samedi 21 juillet 2018

Argenteuil : berges de la Seine, six kilomètres à réaménager globalement


« Reconquête des berges », au moins y réfléchir sérieusement

 


Nous avons eu l’occasion ces jours derniers de marcher lelong du canal de l’Ourcq à Pantin. Un espace industriel qui devait avoir un aspect quelque peu sinistre il y a peu de temps encore a été transformé en un lieu accueillant où se mêlent entreprises et lieux d’habitation. Les employés de la Ville d’Argenteuil qui sont allés en formation dans le centre national de formation des employés municipaux près de l’Eglise de Pantin le connaissent dorénavant.
         Cet espace de quais aujourd’hui en train de finir d’être aménagé a été, c’est une évidence, l’objet d’un aménagement d’ensemble qui lui donne une harmonie qui nous transporte en Angleterre ou dans un pays du nord de l’Europe.
         Oui, un aménagement d’ensemble, pensé « globalement ».
         C’est justement ce qui manque fondamentalement à Argenteuil pour ce qui concerne les six kilomètres des berges de la Seine. Sans parler de la catastrophe de l’espace Jean Vilar engagé par le maire d’Argenteuil dans les pas de son prédécesseur, il n’y a pas de plan d’ensemble les concernant. Ou s’il y en a un, il est caché aux habitants. La municipalité annonce un projet pour la zone industrielle de la gare du centre, un autre pour la zone « Dassault », mais aucune vue d’ensemble, pour un espace qui présente pourtant une unité, celle de ces berges du fleuve à aménager comme un tout.
         Evidemment, réaliser ensuite relève de bien d’autres paramètres qui dépendent pour l’essentiel des initiatives capitalistes. Mais pourquoi commencer à miter l’espace par des projets éparses sans cohérence les uns avec les autres, sans avoir une vision d’ensemble de ce qui serait possible ?
         Pourquoi ce qui a été au moins réfléchi à Patin pour le canal de l’Ourcq ne l’est plus douze kilomètres plus loin à Argenteuil pour les berges de la Seine ?

Lectures d’été : Un court moment révolutionnaire, Julien Chuzeville, Libertalia


Un court moment révolutionnaire

 


L’été n’est pas seulement propice aux lectures de romans. Le temps « libéré » permet bien d’autres lectures. Par exemple, des lectures d’histoire comme celle que je vous propose aujourd’hui, qui porte en l’occurrence sur les premières années de la création du Parti communiste, de ce qui allait devenir le PCF. Ce que l’auteur intitule « un court moment révolutionnaire ».
         Le PC a marqué l’histoire du pays, des années 1920 à la fin du XXème siècle. Son soutien à Mitterrand et à ses successeurs du même tonneau ont réduit une influence, en particulier militante, qui n’est plus aujourd’hui que l’ombre de ce qu’elle fut.
         L’auteur s’intéresse aux origines de ce parti, à sa création, aux dirigeants qui l’animèrent durant les premières années de son existence.
         Le PC fut le produit de toute une histoire, celle du mouvement ouvrier, que l’auteur retrace avec bonheur. Il fut aussi le résultat de l’action des militants qui n’abdiquèrent pas l’internationalisme, fondement du combat révolutionnaire, que trahit la grande majorité des dirigeants du mouvement socialiste et syndical à l’été 1914. Sa création fut bien évidemment portée par la victoire de la révolution soviétique en Russie.
         Ceux qui créèrent ce nouveau parti qui avait l’ambition d’être la section française de l’Internationale communiste eurent à affronter une lourde tâche politique et de construction de leur organisation. Ils n’y réussirent pas. Et cette première génération de dirigeants fut vite remplacée par une autre sélectionnée sur la base de l’allégeance à la politique de Staline.
         Cette histoire de la fondation du PCF n’est guère connue. Pour les militants véritablement communistes d’aujourd’hui ce livre qui l’aborde mérite d’être lu, comme pour ceux du PCF qui continuent à militer, et tous ceux qui veulent comprendre les difficultés actuelles du combat pour changer la société.
 

Un court moment révolutionnaire, Julien Chuzeville, éditions Libertalia

vendredi 20 juillet 2018

Macron, Benalla, la « bienveillance et l’intégrité » façon « gorille »


Quand un « gorille » de Macron se défoule


                                                         Alexandre Benalla

On apprend deux mois et demi après les faits, qu'un collaborateur de Macron, Alexandre Benalla, a tabassé deux manifestants à terre le 1er mai à Paris. Coiffé d'un casque de CRS, il accompagnait un groupe de policiers qui dispersait un rassemblement.
Tout à fait au courant, l'Élysée s'était contenté de le suspendre deux semaines en toute discrétion. Et cela n'a pas empêché ensuite de lui confier l'organisation de la sécurité lors de la célébration de la victoire des footballeurs français au palais présidentiel.
Visiblement ce sbire de Macron n'a pas pris au sérieux le bavardage de son patron sur la « bienveillance et l'intégrité ».

