lundi 12 mars 2018

Argenteuil, culture, danse, manque de politique culturelle, d’effectifs, et de préoccupations


De la part de la municipalité, un pas complètement de côté




Un magnifique spectacle de danse était donné hier après-midi au Figuier blanc : My rock avec le groupe de danseurs « Emile Dubois », sur une chorégraphie de Jean-Claude Gallotta. Un spectacle certes de danse, mais qui revisitait les grands héros du rock ‘n roll, d’Elvis Presley à Patti Smith en passant par Bob Dylan ou Léonard Cohen et bien d’autres.
         Un spectacle magnifique, et pour tous publics, les standards musicaux de morceaux connues étant le socle de danses d’une très grande qualité, et entraînantes. Vraiment pour tous publics.
         Mais comment expliquer que la salle ait été aux-deux tiers-vide pour un spectacle d’une telle qualité ?
         Et ce n’est pas la première fois que cela arrive ces dernières années.
         Imaginons. Les réservations ne se remplissent pas. On le sait depuis des semaines. Il faut convaincre les enseignants. Organiser des transports des Maisons de quartier au Figuier blanc. Casser les prix. Faire venir les anciens du Foyer Ambroise Croizat. Utiliser chaque jour le site internet pour indiquer l’évolution des réservations…
         Certes, pour répondre à un tel enjeu, il faut pour cela des effectifs supplémentaires dans le service municipal de la Culture, il faut une politique, une volonté, une préoccupation constante !

FN : changement d’étiquette pour une même marchandise frelatée


Se rassembler pour aller vers la mangeoire

 
Suite à son échec à la dernière présidentielle, Marine Le Pen et les notables du FN sont à la recherche de ce qui leur ouvrirait accès à la mangeoire politicienne au plan national. D’où leurs efforts pour se dégager de l’image « diabolisée » qui, selon eux, freine leurs ambitions. Aujourd'hui, ils viennent donc changer de nom pour masquer la « marchandise » qu’ils proposent, qui elle, ne sera pas changée.
         Ils viennent de délaisser le nom de « front » pour celui de « rassemblement ». Mais ce changement d’étiquette n’arrivera pas à faire oublier les idées de division qu’ils ont véhiculées, et qu’ils continueront de propager dans la population.

Française des jeux : Qui parmi les capitalistes veut gagner des millions ?


Au grattage comme au tirage, les capitalistes toujours gagnants


Darmanin le ministre envisage de privatiser une partie de la Française des jeux qui contrôle l’ensemble des loteries, grattages, tirages, et paris en toutes sortes.
Il faut dire que cette entreprise est aujourd’hui une affaire qui roule puisque chaque année elle distribue autour de 125 à 135 millions d’euros en dividendes aux actionnaires dont le principal est encore l’Etat. Il serait dommage que les « investisseurs » n’en profitent pas, pensent les Darmanin et leurs semblables…
Avec Macron et ses ministres, les capitalistes sont sûrs de gagner au grattage comme au tirage.

dimanche 11 mars 2018

Argenteuil, Seine, Berges, une liaison à reconquérir, et une salle jean Vilar à rénover


De reconquête en récupération, de récupération en destruction



Lors du banquet de la FNACA hier à la salle jean Vilar, dans son intervention, le maire d’Argenteuil est revenu sur l’avenir de cette salle des fêtes communale. A propos des berges de la Seine qui sont coupées depuis des décennies de la ville, il a parlé de « rechercher cette récupération (!) de ce fleuve ». Il a répété qu'il fallait « récupérer ce fleuve », et répété encore en évoquant cette « récupération ».
        Il n’évoque donc plus « la reconquête des berges », mais leur récupération. Soit, il a le droit de changer de vocabulaire.
         Mais « récupération » ou « reconquête », c’est en créant une énorme verrue bâtie et bétonnée sur une « île » aujourd'hui pas complètement dénaturée qu’il compte opérer la restauration du lien entre la Ville et la Seine ?

         A d’autres !

Un bâtiment public, ça s’entretient !

Lors de ce banquet de la FNACA, alors que les convives banquetaient, un petit élément du plafond du hall Jean Vilar est tombé, obligeant par prudence à en retirer deux autres. Sans gravité, et sans doute, sans risque.
         Mais tout cela est révélateur de la façon dont l’entretien de la salle Jean Vilar a été abandonné depuis longtemps par les municipalités successives. Elles n’ont fait ni les travaux d’amélioration nécessaires ni les travaux de renouvellement. La salle Jean Vilar n’a pas bénéficié de ce qui était élémentaire à effectuer, à la différence de la salle Pierre Dux mitoyenne.
         Bien évidemment, il faut une rénovation profonde de la salle des fêtes communale.

