts dans tout le royaume de France. De cette façon, il invente le « peuple ».
         Cette Histoire s’achève à l’époque des « années Macron ». Dans un entretien avec Médiapart, Gérard Noiriel  souligne que « Emmanuel Macron se sert beaucoup de l’histoire comme support idéologique… Mais c’est une conception de l’Histoire qui vise à légitimer complètement le libéralisme et dont le peuple est absent… ». Pour lui, il s’agit donc de rétablir l’existence active du peuple et de ses différentes fractions dont les combats ont fait la société française telle qu’elle est aujourd’hui.
         Tout son livre est l’occasion d’une réflexion très actuelle sur les différentes identités qui l’imprègnent, l’identité nationale, sociale, de classe, de genre, d’origine. Car il s’agit d’aider à y voir clair, alors que le nationalisme a le vent en poupe dans le jeu politique, les médias, et l’idéologie dominante.  
         Toutes ces questions sont abordées dans une histoire de France de plus de six siècles (d’où les 750 pages de l’ouvrage), dans un livre passionnant de réflexions et d’interrogations. Totalement convaincantes ou pas, ces dernières permettent en tout cas, certes à contre-courant, de s’interroger sur les discours dominants et plus qu’inquiétants d’aujourd’hui.
         Le mardi 9 octobre, à 18 heures 30, Gérard Noiriel sera au Presse-papier, 28 avenue Gabriel Périe, dans le centre d’Argenteuil, à 200 mètres de la mairie. C’est un des membres de « Sous les couvertures » Dominique Mariette qui s’entretiendra avec lui lors de cette soirée dédicace.  Amis du livre, de la culture, et de l’éducation populaire, nous vous y attendons.

« Une histoire populaire de la France », de Gérard NOIRIEL, éditions Agone, 750 pages, 28 euros

samedi 6 octobre 2018

Retraités et pouvoir d’achat de sombres perspectives. Un article de notre hebdomadaire


Pouvoir d’achat en baisse 

Le pouvoir d’achat des travailleurs à la retraite, déjà bien faible, va encore diminuer dans les années qui viennent. Une étude de l’OFCE, un organisme d’évaluation des politiques publiques, le confirme chiffres à l’appui.
Cette étude montre à quel point Macron ment en prétendant que la suppression progressive de la taxe d’habitation ou l’augmentation du minimum vieillesse vont compenser la baisse de ressources due à l’augmentation de la CSG ou au quasi-gel des retraites.
D’après l’OFCE, de plus en plus de retraités vont se retrouver lésés dans l’opération et y laisseront une part toujours croissante de leur pension. Déjà en 2018, 62 % des retraités y auront perdu et se retrouveront avec un pouvoir d’achat annuel amputé de 320 euros par rapport à l’année précédente. En 2019, ils seront 73 %, pour une perte de 470 euros en comparaison de 2017. Enfin, en 2020, 79 % des retraités auront perdu 700 euros en moyenne depuis 2017.
Cette baisse notable du pouvoir d’achat des vieux travailleurs résulte de la rafale de mesures prises par Macron. La CSG prélevée directement sur les pensions est passée de 6,6 à 8,3 %. Les retraites de base n’ont pas été revalorisées en 2018, et pour 2019 comme pour 2020 c’est à peine une hausse de 0,3 % qui est programmée, bien en dessous de l’inflation prévue. Il faut y ajouter le gel des retraites complémentaires du privé pour trois ans.
Cette ponction va peser d’autant plus lourdement sur les vieux travailleurs qu’elle vient à la suite d’années de restrictions. La dernière revalorisation des retraites, 0,8 % au 1er octobre 2017, était déjà bien en dessous de l’augmentation du coût la vie. Elle était d’autant plus dérisoire qu’elle faisait suite au gel total des pensions en 2014 et 2016, et à une ridicule augmentation de 0,1 % en 2015.
Lors de leurs dernières manifestations, les retraités étaient particulièrement nombreux à crier leur colère contre le traitement dont ils sont victimes. Le 9 octobre, ils ont toutes les raisons de descendre à nouveau dans la rue aux côtés de tous les travailleurs en activité.

                                                   D.M. (Lutte ouvrière n°2618)





Hausse des pensions et des salaires pour tous !
Echelle mobile des salaires et des pensions pour faire face à l’inflation !



SNCF : Pépy en guerre contre les cheminots


Pépy poursuit sa guerre contre les cheminots



Pendant la grève des cheminots du printemps 2018

Le PDG de la SNCF, a déclaré « vouloir réduire tous les coûts du ferroviaire ». Interrogé par le journal Les échos, il annonce la suppression de 10 à 15% des 140 000 postes de cheminots d’ici 2026 et veut réaliser des « gains de productivité » en augmentant la charge de travail de tous les cheminots, leur imposant mobilité et polyvalence.
En fait, les conditions de travail sont déjà attaquées, en particulier des accords existants sont remis en cause pour obliger les conducteurs de trains à faire des horaires à rallonge et cela,  jusqu’à 6  jours consécutifs.
Pépy et les patrons se croient en position de force après la grève du printemps qui n’a pas réussi à empêcher le vote de la réforme du ferroviaire. Mais la colère s’accumule, les liens tissés pendant la grève demeurent et les cheminots n’ont pas dit leur dernier mot.

SNCF : RER Ligne C : sécurité, très inquiétant, une situation à supprimer, et vite


SNCF RER Ligne C : danger, silence radio

Depuis quelques mois, la radio GSMR (standard européen de télécommunication ferroviaire) équipe les cabines des agents de conduite de la ligne C du RER de la région parisienne.
Lorsqu’un conducteur émet un signal d’alerte avec cette radio, il touche un secteur moins large qu’auparavant, arrête moins de trains et évite un trop gros impact sur le trafic, ce qu’apprécie la direction SNCF.
Mais surtout cette radio, qualifiée de nouvelle génération et que la direction avait vantée comme étant la radio du futur, devient inefficace en divers endroits de la ligne C. Dans ces trous radio, impossible de contacter qui que ce soit, ni même de lancer une alerte en cas de danger. Autant dire que la situation ainsi créée est très préoccupante et que le problème a été signalé à plusieurs reprises par les agents de conduite aux responsables. Les seules réponses obtenues jusqu’à maintenant ont été en substance : « On est au courant, mais on n’y peut rien » ou bien encore « Oui, on sait, le problème est identifié ».
Il y a quelques années, ce n’était certes pas parfait, mais au moins, même en cas de panne de radio, les agents de conduite avaient toujours la possibilité d’utiliser des torches à flamme rouge pour arrêter tout le trafic en cas de danger imminent. Jugeant la radio performante, la SNCF a supprimé les torches sur la ligne C. Aujourd’hui, si la radio est out, il n’y a plus aucun moyen d’intervention, de signalement, de communication avec les autres conducteurs, les aiguilleurs, etc. C’est dire qu’une catastrophe est possible sans que l’agent de conduite ait aucun moyen de la prévenir.
La dégradation des conditions de travail va de pair avec le recul de la sécurité, à cause d’un matériel qui, lorsqu’il n’est pas vétuste et mal entretenu, est très moderne, mais avec des défaillances connues et très lourdes de dangers.

                                            Correspondant LO (Lutte ouvrière n°2618)