Il y a
40 ans : la catastrophe de Tchernobyl
Le 26 avril 1986, dans ce
qui était alors l’Union soviétique, une catastrophe majeure se produisait à la
centrale nucléaire de Tchernobyl. Lors d’un test de sécurité, son réacteur no
4 explosa, projetant dans l’atmosphère une grande quantité de produits
radioactifs.
Publié le 28/04/2026
Alors que le nuage radioactif
s’étendait rapidement sur l’Europe, et au-delà, ici, les autorités françaises
prétendirent qu’il épargnait le pays. Il ne fallait pas laisser craindre qu’un
jour, un tel drame puisse survenir dans la première puissance d’Europe en
matière d’électricité nucléaire. Toutes les chaînes de télévision durent donc
mentir, publiant cartes et commentaires sur le nuage de Tchernobyl qui se
serait « arrêté à nos frontières ».
Quarante ans plus tard, les
médias ont tenu à faire preuve de la même « responsabilité ». Bien peu ont
rappelé que des catastrophes nucléaires avaient eu lieu avant Tchernobyl, comme
à Three Mile Island, aux États-Unis, même si les conséquences n’en avaient pas
été aussi tragiques. Celle de Fukushima au Japon, en 2011, classée au même
niveau 7 d’intensité des accidents nucléaires, a été aussi en grande partie «
oubliée ». Sans doute parce qu’elle témoigne d’un mépris des populations par un
État capitaliste développé et d’un degré d’irresponsabilité des grandes
compagnies d’électricité n’ayant rien à envier à ce dont le régime de la
bureaucratie soviétique fit la preuve lors de ce drame.
Catastrophe
et glasnost
Gorbatchev dirigeait alors
l’Union soviétique mais il n’apprit du KGB (la police politique) ce qui était
arrivé que le 27 avril. Il mit plusieurs jours à communiquer sur la
catastrophe, mais le seul fait d’en parler tranchait avec la pratique d’un
régime qui avait par le passé tu certains accidents nucléaires.
Au pouvoir depuis un an mais
peinant à asseoir son autorité à la tête de l’État, Gorbatchev se faisait fort
d’y parvenir en ralliant à lui des secteurs de la population. Pour cela, il lui
promettait la « refonte de la société » (la perestroïka) et plus de «
transparence » (la glasnost). Cela n’empêcha pas le Kremlin de minimiser
l’ampleur de la catastrophe. En particulier, il ne voulut pas évacuer tout de
suite les populations ukrainienne et biélorusse vivant près de Tchernobyl, ni
avertir les deux millions d’habitants de Kiev, la toute proche capitale de
l’Ukraine. Et ce n’est qu’au début du mois de mai qu’on installa une zone
d’exclusion de trente kilomètres autour de Tchernobyl, où vivaient 135
000 personnes.
Les équipes chargées de «
liquider » l’incendie du réacteur – des pompiers, des soldats, des volontaires,
qui combattirent le feu et durent ramasser des débris irradiés sans autre
équipement que des protections dérisoires – furent envoyées à une mort
certaine. Pratiquement, dans les semaines et les mois qui suivirent, tous les «
liquidateurs » décédèrent du fait d’avoir été contaminés. Aucune statistique
n’ayant été publiée, on ignore le nombre précis des victimes civiles, mais il
est estimé à 43 000.
Vinci,
Bouygues, Westinghouse…
Comme il fallait désigner des
coupables, la justice condamna peu après quelques responsables techniques de la
centrale à des années de camp. Quant au réacteur même, après une première
tentative infructueuse, il fallut encore une bonne dizaine d’années avant qu’on
l’isole sous une enceinte de confinement, un « sarcophage » de 18
000 tonnes de béton et de métal.
Les firmes françaises de BTP
Bouygues et Vinci, réunies au sein du consortium Novarka, se taillèrent la part
du lion de ce marché colossal. Estimé à un demi- milliard d’euros il y a vingt ans,
il fut financé en grande partie par la BERD (Banque européenne pour la
reconstruction et le développement).
En 2000, on annonça qu’on avait
fermé le dernier réacteur en activité de Tchernobyl. Le nucléaire civil
ukrainien n’en a pas moins continué à faire saliver les géants mondiaux du
secteur. Ainsi, la firme américaine Westinghouse a, depuis des années, obtenu
de l’État ukrainien l’exploitation des centrales ukrainiennes, dont celle de
Zaporojjia, que contrôle l’armée russe, même si cela reste pour l’heure en
grande partie virtuel.
Quand Zelensky, à propos de la
guerre en cours, vitupère le « terrorisme nucléaire russe », il se fait
aussi, sinon surtout, le défenseur des intérêts de Westinghouse.
Pierre Laffitte (Lutte ouvrière
n°3013)