Sécurité, démagogie, et dépenses inefficaces
Ne
pas avoir peur est un besoin légitime de chacun. Quand la société recule, si
ces peurs grandissent, elles permettent surtout aux démagogues de tous poils de
les utiliser à leurs fins électorales, et finalement de les attiser, en
proposant des solutions qui n’en sont pas. J’ai pensé à eux en lisant
l’article ci-dessous sur le non-efficacité de la vidéo-surveillance, en
revanche très coûteuse, et donc aux dépens de services bien plus utiles à la
population.
Par ailleurs, dans les jours qui
viennent, je reviendrai sur le sujet de la sécurité. DM
Vidéosurveillance :
en tout cas, ça rapporte
La vidéosurveillance dans les
municipalités est présentée comme une solution incontournable pour lutter
contre la délinquance. Mais rares ont été les études sur l’efficacité de ces
dispositifs et encore plus leur publicité.
Publié le 25/02/2026
Il y a six ans, la Cour des
comptes avait écrit dans un rapport : « Aucune corrélation globale n’a été
relevée entre l’existence de dispositifs de vidéoprotection et le niveau de
délinquance commise sur la voie publique ou encore les taux d’élucidation
». Une autre étude effectuée un an plus tard auprès de 2 000 municipalités,
étude commanditée par la gendarmerie elle-même, concluait dans le même sens :
du point de vue du nombre des affaires de police résolues, aucune différence
n’avait été notée entre les communes équipées de vidéosurveillance et celles
qui ne l’étaient pas.
Mais cela n’empêche pas police et
gendarmerie de continuer de faire pression sur les maires. En 2021, la CNIL
(Commission nationale de l’informatique et des libertés) expliquait dans un
rapport que : « Les forces de l’ordre (police ou gendarmerie selon la zone
de compétence) mettent en avant auprès des maires l’aide que leur procurent les
caméras » et ces maires sont « incités, voire sommés d’agir par les
forces de police ou de gendarmerie locale qui promeuvent ces solutions ».
Très récemment, des journalistes faisant un reportage sur le sujet ont encore
tenté d’obtenir des précisions ou des chiffres auprès de la gendarmerie
nationale qui a refusé de répondre.
Qui paye ces dispositifs ?
Évidemment les municipalités, donc les contribuables. Et il ne s’agit pas de
sommes dérisoires. C’est au moins plusieurs centaines de milliers d’euros pour
une commune de quelques milliers d’habitants. Cela fait bien sûr les affaires
des lobbies de la vidéosurveillance qui, élections municipales obligent, ont
même sorti un livre blanc pour les futurs maires où ils expliquent comment
répondre aux questions sur le coût.
Sur l’insécurité, comme sur les
autres sujets qui touchent à la vie quotidienne des couches populaires, bien
des choses sont opaques. Et cette opacité, même à l’échelle d’une petite
municipalité, permet de manipuler les populations et leur faire admettre des dépenses
et des mesures qui ne sont pas nécessairement dans leur intérêt, loin de là.
Pierre Royan. (Lutte ouvrière
n°3004)