Gouvernement-syndicats : le retour du bla-bla social ? Un article de notre hebdomadaire Lutte ouvrière de cette semaine


Gouvernement-syndicats : le retour du bla-bla social ?
 

Mardi 17 juillet, Macron a reçu les dirigeants patronaux et syndicaux. Officiellement, il s’agissait de leur faire part du calendrier des nouvelles réformes – comprenez : attaques contre les travailleurs – prévues dès le mois de septembre.
Officieusement, il s’agissait de montrer aux responsables des syndicats de salariés que le gouvernement allait un peu plus les associer à ses initiatives.
Depuis son élection, Macron a voulu montrer qu’il pouvait gouverner et faire passer toutes ses attaques contre les travailleurs sans même avoir à amadouer un ou plusieurs représentants syndicaux. Pour imposer la réforme ferroviaire, sa dernière offensive en date contre les cheminots, Macron a même rejeté les mains tendues de certains d’entre eux : comme celle de Laurent Berger de la CFDT, qui ne demandait pourtant au gouvernement que bien peu de choses pour se désolidariser de la grève. Mais, même cela, Macron ne l’a pas cédé, préférant jouer à l’homme fort, celui qui défiait les cheminots, dont la réputation est d’être des travailleurs qui ne se laissent pas faire et capables de se lancer dans des grèves dures et longues.
Or, à la rentrée, le programme de Macron comporte de s’en prendre aux retraites ouvrières, à l’assurance chômage, et aussi un plan pauvreté contenant encore d’autres mesures contre les couches populaires. Cette fois, il pourrait essayer de mettre de son côté une ou deux confédérations syndicales avant d’entamer le bras de fer avec les autres et avec les travailleurs.
Les dirigeants de la CFDT et de FO ne demandent rien d’autre et ils l’ont redit. « Trop souvent vous voulez passer seul et ce n’est pas bon (…) pour la qualité des réformes souhaitées », aurait dit Laurent Berger pendant la rencontre. « La politique du “je marche seul” menée depuis un an par le président sur le social, c’est un zéro pointé », a dit Pascal Pavageau, le nouveau secrétaire général de FO. Ces responsables syndicaux voudraient que Macron les laisse jouer leur rôle d’avocats des travailleurs, même s’il s’agit d’avocats qui ne signent que des reculs. Même Philippe Martinez de la CGT n’envisage pas fondamentalement une attitude différente. Lui aussi a déclaré qu’il attendait de Macron qu’il « change de politique sociale ». Autant croire au père Noël, car cette politique est celle du patronat et ce dernier n’est pas prêt à la moindre concession.
En réalité, la grève à la SNCF, à cause de sa durée, de la détermination dont ont fait preuve les cheminots et de la large sympathie qu’elle a eue dans l’opinion publique ouvrière, amène certainement Macron à en rabattre sur son attitude arrogante et à chercher des appuis du côté des directions syndicales. Mais, que Macron joue à l’homme fort ou à l’homme de dialogue, comme le réclament les dirigeants syndicaux, cela ne changera rien. Aux travailleurs de ne pas se laisser tromper par ce genre de manœuvre cousue de fil blanc.

                                               Pierre ROYAN (Lutte ouvrière n°2607)
                                                                 
"Ce n'est pas à Matignon, ce n'est pas dans les salons, que nous aurons satisfaction"
                                                                                     
                                                                                 





 

Travail du dimanche : loi du prince prime sur décisions de justice


Elles ne sont pas pour les rois du commerce

 


La justice administrative s'était prononcée contre l'ouverture de magasins le dimanche, dans quatre quartiers de Paris et Dijon.
La décision devant être appliquée dès le 19 août, le ministère de l'Économie prépare en urgence des arrêtés ministériels pour passer par-dessus ces décisions de justice.
Les capitalistes de la distribution ont su à quelle porte frapper pour voir leurs intérêts défendus.

Argenteuil, défense de la salle des fêtes Jean Vilar, un refus massif à nouveau mesuré


Un refus massif persistant

 


Durant les mois de septembre et d’octobre derniers, nous étions allés à quelques-uns informer la population devant les écoles de la localité du funeste projet destiné à liquider la salle des fêtes municipale Jean Vilar pour la remplacer par un projet immobilier et commercial fumeux. Nous avions pu à cette occasion mesurer l’attachement de la population au complexe Jean Vilar qui a certes besoin d’être rénové mais dont la liquidation serait une calamité. Les milliers de signature à notre pétition s’opposant au projet que nous avions alors fait signer en faisaient foi.
         Pour ma part, je tenais à retourner vers ces signataires pour leur indiquer où le Comité Jean Vilar en était dans son combat. C’est avec satisfaction qu’en juin nous avons été accueillis par les habitants, heureux qu’on leur donne, huit mois plus tard des nouvelles.
         Nous avons pu mesurer combien, et plus que jamais, le refus du projet initié par le maire précédent et sorti des cartons par son successeur était massif. L’attachement à une salle des fêtes communale gérée par la commune est profond. La municipalité devrait vite commencer à ouvrir les yeux ou les oreilles et à tenir compte de ce sentiment plus que majoritaire, en abandonnant purement et simplement ce projet destructeur. DM

