L’Euro de
foot : une fontaine d’argent public
Au-delà
des enjeux sportifs, l’Euro de foot, qui commence le 10 juin, est une
gigantesque pompe à finances pour les entreprises privées.
Dix
stades sont mobilisés pour ce championnat. Quatre d’entre eux ont été
construits au prix fort, à Bordeaux, Lille, Lyon et Nice, et cinq autres ont
été rénovés. Souvent surdimensionnées, ces enceintes représentent un coût total
de 1,7 milliard d’euros, une manne pour les géants du BTP. Elles ont souvent
été construites dans le cadre de partenariats public-privé : une part
importante de l’investissement initial est assurée par un consortium privé, la
ville lui versant un loyer annuel pendant une trentaine d’années. Cette formule
s’avère particulièrement coûteuse pour les communes.
Le Mans
paye ainsi à Vinci 3,2 millions par an jusqu’en 2044, pour un stade sans
rencontres régulières, à la suite de la liquidation du club professionnel.
Certes, l’UEFA, qui organise ce championnat, verse aux villes hôtes 31,5
millions d’euros. Mais elle s’est vu octroyer par le gouvernement un superbe
cadeau fiscal, les différentes entités organisant l’Euro étant exonérées
d’impôts, ce qui représente un manque à gagner de 150 à 200 millions d’euros.
Les pouvoirs publics paient donc la facture, à laquelle s’ajoutent d’importants
frais de sécurité et autres « fan-zones ».
Le
gouvernement dit attendre de l’Euro « 1,24 milliard d’euros de surcroît
d’activité pour l’État et les entreprises françaises ». Cette somme est
sûrement surévaluée, pour vendre l’événement. Mais de toute façon, si l’État et
les collectivités locales ont engagé les plus grosses dépenses, ce sont les
entreprises privées qui vont en bénéficier : hébergement, restauration,
commerce de proximité, etc. Des sponsors escomptent également rafler la mise, à
l’instar de la Française des jeux, dont le montant du contrat est secret, ou
encore des dix « partenaires globaux » de l’UEFA : Adidas, Carlsberg,
Coca-Cola, Continental, McDonald’s, Orange et autres amoureux du ballon rond…
Les
médias qui ont acheté les droits de retransmission télévision, comme TF1, M6 et
beIn Sports, ne sont pas en reste. Les mairies qui veulent diffuser un match
sur grand écran doivent payer une redevance de plus de 1 000 euros. Alors que
l’Euro accueillait 16 équipes jusqu’en 2012, il en compte désormais 24, afin
d’augmenter la manne. De façon générale, si les pouvoirs publics ont des
dépenses, l’UEFA engrange des recettes (sponsoring, billetterie, droits de
retransmission…), pour un total de 1,9 milliard d’euros.
Pour les
grands équipementiers (Nike, Adidas, Puma), l’Euro de foot est un peu
l’équivalent de ce qu’est Noël pour les producteurs de foie gras. Pour vendre
des maillots et des baskets, ils se disputent le sponsoring des grandes équipes
; Adidas serait ainsi prêt à quadrupler son contrat avec l’Allemagne, à 1
milliard d’euros, pour éviter que Nike ne le lui chipe. Cela donne une idée des
marges escomptées. Un maillot de football se vend en moyenne 85 euros en
boutique. Sur cette somme, les ouvriers qui les fabriquent touchent moins de 65
centimes (moins de 1 %). Pour une paire de baskets Nike vendue 140 euros, sur
laquelle l’entreprise fait un bénéfice de 23,40 euros, le salaire des ouvriers
ne représente que 2,40 euros. Et c’est encore trop pour les équipementiers, qui
délaissent actuellement la Chine, où les salaires ont augmenté. C’est « la
fin de la Chine à bas coût », se plaint Adidas, qui exploite quelque 400
000 salariés en Asie, et préfère maintenant l’Indonésie, où le salaire moyen
est de 102 euros mensuels, le Vietnam (174 euros) ou le Cambodge (115 euros).
Le
vainqueur sur le terrain ne sera pas connu avant le 10 juillet, mais dans les
coulisses, comme pour toutes les grandes compétitions internationales, l’Euro
s’annonce d’ores et déjà comme une belle opération de transfert d’argent public
vers les caisses d’entreprises privées.
Michel
BONDELET (Lutte ouvrière n°2497)
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