Ford Bordeaux-Blanquefort : les travailleurs se mobilisent


Les travailleurs refusent d’être sacrifiés sur l’autel des profits



Après avoir empoché des millions de subventions publiques ces dernières années, le géant mondial de l’automobile Ford vient d’annoncer sa volonté de se désengager du site de Blanquefort. C’est condamner à terme 900 emplois directs et des milliers d’emplois induits. Avec plus de 6 milliards d’euros de bénéfices en 2017 et ceux accumulés depuis des décennies dans ses caisses, ce trust a largement les moyens de maintenir ces emplois. Leur mobilisation et celle de la population pourra contraindre Ford à revenir sur sa décision.

Profits records des grands groupes financiers et industriels


Nos luttes empêcheront les vautours du capital de se gaver



Les 40 plus grandes firmes du pays, Sanofi en tête, ont dégagé ensemble 95 milliards d’euros de profits, un chiffre en hausse de 26%, retrouvant presque les sommets de 2007… juste avant le déclenchement de la crise financière. De quoi verser un salaire de 1500 euros net, charges comprises à 3 plus de millions de salariés pendant un an. Mais de quoi aussi motiver tous ceux qui veulent préparer la contre-offensive du monde du travail.

Algérie : un mois de grève dans l’éducation. Un article de notre hebdomadaire Lutte ouvrière


Algérie : un mois de grève dans l’éducation

En Algérie, du 31 janvier au 28 février, la grève s’est généralisée dans l’Éducation, en premier lieu dans les lycées et dans une moindre mesure les collèges et les écoles. Face à un secteur combatif et contestataire, le gouvernement a choisi d’engager un bras de fer, avec en ligne de mire le droit de grève dans tout le secteur public.
Se trouvant face à la chute des prix du pétrole, le pouvoir impose l’austérité et tente de mettre au pas tous les travailleurs, dans un contexte de contestation sociale qui touche d’autres secteurs comme celui de la santé.

Les enseignants réclament leur dû

C’est pour réclamer leur dû que les enseignants des wilayas (départements) de Bejaïa et de Blida se sont mis en grève fin 2017. De nombreux enseignants contractuels n’étaient pas payés depuis des mois, certains depuis près d’un an, et les changements d’échelon ne se traduisaient pas sur la feuille de paye. En l’absence d’une régularisation qui ne venait pas, la grève s’est généralisée à ces deux wilayas. À la mi-janvier, les responsables d’académie ont reconnu la situation et se sont engagés à la régulariser. Les enseignants avaient repris le travail, avec l’assurance que les ponctions sur salaire seraient étalées. Mais la ministre de l’Éducation, Nouria Benghabrit, a mis le feu aux poudres en imposant la ponction sur salaire en une seule fois.
Le principal syndicat du secondaire, le Cnapeste, a alors appelé le 30 janvier les enseignants de tout le pays à une grève illimitée en soutien à ceux de Blida et Bejaia ainsi qu’à leur plateforme, qui concernait toute la profession. Face au succès de la grève, la ministre l’a déclarée illégale. Une campagne de dénigrement s’est déversée contre les grévistes, accusés tour à tour d’être des privilégiés, avec des salaires deux fois supérieurs à la réalité, ou bien d’être manipulés par des islamistes, de vouloir déstabiliser le pays et de l’entraîner dans le chaos.
Malgré cette campagne de diabolisation de la grève, orchestrée par le gouvernement et relayée par tous les partis prétendument opposants démocrates mais férocement hostiles aux grévistes, la grève a connu un certain succès et s’est poursuivie les jours suivants. Si les mises en demeure envoyées aux enseignants ont amené certains d’entre eux à cesser la grève, la décision de la ministre de radier 19 000 enseignants n’a fait que l’élargir à des collègues jusque-là attentistes. C’est bien le droit de grève qui était en cause, accompagné d’une volonté de briser la combativité des enseignants et des autres travailleurs.
Dimanche 25 et lundi 26 février, dans plusieurs wilayas, des lycéens se sont mobilisés par solidarité avec leurs enseignants en grève.

