Film
“Palestine 36” : la révolte arabe
Palestine 36, un film
que l’on peut voir actuellement dans les salles de cinéma, retrace fort à
propos la grande révolte arabe des années 1936-1939 en Palestine, alors sous
mandat britannique, et la violence de la répression qu’elle subit.
Publié le 04/02/2026
Dans ce Moyen-Orient que les
impérialismes français et britannique s’étaient partagé à la fin de la Première
Guerre mondiale, un soulèvement des masses arabes contre cette domination
éclata en avril 1936. La révolte s’étendit à l’Irak sous
mandat britannique, mais aussi à la Syrie et au Liban dominés par la France, et
toucha même le Maghreb, lui aussi sous domination française.
Le film se concentre sur la
Palestine et commence en montrant les premières grèves des ouvriers arabes, en
particulier ceux des ports. Ils réclamaient la fin de la misère et l’égalité de
traitement entre ouvriers juifs et arabes. La lutte de ces ouvriers trouva un
écho profond dans les campagnes, où les paysans se voyaient eux aussi réduits à
la misère parce que les grands propriétaires fonciers arabes, dont ils
cultivaient auparavant les terres, les vendaient à des colons juifs. Ils se
trouvaient donc expulsés. En 1936, ils se révoltèrent non seulement contre
cette colonisation impulsée par les organisations sionistes, mais aussi et
surtout contre la domination anglaise, principale responsable de la situation.
Si, en Palestine, la révolte arabe débuta par des affrontements meurtriers avec
les Juifs, elle se dressa avant tout contre l’oppression coloniale. À travers
le parcours de l’un des personnages principaux, le film montre l’extension de
la révolte et la naissance de véritables groupes armés se lançant à l’assaut de
l’occupant britannique.
La répression fut
particulièrement violente. L’armée britannique, chargée de maintenir l’ordre
colonial dans un vaste empire s’étendant de l’Irlande à l’Inde, avait dans ce
domaine une très longue expérience. Il fallut 30 000 soldats pour venir à
bout du soulèvement arabe. Des villages furent entièrement rasés, des milliers
de maisons détruites, y compris dans des grandes villes comme Jaffa. Un des
officiers responsables des opérations, un certain Orde Wingate, représenté dans
le film, se spécialisa dans les raids nocturnes contre les villages et
l’utilisation des enfants comme otages pour attraper les parents. Une sorte de
Bigeard anglais ! Plus de 50 000 Palestiniens furent emprisonnés dans des
camps de concentration ou déportés aux Seychelles. On estime que le nombre des
morts, blessés et exilés, s’éleva à 10 % de la population arabe de la région.
Le film n’oublie pas de montrer,
même succinctement, l’hypocrisie des bourgeois palestiniens des villes, dont la
principale préoccupation était de trouver une place dans l’ordre social
existant. Si certains collaborèrent clairement avec les Britanniques et les institutions
sionistes, ceux qui soutinrent le mouvement des masses ne le firent pas dans
l’objectif de les libérer de l’oppression ; les dirigeants nationalistes arabes
qui se retrouvèrent à la tête de la révolte firent au contraire tout leur
possible pour la vider de ses contenus sociaux et la réduire à un affrontement
entre communautés, visant en particulier les Juifs. L’attitude des colons juifs
les y aida, y compris d’une grande partie de ceux qui se réclamaient du
socialisme, qui choisirent le camp des Britanniques et formèrent des milices
pour aider à mettre fin à cette révolte.
Ce film a donc le mérite de
rappeler l’origine des guerres et des conflits qui ravagent encore aujourd’hui
le Moyen-Orient, et la responsabilité des puissances coloniales.
Marion
Ajar (Lutte ouvrière n°3001)