Lecture d’été (10) : la saga de « Une amie prodigieuse », d’Elena Ferrante, Gallimard


Une amie prodigieuse

 





Dans mes lectures de ces dernières années, l’œuvre d’Elena Ferrante arrive en tête. Dans mon échelle d’étoiles, elle atteint les cinq, le maximum.
         L’été permet d’entreprendre les grandes et longues lectures. Dorénavant, la saga est achevée, le dernier tome est paru en ce début d’année, même s’il n’est pas encore disponible en livre de poche. Voilà de quoi occuper par 15 jours de lecture suivie ou davantage vos vacances, selon que l’on soit lecteur forcené et que l’on se laisse porter par les vagues de ce grand roman, ou que l’on tienne à en goûter lentement chaque élément, en s’arrêtant à ses profondeurs, car il y a justement matière.
         Personnellement, j’aime beaucoup l’écriture de cette écrivaine, sa simplicité et son rythme qui nous entraîne dans une histoire qui pourrait être la nôtre.
         Mais surtout, c’est un roman aux entrées multiples. Sur l’Italie, la femme, la culture, les mondes clos, le quartier, donc la géographie, la promotion sociale, les classes sociales, le livre, les apprentissages de la vie, et surtout une « amitié » née dans l’enfance et qui ne nous lâche plus… J’arrête là, la liste pourrait continuer…
         Personnellement, c’est aussi pour moi, et qui me touchent particulièrement, l’évocation des itinéraires militants, ces années de « plomb », le Mai italien avec ses caractéristiques bien différentes du transalpin, ses perditions, ses errances, son énorme gâchis…
         Arrêtons-là, et commencez le premier moment, celui de «Une amie prodigieuse »…  

« Une amie prodigieuse », d’Elena Ferrante, Gallimard

jeudi 19 juillet 2018

Mondial La banlieue, le président et sa com’. Un article de notre hebdomadaire Lutte ouvrière n°2607 à paraître


La banlieue, le président et sa com’

 « Vous êtes un exemple pour tout un tas de jeunes », « Ne changez pas ! Restez vous-mêmes ! Souvenez-vous toujours de là d’où vous venez, des clubs qui vous ont formés, de vos parents qui n’ont pas compté leurs heures », a déclaré Macron à l’Élysée le 16 juillet, lors de la réception des Bleus, devant 3 000 invités.
Des centaines de jeunes étaient venus, notamment de clubs de banlieues populaires où avaient commencé à évoluer Mbappé, Pogba, Matuidi et Kanté. Macron voudrait faire un peu oublier qu’il est le président des riches et, depuis la victoire des Bleus, il mouille le maillot.
Tous les joueurs ont eu droit aux embrassades de Macron, comme s’il était leur copain depuis toujours. Comme s’il était un peu aussi des quartiers pauvres, alors que toute sa carrière s’est déroulée sous les auspices de la haute finance et sous les ors de la République.
Lors de la première étoile des Bleus, pour se faire mousser, Chirac les avait accueillis sur le perron de l’Élysée. Vingt ans après, Macron en rajoute sous l’œil des caméras, multipliant les gestes d’affection et prenant la pose sur le mode guerrier qu’affectionnent les footballeurs, à la suite des handballeurs.
« C’est ça la France », a lancé Macron, celle des quartiers, celle qui gagne. Pour celles et ceux qui se souviennent de 1998 au stade de France, à Saint-Denis, en banlieue donc, cela a un air de déjà-vu. À l’époque, en célébrant l’équipe black-blanc-beur, les politiques juraient que cela inaugurait une ère nouvelle pour les habitants des banlieues. Défavorisées à l’époque, elles le sont restées. Leur situation continue de se dégrader, comme s’est aggravé sous les coups du patronat et des gouvernements successifs le sort des classes laborieuses en général.
Et cela ne risque pas de s’arranger, quand même le très timide plan banlieue de Borloo, commandé par le pouvoir, a filé à la poubelle. Alors, Macron veut donner le change. Et ses ministres aussi, tel celui à la Cohésion des territoires, Mézard, qui est allé pérorer à Marseille sur l’insertion par le sport.
Si, avec tout ça, les jeunes des banlieues ne s’en sortent pas, ce sera de leur faute ! Car c’est ce que signifie Macron quand il déclare : « Une compétition est réussie quand elle est gagnée. » En sport, pour qu’une équipe gagne, il faut que toutes les autres perdent. Et pour que les patrons réussissent, il faut que tous les autres, les travailleurs, les petits, soient perdants. En attendant que ces derniers sortent le carton rouge pour ce système capitaliste et pour les politiciens qui le défendent.

                                         Pierre LAFFITTE (Lutte ouvrière n°2607)