La jeunesse lycéenne rejoint le mouvement

Des sit-in, des rassemblements et des manifestations spontanées, regroupant des cortèges de centaines voire de milliers de lycéens, ont eu lieu à Alger, à Boumerdès, Skikda, El-Oued, Aïn-Beida, Chlef, Oran… Des lycéens avaient préparé des banderoles, des slogans : « On veut le retour de nos enseignants licenciés ». Des rassemblements et sit-in se sont tenus devant les sièges des directions de l’éducation de wilayas ou dans les établissements scolaires. Des policiers n’ont pas hésité à frapper des lycéens ou à les embarquer au poste, mais ces tentatives d’intimidation n’ont pas semblé impressionner la jeunesse lycéenne.
Avec l’élargissement du mouvement et sa popularité grandissante auprès des travailleurs, qui comprenaient que l’enjeu était bien le droit de grève, le pouvoir a infléchi son discours. La ministre a invité le Cnapeste à négocier et à faire cesser la grève. Le Cnapeste a repris alors à son compte les menaces « de débordements dans la jeunesse » et les « risques sécuritaires » agités par la ministre. Celle-ci a annoncé que les enseignants radiés pouvaient reprendre leur poste et a renoncé à exiger des réintégrés un engagement signé à ne plus faire grève. Sauf à Blida, où 585 enseignants étaient toujours licenciés et refusaient de signer cet engagement.
Si le travail a repris, le mécontentement demeure. Les enseignants attendent les régularisations sur leur paye car, comme tous les travailleurs, ils font face à une inflation galopante. Ils restent attentifs à la manière dont les enseignants de Blida vont être réintégrés et ont le sentiment d’avoir su tenir tête à un gouvernement qui a voulu leur supprimer le droit de grève.

                                                Leïla Wahda (Lutte ouvrière n°2588)

Mai 68, rétrospective, avant 1968, 1967…


À la veille de Mai 1968, des grèves significatives

Mai 1968 n’a pas été le coup de tonnerre dans un ciel serein que beaucoup, même cinquante ans après, continuent de décrire. Si le mouvement étudiant a été le facteur déclenchant débouchant sur la grève générale, celle-ci avait été précédée, au moins depuis la fin de l’année 1966, par une série de grèves d’une autre nature que celles des années précédentes. Ces mouvements plus massifs, plus fréquents, sortant des cadres définis par les syndicats, étaient déjà le signe d’un accroissement de la combativité ouvrière.



Pendant des années, les appareils syndicaux, et d’abord le plus puissant, la CGT, qui revendiquait plus de deux millions d’adhérents et qui relayait la politique du PCF, avaient tout fait pour limiter l’expression du mécontentement ouvrier. Prenant prétexte qu’avec l’arrivée de De Gaulle il y avait un « pouvoir fort », ils avaient inventé des substituts à la grève : les grèves par secteur, divisées par atelier, par corporation. Et avec les grèves perlées, le ralentissement des cadences, supposées « faire mal au patron » et « ne pas coûter cher », ce n’était même pas la grève. Tout était fait pour que la classe ouvrière ne prenne pas conscience de sa force. Encore un peu plus isolé avec de Gaulle, le PCF voulait sortir de son ghetto en se montrant responsable de l’ordre social. Les militants staliniens du PCF et de la CGT pouvaient être combatifs, mais l’appareil leur avait appris à ne tolérer aucune voix indépendante.
Mais, en cette fin des années 1960, une génération de jeunes ouvriers entrée dans les usines tendait à échapper à l’emprise des appareils syndicaux et avait envie d’en découdre. Ces jeunes travailleurs avaient grandi dans le contexte de la guerre d’Algérie et du gaullisme, au pouvoir depuis 1958. Les partis de gauche, responsables puis complices de la répression coloniale, s’étaient considérablement déconsidérés aux yeux des plus révoltés. Puis il y avait le contexte international : la lutte des Noirs aux États-Unis et les manifestations contre la guerre du Viêt-Nam partout dans le monde. Tout cela forgeait dans une partie de la jeunesse étudiante et ouvrière un esprit contestataire rejetant les cadres de la société, l’autorité patronale et même celle des appareils syndicaux.
Le 25 février 1967, chez Rhodiaceta à Besançon, la grève éclate contre le chômage par roulement imposé par la direction. Cette grève est portée par un dirigeant de la CFDT très apprécié, Castella, qui prend de court l’appareil de la CGT. À son initiative, 3 000 ouvriers arrêtent la production et occupent leur usine, ce qui n’est pas arrivé depuis des dizaines d’années, et qui rappelle Juin 1936. Sur les murs, les grévistes écrivent : « Ici finit la liberté, ici commence l’esclavage ». Leur combativité fait tache d’huile. Le 28, la grève s’étend aux 7 200 travailleurs des sites de Lyon-Vaise. Des piquets de grève se tiennent jour et nuit. À Vaise, plus qu’à Besançon, la CGT réussit à cadrer le mouvement.
Après plus de trois semaines de grève, contre la volonté des grévistes et après avoir isolé les secteurs les plus combatifs, les syndicats signent un accord de reprise à l’échelle du groupe avec une augmentation de salaire de 3,8 %, en dessous des 5 % revendiqués. Dans plusieurs sites, les travailleurs retournent travailler la rage au cœur, en jetant leurs cartes et leurs insignes syndicaux.

