Iran :
la rage de l’impérialisme
Au matin du 8 avril, le
monde a appris qu’un cessez-le-feu était conclu pour deux semaines entre les
États-Unis et l’Iran, comportant la fin des bombardements en échange du
déblocage du trafic dans le détroit d’Ormuz. Trump avait changé de ton, parlant
d’un bon accord et le présentant comme une victoire. Ce qui sera loin de
convaincre.
Publié le 08/04/2026
Alors que l’Iran continuait de
lui tenir tête, Trump avait multiplié les sorties outrancières agrémentées de
la vulgarité qui caractérise le personnage. « Ouvrez ce putain de détroit,
bande de tarés », avait-il proféré le 6 avril.
Trump a multiplié les menaces,
promettant de « ramener l’Iran à l’âge de pierre », de le détruire «
en une seule nuit », de rendre « définitivement inutilisables » toutes
les centrales électriques du pays, ainsi que de démolir « chaque pont en
Iran ». Ces déclarations donnaient surtout l’image d’un dirigeant qui
s’excite et gesticule d’autant plus qu’il est incapable de parvenir à
l’objectif qu’il s’était vanté d’atteindre.
Après plus d’un mois de
bombardements, le pouvoir iranien ne s’est pas effondré. Alors qu’il était vomi
par toute une partie de sa propre population après la répression terrible des
manifestations du début d’année, il semble avoir retrouvé un certain soutien
auprès d’une partie des Iraniens, hostiles à l’intervention américaine. Et face
au blocage du détroit d’Ormuz et à ses conséquences catastrophiques sur toute
une partie de l’économie mondiale, Trump est apparu totalement impuissant.
Même la supériorité américaine
n’apparaît plus aussi écrasante depuis que, vendredi 30 avril, un avion de
chasse F-15 a été abattu dans le ciel iranien. À cet affront à la puissante
technologie militaire américaine s’est ajoutée la peur pour le gouvernement
américain de voir un des deux pilotes de cet avion capturé. Si le régime
iranien avait pu exhiber ce prisonnier aux yeux de la planète entière, cela
aurait représenté une humiliation supplémentaire pour les États-Unis. C’est
pourquoi l’armée américaine a déployé des moyens gigantesques pour récupérer ce
pilote sur le territoire iranien.
Des négociations ont en fait eu
lieu pendant que Trump s’agitait, le Pakistan servant d’intermédiaire. Rien ne
dit que le cessez-le-feu débouche sur une cessation durable de la guerre. Les
dirigeants israéliens, pour leur part, ont annoncé qu’ils continueraient leur
offensive au Liban. Les états-majors négocient en faisant parler les armes au
maximum, avec la peau des populations. Selon une organisation humanitaire basée
aux États-Unis au moins 3 500 personnes auraient été tuées en Iran depuis le
début de la guerre, dont 1 600 civils, et 244 enfants.
Trump, à la tête de la première
puissance mondiale, voulait faire une démonstration de force. Pour le moment,
il a surtout démontré qu’il ne suffit pas de déverser des tonnes de bombes sur
un peuple pour imposer sa loi. Et c’est déjà un revers.
Pierre Royan (Lutte ouvrière
n°3010)