Affaire Mélenchon : un cinéma politicien sans intérêt
Un
nouveau feuilleton politico-médiatique a démarré la semaine dernière avec les
perquisitions des domiciles de Mélenchon et de membres de son entourage, ainsi
que des locaux de son mouvement.
Le
dirigeant de la France insoumise fait l’objet d’une enquête préliminaire
relative à ses comptes de campagne de la présidentielle de 2017 et à ses
attachés au Parlement européen. Mais les moyens mobilisés pour mener les
perquisitions ont été d’une ampleur inédite : 70 policiers et neuf
magistrats dans quinze lieux différents. Une opération digne de la lutte contre
le grand banditisme !
Que
Mélenchon ait été indigné par un tel déploiement de forces, qu’il ait été
choqué par l’irruption de policiers venus fouiller son appartement à sept
heures du matin, sans égard pour sa vie privée, on peut tout à fait le
comprendre. Comme on peut comprendre sa dénonciation d’une justice à deux
vitesses : alors que des irrégularités ont été relevées dans les comptes
de campagne de Macron, ni lui ni son parti n’ont eu à subir le même traitement.
Toute
la vie politique est ponctuée régulièrement par ce genre de règlements de
compte et d’affaires judiciaires. Après Sarkozy, Fillon, Le Pen, Mélenchon se
trouve à son tour mis en cause, mais, lui, il en fait un spectacle et, en la
matière, il en connaît un rayon !
Face
aux policiers, Mélenchon s’est mis en scène devant les caméras, revêtant son
écharpe tricolore, se prévalant de sa fonction de député et clamant : « Ma
personne est sacrée ! » Oubliée l’époque où il reprochait à Le
Pen d’invoquer son immunité parlementaire pour refuser de répondre aux
juges !
Mais
pourquoi un député devrait-il être plus protégé qu’un simple citoyen de ce
genre d’intrusions policières ? Si c’est une injustice pour l’un, ça l’est
pour l’autre aussi ! Si cela avait été un jeune de banlieue qui avait
résisté à l’intervention policière, que se serait-il passé ?
Mélenchon
proclame : « La République, c’est moi ». Ses détracteurs, eux,
l’accusent d’avoir bafoué la police et la justice. De Macron à Mélenchon, ces
politiciens ont constamment ces grands mots de « justice »,
« démocratie » ou « République » à la bouche. Mais cette
« République » dont ils se réclament tous, c’est celle de la
toute-puissance de la bourgeoisie et de l’exploitation.
Où est
la justice pour les travailleurs, les intérimaires qui se retrouvent mis à la
porte, parfois du jour au lendemain, sans que leur employeur ait à peine besoin
de donner une justification ? Combien d’entre eux se font voler parce que
le patron ne paye pas les heures supplémentaires ? Pour les travailleurs,
il n’y a plus de démocratie dès qu’ils mettent les pieds dans l’entreprise et
c’est en permanence qu’il leur faut défendre leurs droits face à l’arbitraire
patronal. Pour imposer des changements d’horaire, de poste ou refuser un jour
de congé, un patron a mille et un moyens, légaux ou pas.
La
police et la justice, l’appareil de l’État servent les intérêts des classes
possédantes et ont vocation à faire taire tous ceux qui contestent l’ordre
capitaliste. Et ils le font la plupart du temps avec brutalité et sans prendre
de gants ! Bien des travailleurs en lutte pour défendre leurs emplois ces
dernières années en ont fait l’expérience. Comme ceux de Goodyear qui ont été
condamnés à une peine de prison ou ceux d’Air France dont certains, accusés
d’avoir participé à l’épisode de la chemise déchirée, ont été arrêtés à leur
domicile, devant leurs enfants, et traités comme de vulgaires délinquants.
Quand
Mélenchon s’insurge de la manière dont il a été traité, il est loin, très loin
de ce que vivent des millions de travailleurs, dont le quotidien est fait
d’injustice et de violence. Il se veut « insoumis » mais toute sa
carrière est celle d’un politicien du système qui s’indigne aujourd’hui des
obstacles que magistrats et policiers mettent sur sa route. Dans toute cette
affaire, il y a surtout beaucoup de cinéma de part et d’autre.
Pendant
que Mélenchon, Le Pen, Macron et leurs semblables occupent la une des médias,
les vrais maîtres de la société, les actionnaires, les dirigeants des grandes
entreprises et l’ensemble de la classe bourgeoise continuent de mener la guerre
aux travailleurs.
Alors
notre sort n’a rien à voir avec cette agitation dérisoire de ce petit monde
politicien. La seule question importante pour nous, travailleurs, c’est de
mettre en avant la défense de nos intérêts de classe face à ceux qui nous
exploitent.

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