Chine : inquiétudes
pour l’économie
Les officiels chinois ont multiplié les appels
pour que les États- Unis cessent la guerre en Iran. C’est que cette guerre
n’est pas sans conséquences pour leur pays.
Publié le 15/04/2026
La Chine extrait de son sol un peu plus d’un quart
du pétrole qu’elle consomme, et elle achète le reste à l’étranger, notamment
aux États du golfe Arabo-Persique, qui couvrent près de la moitié de ses
besoins. Ce pétrole, en provenance des terminaux pétroliers d’Iran, mais aussi
d’Arabie saoudite, d’Irak, des Émirats arabes unis, du Koweït et du Qatar passe
par le détroit d’Ormuz. Cependant, et contrairement à ses voisins comme la
Thaïlande ou les Philippines, qui ont déclaré l’état d’urgence énergétique, il
n’y a pas en Chine de pénurie en vue car elle disposerait d’une centaine de
jours de réserves. Elle a diversifié ses fournisseurs, la Russie étant devenue
le principal d’entre eux. À ce jour, l’impact de la crise se mesure à une
hausse des prix des carburants limitée à 20 %, car prix et gestion des stocks
sont sous le contrôle de l’État. Il faudrait que les approvisionnements en
provenance du Moyen-Orient soient coupés pendant plusieurs mois pour poser un
réel problème.
La guerre contre l’Iran affecte surtout la Chine,
en raison de sa place dans le commerce des pays du Moyen-Orient, marché de
choix en raison des richesses concentrées par les pétromonarchies et longtemps
chasse gardée de l’impérialisme américain. Depuis 2024, la Chine est le premier
partenaire commercial des pays du Golfe devant les États-Unis et l’Europe :
elle y échange 257 milliards de dollars par an de marchandises et de
capitaux. Au cœur de ces échanges, il y avait bien sûr l’Iran. 90 % du pétrole
iranien est exporté vers la Chine, payé non en dollar mais en yuan, la monnaie
chinoise. En retour, l’Iran s’approvisionne en Chine pour l’équivalent de
plusieurs dizaines de milliards de dollars par an de toutes sortes de
marchandises. Mais la puissance commerciale chinoise s’est développée bien
au-delà de l’Iran, ayant investi dans tous les pays du Golfe. En Arabie
saoudite, la Chine a dépensé en 2025 près de 20 milliards de dollars dans
la construction immobilière. Les entreprises pétrolières chinoises ont investi
dans le gaz du Qatar et développé des oléoducs et des sites de stockage un peu
partout dans la région. En 2016, l’armateur chinois Cosco a investi près d’un
milliard de dollars dans un port à conteneurs à Khalifa, aux Émirats arabes
unis, un port qu’il pourra exploiter pendant 35 ans. En 2022, le Koweït a
signé un contrat de 4 milliards de dollars avec une entreprise chinoise
pour la construction et l’exploitation d’un port similaire. Aux Émirats arabes
unis, plusieurs entreprises chinoises construisent le tout nouveau réseau
ferroviaire. Toutes ces infrastructures sont autant de points d’appui pour les
importations de marchandises chinoises. Si la guerre se prolongeait et
s’étendait, ces investissements risqueraient d’être réduits en fumée.
En réalité, le Moyen-Orient est devenu un terrain
d’affrontement économique majeur entre les États-Unis et la Chine, et cela a
commencé bien avant la guerre contre l’Iran. Cette guerre et les moyens
militaires qu’ils déploient dans la région, montrent que les États-Unis veulent
y garder toute leur place.
Serge Benham (Lutte ouvrière
n°3011)