Après Rhodiaceta, Berliet et les Chantiers de Saint-Nazaire

Le 14 mars, à l’usine Berliet de Vénissieux près de Lyon, une large majorité des 12 000 travailleurs se mettent en grève, inspirés par l’exemple de Rhodiaceta. Le lendemain, dans la nuit, plusieurs centaines de CRS cernent l’usine pour déloger des ouvriers qui occupent une partie de leur atelier. L’usine est lockoutée pendant douze jours, puis c’est la reprise encadrée par les appareils syndicaux. Côté patronat, la méthode du lockout, déjà utilisée lors de précédentes grèves, va se généraliser.
Ainsi, à Saint-Nazaire, depuis le 1er mars 1967, 3 200 travailleurs de la métallurgie de plusieurs usines de la région sont en grève. Les plus nombreux sont ceux des chantiers navals, où la tradition de lutte est forte et où, en plus de la CGT, le syndicat FO tenu par des militants se revendiquant de l’anarcho-syndicalisme a de l’influence. Ces « mensuels », payés au mois, sont des employés, des techniciens, des dessinateurs industriels ou des membres du petit encadrement. Ils réclament le rattrapage de leurs salaires et leur alignement sur ceux de Paris. Des manifestations ont lieu à Saint-Nazaire et à Nantes, mais ni la CGT ni FO ne cherchent à élargir la grève aux autres travailleurs, les « horaires », payés à l’heure. Au contraire, CGT, FO et CFDT laissent entendre que le fait que les horaires ne soient pas en grève empêche le patron de lockouter. Et pourtant, après trois semaines de grève des mensuels, les patrons ferment les chantiers, mettant de fait les horaires dans le mouvement. De nouvelles manifestations ont lieu, avec plus de 10 000 travailleurs. Mais la séparation entre mensuels et horaires est soigneusement maintenue par les syndicats, qui organisent des assemblées générales séparées et parfois des parcours de manifestation séparés. La grève dure deux mois. Des augmentations de salaire sont concédées, mais bien en dessous de ce pour quoi les grévistes se sont battus.
Toutes ces grèves montrent que quelque chose change dans le monde ouvrier. Le 3 avril, l’éditorial des bulletins d’entreprises Voix Ouvrière a pour titre « La classe ouvrière passe-t-elle à l’offensive ? »
La journée d’action du 17 mai est particulièrement réussie. FO y participe. Cette journée est une réponse aux pleins pouvoirs qui viennent d’être votés au gouvernement Pompidou, qui prévoit de s’attaquer à la Sécurité sociale par ordonnances. Mais elle reste sans lendemain et la simple présence d’une banderole des travailleurs de Roussel-Uclaf de Romainville, réclamant une suite, met en rage le service d’ordre de la CGT.
Il n’y a pas qu’en métropole que la contestation ouvrière s’exprime. Le 26 mai 1967, en Guadeloupe, alors que 5 000 ouvriers du bâtiment sont en grève, 2 000 d’entre eux s’affrontent aux CRS, qui tirent dans la foule, tuant plusieurs ouvriers. Après plusieurs journées d’émeutes et une chasse à l’homme, des dizaines d’ouvriers sont arrêtés.

L’influence des luttes paysannes

La colère de la petite paysannerie éclate aussi dans plusieurs villes, notamment à la fin 1967. Les manifestations des paysans s’affrontant avec les CRS contrastent avec le ronron des grandes mobilisations syndicales ouvrières. Des travailleurs, notamment dans les régions où ouvriers et paysans sont proches, vont en être influencés.
En octobre 1967, au Mans, les ouvriers de Renault s’opposent aux CRS pendant plusieurs heures. Le 23 janvier 1968, ce sont 4 800 ouvriers de la Saviem de Caen qui entament une grève pour 6 % d’augmentation. Quand le préfet envoie des CRS, des barricades sont montées pour défendre l’entrée de l’usine. Deux jours plus tard, le 26 janvier, une manifestation regroupant près de 10 000 personnes débouche sur une nuit d’émeute, où les ouvriers de la Saviem, ceux d’autres usines et aussi une centaine d’étudiants affrontent les CRS. Sur les 83 manifestants arrêtés, la moitié ont moins de 22 ans. Quelques semaines plus tard, c’est à Redon, en Bretagne, lors d’un mouvement local sur les salaires, que les jeunes ouvriers vont se battre contre les CRS.
Ces épisodes restent cependant isolés, et personne n’y voit les prémisses d’une explosion sociale généralisée. Un journaliste du Monde, Pierre Viansson-Ponté, peut même écrire le 14 mars un article intitulé « Quand la France s’ennuie… » En réalité, la contestation couve en profondeur. Un mois et demi plus tard démarre le mouvement étudiant, puis quinze jours après, la grève générale. Comme Marx l’avait écrit à propos de la révolution de 1848, « Bien creusé, vieille taupe ! »

                                           Pierre ROYAN (Lutte ouvrière n°2588)