Uchronie révolutionnaire
Trois semaines avant le scrutin…
Depuis des décennies, le moral du monde du travail était au plus bas. Alors que les milliardaires s’enrichissaient, la condition ouvrière avait reculé. Il n’y avait pas de secret, le nombre de grèves s’était effondré. L’organisation des travailleurs était exsangue, avec des syndicats devenus l’ombre militante d’eux-mêmes, et les anciens partis ouvriers transformés en appareils de notables et disparus en tant que partis ayant gardé des liens avec leurs origines militantes. Seul, le parti des travailleurs révolutionnaires Lutte ouvrière continuait vaille que vaille à maintenir l’organisation et la flamme de la lutte de classe. Il utilisait les campagnes électorales pour diffuser son message et s’étendre. Jusqu’à cette date, sans surprise, ses résultats étaient réels mais extrêmement minoritaires. Quand il votait, le monde du travail avait la tête ailleurs. Et puis…
Cette année-là, comme d’habitude, Lutte ouvrière avait présenté des listes aux élections municipales, à Argenteuil comme ailleurs. Leur nombre était même en augmentation.
Mais quelques semaines avant le scrutin, la situation internationale s’était envenimée, la hausse des carburants avait brutalisé le maigre pouvoir d’achat de nombre de travailleurs. Trop, c’était trop. Sans déclaration préalable, une manifestation rassembla à Paris, à la surprise de tous 15 000 travailleurs et jeunes. Le lendemain, le nombre des manifestants avait doublé, et le surlendemain, ce fut 200 000 manifestants en colère qui crièrent leurs revendications dans les rues de la capitale. La grève touchait déjà plusieurs entreprises et services. Elle s’étendit comme une traînée de poudre. La peur avait changé de camp.
Après réflexion, le pouvoir décida de maintenir tout de même les élections municipales.
Dans les semaines qui les précédèrent, les militants de Lutte ouvrière sentirent le climat changer du tout au tout. Ils avaient fait campagne contre la misère et les menaces de guerre. Cela correspondait dorénavant à l’état d’esprit des classes populaires. Des soutiens se proposaient pour faire campagne. Le meeting qui fut improvisé dans la grande salle Jean Vilar neutralisée jusqu’alors dont les portes avaient été ouvertes par des travailleurs rassembla près de 2000 personnes enthousiastes.
Le soir de l’élection, les notables dépités durent se rendre à l’évidence. La liste « Lutte ouvrière-Le camp des travailleurs » composés de travailleuses et de travailleurs du rang l’avait emporté.
La première déclaration de l’équipe ouvrière victorieuse fut d’évoquer la grande vague de grèves, l’occupation des usines et services, et que c’était sur ce grand mouvement qu’il fallait compter. Bien sûr, au lieu d’un audit dispendieux, les travailleurs municipaux allaient réaliser un état des lieux des finances communales en mettant l’ensemble des comptes, documents et engagements sur la place publique. L’orientation était claire, la population devrait prendre son sort en main, organiser des comités de quartier ouverts à tous, qui discuteraient des priorités nouvelles l’école, la culture, la santé, et surtout l’organisation de la solidarité de quartier et entre les quartiers.
Mais davantage, la nouvelle équipe, dorénavant contrôlée par l’ensemble de la population, affirma que la question était celle de la perspective de la prise du pouvoir par le peuple du monde du travail à l’échelle du pays, c’est-à-dire avec la mise en place d’un État des travailleurs eux-mêmes, par le renversement du pouvoir d’État des dominants qui était déjà en train de s’écrouler partout.
C’est dans ce sens que quelques heures après le succès de la liste ouvrière, dans la nuit, fut voté par acclamation par des milliers d’habitants rassemblés parc des Berges, un grand appel s’adressant aux autres travailleurs d’ici et des autres pays. DM

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